Donner du sens à sa vie : la comprendre

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Le sens de notre vie dépend de notre capacité de comprendre, de faire des liens entre les choses afin d’avoir une compréhension utile du monde. Lorsque nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, notre existence telle que nous la concevons perd de sa cohérence. Dès lors, elle n’est plus aussi intelligible qu’elle nous apparaissait jusque-là. Quelque chose s’est passé, ou ne s’est pas passé et nous ne savons pas pourquoi. Nous avons perdu nos repères habituels. Les liens entre les choses, les événements, les personnes, se sont défaits. Impossible de trouver la cause de ce désordre et du désarroi qui l’accompagne. Il n’y a pas de raison, ou bien, il y en a trop. Et plus nous tentons de comprendre notre situation, plus nous nous embourbons, rendant ainsi notre existence encore plus confuse.

Intelligible veut dire ici que la lecture, l’interprétation que nous faisons de notre vie doit être compréhensible, cohérente, éclairante. Pourquoi avons-nous autant besoin de rendre notre vie cohérente et intelligible ? Parce qu’expliquer, interpréter, comprendre sont des antidotes puissants contre l’insécurité inhérente au fait de vivre une existence dont le sens ultime nous échappe. Aussi parce qu’une vision claire permet de donner une direction à notre vie.

Aucun des systèmes d’interprétation, la religion comme la science d’ailleurs, ne permet un regard complet et définitif sur le sens de la vie. Le seul sens sur lequel nous avons une influence, le seul auquel chaque personne doit porter une attention soutenue et constante, ce n’est pas le sens ultime de la vie, mais le sens immédiat de notre vie, de notre existence telle qu’elle se présent à nous, le sens que nous tissons à même nos choix, nos expériences et nos apprentissages. C’est ce dernier qui nous motive à poursuivre le voyage de la vie et surtout, qui nous permet d’en apprécier le trajet, même si nous restons incertains quant à notre destination ultime.

 

“ L’organe ” qui, à défaut de pouvoir déchiffrer le sens ultime de la vie, nous permet à tout le moins, de donner un sens à notre vie, c’est la “ conscience ”. En effet, nous pouvons profiter de notre conscience pour nous guider dans notre quête de sens. Elle donne accès à la réflexion, à l’analyse, au choix, à l’imagination et à la créativité, ces fonctions qui nous fournissent la marge de manœuvre dont nous avons besoin pour donner à notre vie une signification personnelle. Si nous voulons vivre librement, nous devons analyser notre existence, classer les choses selon un ordre dans lequel nous pouvons nous retrouver et nous sentir unifiés. En analysant notre façon de vivre, en clarifiant ce que nous ne comprenons pas, en prenant une distance mentale pour appréhender les difficultés autrement, en sondant nos sentiments, nous créons de l’ordre, du sens, afin de mieux répondre aux questions que la vie nous pose et aux défis qu’elle nous invite à relever.

Notre conscience est ainsi faite que nous ne pouvons jamais vraiment arrêter de tenter de mettre de l’ordre dans notre vie. Mais pour que la vie ait un sens fort, nous devons pouvoir établir entre les choses un rapport qui repose sur la réalité. Car un ordre ne peut être valide s’il s’établit sur des illusions. C’est pourquoi, il nous faut apprendre, avec une aide professionnelle au besoin, à nous départir de nos illusions, à débusquer notre propre vérité, celle qui nous aidera à sortir de la confusion et à augmenter le pouvoir que l’on détient sur notre vie.

Le propre d’une vérité, c’est de procurer un sentiment de maîtrise et d’éclairer la route de celui ou celle qui la découvre. Lorsque nous évoluons, c’est que notre compréhension du monde se complexifie, s’approfondit, s’élargit. Nous découvrons alors d’autres liens avec nous-mêmes et d’autres liens avec les êtres et les choses. C’est à l’intérieur de ce mouvement incessant de découverte et de transformation que s’élabore le sens de notre vie. Chaque fois que nous parvenons à clarifier une situation, nous prenons du pouvoir sur notre vie, devenons plus forts, plus sereins, plus confiants en nos possibilités d’avancer. Comme les pièces du puzzle sont à la bonne place, sa figure est alors chargée de signification. Et même dans le cas où ce que nous découvrons met en évidence nos faiblesses – notre peur, notre lâcheté, notre incapacité, notre violence – paradoxalement, nous en sortons rehaussées. Car, c’est le caractère véridique de ce que l’on se révèle à soi-même qui a un effet grandissant, non la nature précise de cette vérité. La mise en ordre, la compréhension de notre vécu, a toujours cet effet : elle soulève les obstacles et entraîne un mouvement d’actualisation authentique et lucide. Questionner et mieux comprendre son existence génèrent aussi du plaisir, car une meilleure connaissance de soi entraîne toujours avec elle une détente et un sentiment de cohérence interne. À l’inverse, la confusion et l’ignorance immobilisent ou entraînent des décisions et des actions fâcheuses.

 

Chaque personne possède une grille pour interpréter ses expériences et mettre de l’ordre dans sa vie. En fait, cette grille, c’est notre conscience telle qu’elle s’est organisée à travers nos expériences et nos apprentissages et qui s’exprime dans notre façon de nous voir nous-mêmes et de voir le monde. Elle est faite d’une multitude d’évaluations qui, avec le temps, se sont cristallisées pour former essentiellement nos croyances et nos valeurs. Ces dernières sont encodées et ce sont ces codes qui servent à nous guider et à interpréter nos expériences.

Essentiellement, notre grille d’interprétation comprend trois sortes de codes : les positifs, les neutres et les négatifs. Les codes positifs correspondent à ce que nous évaluons comme étant des expériences agréables; nous sommes donc enclins à vouloir les répéter. Ils incluent la reconnaissance de nos compétences, de nos talents, de l’ensemble de nos qualités, ainsi que les opportunités et avantages qui s’offrent à nous et dont nous pouvons tirer profit. Les codes neutres sont reliés à des expériences qui ne sont ni positives ni négatives, mais face auxquelles nous restons indifférents. Parfois, cette neutralité provient d’un manque de préparation ou simplement d’un manque de connaissance. Certaines dimensions de la vie resteront toujours sans intérêt pour nous, mais d’autres se transformeront, au gré des circonstances, soit en quelque chose de positif ou de négatif. Pour leur part, les codes négatifs représentent les expériences qui nous ont occasionné de la souffrance sous une forme ou une autre. Nous sommes donc tout naturellement portés à vouloir les éviter, à en avoir peur et à entretenir des préjugés à leur égard, même si ces réactions peuvent ralentir ou bloquer notre évolution.

Plus notre conscience comprend des codes négatifs, moins nous sommes ouverts et capable de percevoir la vie dans sa beauté et son abondance. Au lieu de dire “ oui ” à la vie, nous nous replions sur nous-mêmes pour nous protéger. Notre sentiment dominant est la peur, qui sert d’interprète pour tout ce qui nous arrive. Plus notre conscience est dominée par des codes neutres, plus nous restons sur la touche. Nous vivons une existence d’habitudes et de conformité, c’est-à-dire sans choix original, sans risque, sans réel engagement, mais aussi sans passion. Notre implication reste trop limitée pour pouvoir apprécier le potentiel et la diversité de la vie. Plus notre conscience comprend des codes positifs, plus nous vibrons à l’existence et sommes animées par le désir de découvrir, d’expérimenter, de nous engager. En un mot, nous avons l’amour et l’espoir et pouvons accueillir la vie dans son entièreté, y compris son côté sombre.

Tout cela signifie qu’il y a des consciences, des grilles de signification qui ouvrent sur la vie et en rehaussent la valeur, alors que d’autres limitent notre élan vital et l’étendue de nos possibilités. Si nous comprenions mieux les raisons qui sous-tendent nos actions, nous constaterions que plusieurs de nos difficultés ou échecs étaient inévitables parce qu’ils étaient en quelque sorte “ préprogrammés ” par notre conscience, notre grille d’interprétation, notre vision de la vie.

Il n’est pas facile d’amener une personne à remettre en question sa grille d’interprétation. En effet, remettre en question ses jugements de valeur, assouplir les couches protectrices mises en place pour se protéger des conflits enfouis plus ou moins profondément dans sa conscience est difficile. Il est généralement impossible d’y arriver par soi-même. Nous avons besoin d’une aide extérieure pour nous en sortir et c’est justement pour cela que les psychothérapeutes existent. À défaut d’avoir été clarifiées au fur et à mesure, le degré d’enchevêtrement de certaines situations s’apparente à du sable mouvant. Tout mouvement pour nous en sortir nous enfonce davantage. Il y a une raison à cela : nous faisons partie du problème et notre façon de réagir aux difficultés que nous rencontrons est, plus souvent qu’autrement, leur source même. Donc, afin d’éviter de nous enfoncer, notre grille d’interprétation doit être régulièrement mise à jour. Notre capacité de nous adapter à notre environnement en dépend. En dépend aussi notre capacité d’aller plus loin dans notre appréhension du réel, dans notre quête de sens et de vérité. Il y a toujours quelque chose à préciser, à ajuster, à changer dans les codes que nous avons établis, dans la conscience que nous avons de l’existence. En étant ouverts et en faisant des efforts de compréhension, nous pouvons graduellement transformer nos codes neutres et négatifs en codes positifs. Plus nous y parvenons, plus nous sommes en mesure d’apprécier la vie et de lui donner du sens.

Pour faciliter ce travail d’analyse, il est utile de savoir que chaque grand secteur de la vie occupe un espace dans notre grille d’interprétation : l’amour, le travail, les loisirs, la spiritualité, la famille, l’apprentissage, les relations interpersonnelles, les finances, la créativité, le corps, le plaisir. Vous pouvez ainsi, sur papier, dresser un portrait des perceptions qui dominent chacun de ces secteurs de votre vie. Par exemple, comment se répartissent vos codes dans l’espace travail ? Quels aspects vous apparaissent positifs, neutres ou négatifs ? Vous pouvez évaluer votre intérêt pour le domaine dans lequel vous travaillez : vos tâches spécifiques, l’environnement organisationnel, le salaire, les possibilités d’avancement, le niveau de défi, la satisfaction ressentie. En analysant en détail les différentes facettes de votre travail, vous en aurez une image plus claire. Cela vous permettra de savoir sur quoi il faudrait vous pencher pour améliorer votre situation.

Et si vous analysiez ainsi chaque grand domaine de votre vie, vous pourriez voir ce qui compte pour vous, à quoi tient le sens de votre existence. Vous pourriez aussi noter si les codes positifs se répartissent dans tous les secteurs de votre vie ou s’ils sont concentrés dans un seul, comme chez certains travailleurs compulsifs ou encore comme ceux qui ne s’intéressent qu’à leur plaisir immédiat. En examinant l’ensemble de vos investissement, vos pourriez juger de l’équilibre de votre vie. Vous pourriez constater si vous ressentez un sentiment de maîtrise personnelle dans chacun de ces secteurs ou si, au contraire, vous vous sentez démuni face à certains d’entre eux. Plus nous sommes sensibilisés aux grands domaines de l’existence et en comprenons le fonctionnement, plus le sens de notre vie repose sur des bases solides. Nous disposons alors de plus de codes positifs, non seulement pour profiter davantage de nos diverses expériences, mais aussi pour surmonter les difficultés rencontrées dans notre parcours de vie.

Dans ce processus d’analyse, il est important d’accepter de prendre le temps nécessaire pour bien comprendre ce que nous vivons. Depuis notre tout jeune âge, nous avons été habitués à apprendre des faits objectifs, des certitudes. L’exploration, la découverte et la créativité disposaient de moins d’espace dans les cursus de cours que nous avons suivis à l’école. En conséquence, nous n’avons pas appris à valoriser l’incertitude et l’ambiguïté. Au contraire, nous sommes plutôt portés à la nier, ou à la dénoncer, parce qu’elle dérange ou fait peur. Dans tous les domaines, la pensée dogmatique, en s’appuyant sur des réponses toutes faites, des absolus, des certitudes, évite d’avoir à se questionner : à peser le pour et le contre, à prendre en compte les nuances et les cas particuliers, à faire preuve de discernement. La vie est en effet plus facilement classifiable quand on a le choix entre le oui ou le non, le vrai ou le faux, le bon ou le mauvais. Ce sont des compréhensions qui effectivement sécurisent. Les “ peut-être ” ou “ ça dépend des cas ” sont plus difficiles à tolérer et provoquent souvent un mouvement de recul, un refus d’en savoir davantage, un repli dans les absolus, dans le noir ou le blanc. Cela met en évidence l’ampleur de l’inconfort existentiel associé à une absence de lien, de cohérence ou d’explication claire devant les circonstances de notre vie. Nous avons de la difficulté à tolérer le doute. Pourtant, le questionnement auquel il nous invite est indispensable à la construction du sens. Si nous n’avions que des certitudes, il n’y aurait plus de mouvement, plus de découverte possible. Ce sont les apprentissages que nous faisons à travers la résolution de nos incompréhensions qui provoquent l’évolution de notre grille d’interprétation et, par la même occasion, le développement de notre conscience et de notre individualité.

Jean-Louis Drolet, nous conseille de ne pas chercher à comprendre trop vite, à apprendre à tolérer le fait de ne pas avoir de certitude, à accepter la complexité et l’ambiguïté de chaque situation et l’inconfort que cela produit inévitablement. Il y a plutôt lieu d’accumuler des informations partielles sans pour autant tenter d’en faire trop rapidement une synthèse ou de poser un diagnostic, qui aurait pour effet de fermer l’exploration. Puisque, aussitôt qu’un diagnostic précis est posé, les chances de découverte s’en trouvent significativement réduites. Car dans la mesure où “ l’on sait ”, on ne cherche plus à comprendre. Malheureusement, comme nous vivons à une époque de consommation rapide, tout ce qui est lent ou qui demande un investissement de temps et d’énergie est rebutant, voire suspect. Dans ce contexte, toute bonne solution devrait agir immédiatement. Notre peur du vide nous amener à rechercher des réponses toutes faites, des résultats magiques, sans effort et sans douleur.

Or, nous ne pouvons penser améliorer notre existence sans remettre en question notre mode de fonctionnement : notre façon de communiquer, de prendre des décisions, de résoudre les problèmes quotidiens, de gérer nos angoisses et nos peurs, de réagir aux obstacles et aux déceptions, de poursuivre des buts et de réaliser des projets, d’organiser notre temps, de moduler nos efforts, de développer une discipline, de réguler nos émotions, de modifier nos croyances erronées, d’accéder à notre potentiel, de mettre de l’avant des valeurs … Notre mode de fonctionnement révèle notre façon unique de comprendre et de composer avec la réalité. Nous devons donc prendre le temps de bien le connaître si nous voulons améliorer notre vie, car c’est sur lui que reposent nos bonnes et mauvaises perceptions, nos bonnes et mauvaises décisions, bref, nos joies et nos souffrances.

Il faut se rappeler que tout jugement réducteur et rigide, qu’il provienne des autres ou de soi-même, représente une hypertrophie du besoin de comprendre et bien qu’il vise à contrôler notre univers et à nous sécuriser, produit exactement l’effet inverse. Il réduit notre conscience et empêche de voir clairement la réalité. Il empêche aussi et surtout de prendre la responsabilité de notre vie, ce qui, à n’en pas douter, nous maintient dans un état d’impuissance et d’insécurité permanente.

Dans la mesure où nous parvenons à faire de la lumière là où il n’y en a pas, à mettre de l’ordre dans le désordre, à entrevoir une unité dans ce qui est disparate, à remplacer les liens rompus, notre vie gagne en intelligibilité. Pour cela, nous devons consentir à entrer dans cette danse entre l’ordre et le désordre à laquelle nous sommes tous conviés. Car tout change, en nous et autour de nous. Ce que l’on perçoit comme stable ne l’est que de façon passagère. De surcroît, l’existence ne se révèle à nous que petit à petit, au fil de nos expériences et encore, de manière bien imparfaite. D’où la nécessité de constamment ajuster notre compréhension des choses. Même les grandes vérités, les grandes valeurs sur lesquelles nous nous appuyons pour construire notre existence – l’amour, le travail, l’honnêteté, l’authenticité, la créativité, la discipline, la volonté – ne sont pas des réalités fixes et immuables. Elles ont besoin d’être approfondies et renouvelées en cours de route. Tout ce qui est vivant change, se transforme et le sens de la vie repose sur le vivant. Par conséquent, tant que nous conservons la certitude d’avoir toujours des parties de soi et du monde à découvrir, nous continuons d’évoluer et de renouveler le sens de notre vie.

 

 

 

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