Avec ou sans l’aide des organismes vivants : les plantes

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Pesticides : fragiliser et rendre les plantes malades.

Les plantes malades des pesticides, c’est l’ouvrage écrit par l’agronome français Francis Chaboussou, qui entre à l’INRA en 1933, à la station de zoologie du centre de recherches agronomiques de Bordeaux, où il fit toute sa carrière pour la terminer à titre de directeur. Son livre fournit un éclairage scientifique capital pour comprendre la pullulation des ravageurs, maladies et autres fléaux qui ont plongé les agriculteurs adeptes de l’agriculture chimique dans un puits sans fond. Comme l’écrit Paul Besson, professeur honoraire de l’Institut national agronomique de Paris-Grignon, qui a rédigé la préface de la première édition de l’ouvrage, celui-ci est le fruit d’une mûre réflexion basée tant sur les recherches personnelles de l’auteur que sur de multiples données expérimentales de provenance internationale, acquises en laboratoire ou en condition de culture. Son objet : les effets délétères des pesticides sur la physiologie des plantes ainsi que le résume Paul Besson. Dans les années 1960, le professeur Chaboussou fait le constat suivant : l’usage du DDT, un insecticide organochloré, en particulier dans les traitements des vergers et vignobles, avaient eu rapidement pour conséquence l’apparition aux États-Unis et en Europe d’un nouveau fléau,  les acariens phytophages, jusque- là relativement peu nuisibles. Ces microscopiques piqueurs et suceurs de feuilles provoquent par leurs pullulations des dégâts importants aux vignobles et aux vergers. La première explication générale proposée fut que le DDT et autres insecticides de contact polyvalents éliminaient les prédateurs ou parasites naturels de ces acariens phytophages. Mais ces prédateurs sont essentiellement d’autres acariens de divers genres et l’hypothèse ne put être confirmée. C’est en décortiquant expérimentalement ces phénomènes que Francis Chaboussou parvient à montrer que l’action des pesticides utilisés (en particulier les insecticides contre les vers de la grappe ou même les fongicides) se répercute sur les acariens par l’intermédiaire de la plante. Ces produits entraînaient effectivement des modifications du métabolisme de la plante, aboutissant à un enrichissement des liquides cellulaires ou circulant en sucres solubles et en acides aminés libres. Les acariens phytophages piqueurs et suceurs des tissus végétaux se trouvent ainsi favorisés dans leur alimentation, ce qui se traduit,  selon les espèces, par un accroissement de leur fécondité et de leur fertilité, de la vitesse, du développement et du nombre de générations, voire de la longévité.

Cette dépendance étroite entre les qualités nutritionnelles de la plante et son parasite, Francis Chaboussou l’a baptisée trophobiose. Selon ce concept, que des recherches ultérieures ont confirmé et élargi, tout parasite ne devient virulent que s’il rencontre dans la plante les éléments nutritionnels qui lui sont nécessaires. Or, ces éléments nutritionnels sont produits en grandes quantité par l’action des pesticides, qui entraîne un désordre ou déséquilibre métabolique de la plante qui se révèle favorable aux parasites. Cherchant à expliquer, selon les principes de la théorie de la trophobiose, tous les cas “ inexpliqués ” de pullulation de parasites, d’éclosions de mycoses, d’apparitions de viroses, d’inefficacité de certains traitements ainsi que les effets indirects et inattendus de divers types de pesticides, Francis Chaboussou souligne que l’on retombe toujours sur l’existence des déséquilibres entre deux processus fondamentaux de la physiologie végétale : protéosynthèse(processus de synthèse de protéines à partir d’acides aminés) et protéolyse (processus de fragmentation d’une protéine en plusieurs morceaux sous l’action d’enzymes). Bref, Francis Chaboussou, préoccupé de la protection des cultures contre leurs parasites ou leurs maladies, se penche plus sur la plante malade que sur le parasite ou l’agent infectieux.

Dans l’introduction au livre de Francis Chaboussou, Paul Besson fait cette description ironique des pratiques agro-industrielles : “ Les plantes des cultures industrielles sont mises en compétition permanente, pour une croissance rapide, une production plus abondante, une qualité plus attirante. À ces jeux olympiques de l’agriculture industrielle, les plantes cultivées sont suralimentées, subissant même parfois un gavage d’azote ; elles sont bichonnées comme des champions avant l’épreuve (la récolte), pulvérisées, douchées à grande fréquence, avec des mixtures fongicides, insecticides, acaricides, à “ titre préventif ” : leurs conditions de vie sont artificialisées à l’extrême. Mais parfois, le champion craque avant l’épreuve apparemment en bonne santé, il contracte, malgré tant de mesures préventives, des maladies subites et désastreuses (mycoses, viroses), il subit les attaques massives de la vermine parasitaire (acariens, pucerons). Alors on appelle au chevet de ces plantes-champions les spécialistes les plus réputés : phytopatologiste, virologiste, entomologiste, immunologiste, chacun dans sa partie donnant son diagnostic et son ordonnance phytopharmaceutique ”. Comme le fait remarquer Francis Chaboussou, on étudie trop la maladie et pas assez le malade. Il s’effraie de cet excès thérapeutique et de cette insuffisance d’hygiène de la plante et de son milieu de vie. Nos cultures industrielles, dit-il, souffrent de maladies dont les causes mêmes ont leur origine dans un excès de soins phytosanitaires, il parle alors de “ maladies iatrogènes ”. En effet, après avoir constaté que les tissus végétaux se laissent pénétrer par de nombreux produits dits “ phytosanitaires ” – par la feuille, la racine, les tissus, la graine, le tronc et la charpente des arbres  –, ce qui  agit sur leur métabolisme par leur nutrition, Francis Chaboussou précise ce qu’il entend par maladie iatrogènes : “ Il s’agit de toute affection déclenchée par l’usage – qu’il soit modéré ou abusif – d’un traitement quelconque ”. Et de préciser : “ Tout se passe comme si, par leur action néfaste sur le métabolisme de la plante, les pesticides brisaient sa résistance naturelle vis-à-vis de ses agresseurs, qu’ils soient champignons, bactéries, insectes ou même virus ”. Et ce n’est pas tout ! Non seulement les biocides favorisent le pullulement de ravageurs et maladies, mais leurs “ incidences néfastes et incontrôlables ” affectent également la “ fertilité du sol ”, par la voie de la nutrition de la plante. Et là, l’agronome met directement en cause l’irresponsabilité des fabricants de poisons agricoles : “C’est aux phytopharmaciens de faire leur autocritique et leur mea culpa, car ils ne se sont jamais intéressés aux répercussions de ces produits sur les micro-organismes et la vie du sol ”. Après avoir livré sur près de trois cents pages toute la littérature scientifique alors disponible, qui étaye largement ses conclusions, Francis Chaboussou lance un cri d’alarme, destiné en premier lieu à aider les agriculteurs à se libérer de l’aliénation dans laquelle ils se trouvent et qui réside dans un absurde et ruineux enchaînement d’interventions pesticides, résultant lui-même d’un enchaînement de maladies  artificiellement provoquées. Et pour lui la “ solution ” est pourtant simple : “ Chercher à stimuler la résistance de la plante, au lieu de se proposer le but – combien incertain – de la destruction du parasite ”.

La maladie : un état anormal ou normal ?

Quand les plantes sont en bonne santé, elles possèdent des pouvoirs vraiment considérables de défense naturelle contre tous les parasites, y compris les champignons ” écrit Albert Howard, qui précise dans son testament agricole : “ Insectes et champignons ne sont pas la cause véritable de la maladie des plantes. Ils ne s’attaquent qu’aux espèces mauvaises ou aux plantes cultivées incorrectement. Leur rôle véritable, c’est celui du censeur qui maintient notre agriculture en déterminant les produits mal alimentés. En d’autres mots, les agents pathogènes doivent être considérés comme les professeurs de la nature, un élément intégral de tout système agricole rationnel ”. Au début du siècle, bien avant que son collègue Francis Chaboussou constate, données à l’appui, le rôle des pesticides dans la genèse des ravageurs, Albert Howard avait compris que : “ la maladie, que ce soit chez les plantes, les animaux ou les humains, était causée par des sols en mauvaise santé et que seules les techniques de l’agriculture biologique pouvaient rendre le sol sain ainsi que ceux qui vivent sur lui ”. Pour Howard, “ la méthode appropriée pour traiter un pathogène n’est pas de détruire le pathogène, mais plutôt d’apprendre de lui et de s’en servir pour ajuster ses pratiques agricoles ”.

On touche ici à ce qui constitue le cœur du désaccord fondamental entre l’agriculture biologique et l’agronomie industrielle, à savoir la perception et l’interprétation de la maladie selon Matthieu Calame auteur du livre Une agriculture pour le XXI siècle. Pour Albert Howard et ceux qu’il a inspirés, “ la maladie ” est un état anormal, qui constitue un “ indicateur d’un dysfonctionnement dans les pratiques culturales ” ; endogène, “ sa cause est donc à rechercher dans le système d’exploitation lui-même ”. C’est pourquoi les agronomes tenants de l’agronomie biologique considèrent le fait d’avoir recours à un traitement est un échec agronomique et non pas une pratique normale. Face à la maladie, l’effort doit donc porter non en aval de la culture (par des traitements à posteriori), mais en amont. Il faut savoir traquer le ou les déséquilibres dans la pratique elle-même.  Pour les adeptes de l’agriculture chimique, au contraire, “ la maladie à une cause exogène : c’est l’agression de la plante par un parasite (insecte, virus, bactérie, champignon) qui est la cause de la maladie. Le fait d’être malade est donc un état normal attribuable non pas aux pratiques mais aux agressions d’organismes pernicieux qu’il faut détruire par tous les moyens. Les tenants de cette vision, développent à l’égard de leur environnement naturel une mentalité d’assiégés. Donc, restaurer la santé de la plante agressée, c’est éliminer par la destruction tous les vecteurs de la maladie et les parasites. Et dans la pratique, on constate très vite une consommation structurelle de médicaments. Et Matthieu Calame de souligner l’infernale course en avant qu’entraîne ce modèle dont les agriculteurs sont devenus les otages : “ En agronomie industrielle, les produits de synthèse ne sont pas uniquement une force d’appoint. Ils sont devenus indispensables : la clé de voute du système, un facteur indispensable de productivité. On peut parler d’une forme d’addiction, par analogie avec les drogues, dans la mesure où les agrosystèmes ainsi constitués sont de plus en plus dépendants de ces molécules pour se maintenir, mais également parce qu’ils ont besoin de doses sans cesse croissantes ou de molécules nouvelles pour produire les mêmes effets. En effet, les substances de synthèse, en se substituant à des mécanismes naturels, finissent par les atrophier, voire par les faire disparaître. Si vous sevrez brutalement ces agrosystèmes, sans pratiquer une “ rééducation ” visant à redévelopper leurs modes naturels de régulation et de fonctionnement, ils s’effondrent. Ayant perdu tout potentiel autonome de production ”. Inutile de préciser que ce système infernal fait le bonheur et la prospérité des fabricants de poisons chimiques, qui créent sans cesse de nouvelles maladies et les médicaments censés les soigner. Et pour en sortir, il faut que la société entière change de paradigme, car c’est la condition sine qua non pour qu’on puisse enfin, nourrir le monde tout en préservant la planète des dangers qui la guettent.

L’approche agroécologique.    

Le Dr. Zeyaur Khan, un entomologiste indien, est le père d’une technique agroécologique baptisée “ push-pull ” (répulsion-attraction), qui est un moyen de lutte biologique très efficace contre les parasites du maïs, qui représente au Kenya, comme au Malawi, l’aliment de base de la population. Cette technique permet d’augmenter les rendements du maïs et la fertilité du sol de manière spectaculaire, sans qu’on ait besoin d’utiliser d’engrais, d’herbicides ou de pesticides chimiques. En 2012, on estimait que 50,000 paysans pratiquaient le push-pull au Kenya. Dans les années 1970, le gouvernement du Kenya a largement promu les variétés de maïs hybride, qui ont progressivement remplacé les variétés locales. Mais le maïs hybride présente deux caractéristiques qui peuvent vite tourner au cauchemar : il est pratiquement stérile à la deuxième génération, ce qui contraint les paysans à racheter de nouvelles semences tous les ans ; et puis ses rendements exceptionnels ne peuvent être obtenus qu’à grand renfort d’engrais, d’herbicides et d’insecticides chimiques. Et ce sont les mêmes multinationales (Monsanto, Syngenta, Pionner-Dupont) qui produisent les semences hybrides et les indispensables intrants chimiques. Autant dire que pour ces multinationales, le remplacement des semences locales par des hybrides représente un véritable jackpot. Or, logiquement – les mêmes causes produisent les mêmes effets – il s’est passé au Kenya le même phénomène qu’en Allemagne au début des années 1960 : l’introduction du maïs hybride et de l’incontournable accompagnement chimique a entraîné la prolifération de ravageurs et de mauvaises herbes devenus résistants aux poisons censés les anéantir. Quand je suis arrivé en Afrique en 1993, j’ai constaté que les petits paysans avaient trois problèmes : la pyrale du maïs, l’herbe des sorcières et un sol peu fertile à cause d’une forte érosion ” précise le Dr. Khan. En Afrique, l’herbe des sorcières peut causer des pertes annuelles de 7 à 13 milliards de dollars. Quant à la pyrale du maïs, il en existe treize espèces différentes sur le continent africain et dans certains secteurs, elle peut détruire jusqu’à 80 % des récoltes. Les pyrales sont des papillons nocturnes qui pondent leurs œufs sur les feuilles du maïs. Les larves se transforment en chenilles qui creusent des galeries au cœur des tiges. Elles pompent tous les nutriments du maïs et à la fin, les tiges s’effondrent, car elles sont vidées de leur substance. L’herbe des sorcières (striga, en anglais) est une herbe parasitaire qui s’accroche aux racines du maïs, en se nourrissant de ses nutriments, ce qui bloque définitivement sa croissance. Il est difficile de s’en débarrasser, car les graines de striga peuvent dormir plusieurs années dans le sol avant de germer. Est-ce que ces problèmes existaient avant l’introduction du maïs hybride ? Non. C’est en tout cas ce que les paysans racontent, précise le Dr.Khan. La pyrale du maïs et l’herbe des sorcières ont toujours existé, mais les deux ont proliféré avec l’usage massif des produits chimiques et, elles constituent un véritable fléau. C’est précisément pour lutter contre la pyrale du maïs que Monsanto a mis sur le marché le maïs Bt, une variété transgénique, un OGM qui sécrète en permanence une substance insecticide (la toxine cry1ab). Pour information, il existe également le maïs Bt/Ht qui combine le caractère Bt et la tolérance à l’herbicide glyphosate (le fameux Roundup).

C’est un cercle vicieux, alors que l’on peut venir à bout du petit papillon, mais aussi de l’herbe des sorcières, grâce à des méthodes de contrôle biologique très efficace comme le montre la technologie du push-pull.Il a fallu beaucoup de temps au Dr.Khan pour trouver une technique qui permette de résoudre tous ces problèmes. Il lui a fallu aussi beaucoup de recherche pour comprendre la communication entre plantes et insectes ou entre les plantes elles-mêmes et pour choisir soigneusement les plantes capables de repousser mais aussi d’attirer les pyrales, tout en contrôlant l’herbe des sorcières et en augmentant la fertilité des sols. Dr.Khan précise que dès le début du projet, il a travaillé étroitement avec les paysans, car leur savoir est précieux, ainsi qu’avec les agronomes du ministère de l’Agriculture du pays. Finalement, lui et son équipe ont analysé la chimie de 600 végétaux africains, en sélectionnant ceux qui constituaient un répulsif pour la pyrale du maïs ou qui, au contraire, pouvaient l’attirer. Notre souci étai souci de choisir des plantes qui présentent un avantage économique pour les paysans. Voilà pourquoi ils ont sélectionné le desmonium et l’herbe à éléphant, qui constituent, de plus, un excellent fourrage pour le bétail. Le desmodium est une légumineuse qui fixe l’azote de l’air à raison d’au moins 120 kilogrammes à l’hectare par an et c’est un très bon engrais naturel. Elle a la capacité de détruire les racines de l’herbe des sorcières, en empêchant ses graines de germer. De plus, elle protège le sol de la transpiration et de l’érosion. Le desmodium est un répulsif pour la pyrale du maïs qui n’aime pas l’odeur qu’il dégage. Quand les pyrales sentent le desmodium, elles s’enfuient et partent sur l’herbe à éléphant. L’herbe à éléphant est une plante herbacée qui pousse en touffes d’une hauteur d’une cinquantaine de centimètres. Elle est plantée autour du champ de maïs, car elle attire la pyrale qui a été repoussée par le desmodium. La pyrale aime l’herbe à éléphant qui produit une substance gluante. Mais quand les pyrales pondent leurs œufs sur les feuilles de l’herbe à éléphant, les larves meurent. C’est pour cette raison que la technique s’appelle push-pull. C’est plus efficace que les pesticides et engrais chimiques et, surtout, c’est meilleur pour notre santé et l’environnement. C’est un mode de production durable, permettant aussi de résister à la sécheresse, qui risque d’être de plus en plus fréquente en raison du réchauffement climatique.

Qu’en est-il de l’avantage économique pour les paysans ? John Otiep et son épouse, paysans kényans, exploitent une ferme de deux hectares sur lesquels ils font pousser du maïs. Ils ont adopté la technique du push-pull en 2008. Ils expliquent qu’avant, dans une parcelle, les rendements étaient très bas. Dans un demi-hectare, ils récoltaient deux sacs de 90 kilogrammes. Les rendements sont passés de 2 sacs à 22/24 sacs. Aujourd’hui, nous avons complètement éliminé l’herbe des sorcières et la pyrale du maïs, alors qu’il y a encore trois ans nous étions infestés. Nous n’utilisons plus du tout d’herbicides ni d’engrais chimiques, car les plantes du push-pull les remplacent complètement. Le desmodium pousse dans n’importe quel type de sol. De plus, il est persistant. Une fois semé, on peut le couper régulièrement, pour alimenter le bétail, car il est très riche en protéines et il repousse pendant au moins cinq ans. C’est la même chose pour l’herbe à éléphant, qui est riche en carbohydrates et qui repousse pendant au moins dix ans. Grâce à ce fourrage très nourrissant, nous avons pu agrandir notre troupeau de chèvres et de vaches laitières, dont la productivité a été multipliée par trois. Les excréments des animaux, mélangés à l’urine constituent un excellent compost, que nous mélangeons à des débris de végétaux. Cela sert à fertiliser le champ où nous cultivons du sorgho, du millet, des haricots, de l’arachide, des pommes de terre et des légumes. Avec toute cette production, notre famille est totalement autosuffisante et nous dégageons même des surplus de maïs que nous vendons sur le marché, alors qu’avant c’est nous qui achetions sur le marché, car notre récolte ne couvrait pas nos besoins.

L’agriculture chimique appartient au passé.

Le Dr.Khan explique que : “ le push-pull, une méthode agroécologique de contrôle des ravageurs est fondée sur la science de très haut niveau. Il faut comprendre la chimie de la plante, identifier quelles substances chimiques naturelles chaque végétal produit et déterminer comment celles-ci peuvent affecter les insectes ou les herbes indésirables. Il faut savoir comment tirer parti de la biodiversité pour que les différentes composantes de l’écosystème puissent interagir, en maintenant un équilibre qui profite à l’ensemble. Et pour cela, il faut connaître les dernières découvertes de la biologie, qui est la science de l’avenir, tandis que l’agrochimie appartient au passé ”. Le push-pull est une technique très moderne. À l’époque de la révolution verte, il ya quarante ans, la science n’était pas encore suffisamment avancée pour comprendre comment fonctionnent les écosystèmes. Quand l’agriculture industrielle a été lancée, on voulait seulement produire plus d’aliments et on ne se préoccupait pas de l’environnement. Aujourd’hui, nous savons que nous ne pouvons pas continuer d’endommager l’environnement et de réduire la biodiversité, car la facture va être très élevée. Donc, le push-pull fait partie des technologies qui permettent de répondre à cette question fondamentale pour notre survie : comment produire plus d’aliments, tout en préservant la biodiversité et en protégeant l’environnement. C’est pourquoi le Dr.Khan affirme que ce sont les techniques de la révolution verte qui appartiennent à l’âge de pierre, car elles étaient fondées sur des produits (toxiques de surcroît), alors que les techniques agroécologiques, comme le push-pull, sont basées sur la compréhension des systèmes écologiques. D’ailleurs, pour pouvoir les appliquer de manière efficace, il faut comprendre comment ces systèmes fonctionnent. Les paysans qui utilisent la technique du push-pull comprennent beaucoup mieux les systèmes agraires, ils pratiquent l’agriculture d’une manière bien meilleure que les paysans qui se contentent d’acheter une bouteille de pesticides et de l’appliquer avec le risque de développer une maladie dégénérative telle le Parkinson, reconnue en France depuis 2012, comme une maladie du travail affectant les agriculteurs. Dans le modèle agroécologique, il faut associer les paysans, les former, faire en sorte qu’ils s’approprient les technologies, tout en sachant les écouter, car ils sont une source de savoir importante.

Est-ce que la technique du push-pull pourrait être appliquée à d’autres cultures et dans d’autres continents ? Comme le précise le Dr.Khan : “ Le push-pull est maintenant enseigné partout dans le monde, dans les cursus universitaires de Chine ou d’Amérique, comme une technique agroécologique hautement scientifique. En Amérique latine, on essaie de l’appliquer à la pomme de terre et au coton, aux États-Unis, aux fraises. L’ICIPE (International Center of Insect Physiology and Ecology), notre institut de recherche sur les insectes, reçoit régulièrement des stagiaires, venus des pays dits “ développés ” qui veulent appliquer la technique à la production d’aliments biologiques ”.

Les smart plants de l’agroécologie.

Avec mes collègues du l’ICIPE, nous essayons d’identifier les espèces de desmodium qui résistent le mieux à la sécheresse, car avec le réchauffement climatique, cela va devenir un problème de plus en plus grave. Et puis, nous poursuivons des travaux sur ce que nous appelons les “ smart plants ”, des plantes intelligentes. Nous avons commencé par découvrir des herbes intelligentes qui sont capables de détecter, par une alerte chimique, la proximité d’un herbivore. Par exemple, quand un parasite dépose ses œufs sur leurs feuilles, ces plantes déclenchent une réaction chimique qui leur permet de mettre en branle leur défense contre l’intrus, en devenant très attractive pour les prédateurs de celui-ci. Nous avons aussi identifié des variétés de maïs originaires d’Amérique latine, mais aussi d’Afrique, qui ont cette capacité : dès qu’un ravageur s’approche, elles lancent un signal chimique qui attire les ennemis naturels de l’envahisseur, comme les parasitoïdes. D’où l’importance de cultiver la biodiversité dans les champs. Ces découvertes ouvrent la voie à un nouveau concept de la protection des cultures : les “ bio insecticides. Les maïs hybrides n’ont pas cette capacité, parce qu’ils ont été sélectionnés uniquement pour produire de hauts rendements et ils ont perdus ces caractéristiques pourtant essentiels. C’est pourquoi les hybrides sont si vulnérables et facilement sujets aux attaques de nuisibles. Nous avons découvert que, contrairement à ce que nous a enseigné l’agrochimie, “ il n’y a pas de mauvaises herbes ”, car dans un écosystème équilibré, qui n’a pas été affecté par les produits chimiques, toutes les plantes ont une utilité. Les “ adventices ”, c’est-à-dire les plantes sauvages qui poussent au milieu des cultures, ont par exemple la fonction d’attirer les nuisibles, pour que les cultures puissent être épargnées. Car les plantes communiquent entre elles, elles peuvent s’envoyer des signaux, comme le maïs et l’herbe à éléphant, quand une pyrale se présente. Mais cette communication ne fonctionne qu’entre des “ smart plants ”, pas avec les hybrides, qui sont des plantes atrophiées. Nos études montrent que, quand un maïs intelligent originaire d’Amérique latine ou d’Afrique et donc pas une variété moderne, est visité par une pyrale qui pond des œufs sur ses feuilles, il peut communiquer avec les plants de maïs alentour pour les informer du danger, afin qu’ils organisent leur protection. Toutes ces recherches constituent une véritable révolution pour la protection des cultures. Certes, mais il y a beaucoup de chemin à parcourir avant que cette révolution vienne à bout des vieilles recettes chimiques. Une chose est sûre, c’est qu’avec le push-pull, les paysans n’on pas besoin de substance toxique qui, de plus, rendra à terme le sol, les plantes, les animaux et les humains malades. Le professeur Gilles-Éric Séralini de l’université de Caen, biologiste moléculaire, étudie depuis plusieurs années les effets toxiques à long terme des OGM et des pesticides. Il a publié en 2016, dans la revue Nature, un article qui démontre l’augmentation de la mortalité chez les bovins nourris au maïs Bt176. Or, aujourd’hui, 80 % des animaux élevés en France sont nourris avec du soya et du maïs OGM et ce, jusqu’à parfois le 1/3 de leur alimentation. Ses  conclusions mettent en doute la fiabilité du système d’évaluation européenne. Il va sans dire, que les conséquences catastrophiques sur la santé des rats (étude de 2012) et des bovins nourris aux céréales OGM, rend à tout le moins perplexe, pour ne pas dire sceptique à l’égard des propos “ rassurants ” du ministère Agriculture, Pêcheries et Alimentation du gouvernement du Québec au sujet de l’impact des cultures OGM sur la santé humaine.

Semence et biodiversité.

Comme l’explique Guillaume Chopin de l’Association Santé Naturelle :En 1945, il fallait reconstruire une agriculture “ très productive ”, pour nourrir les populations européennes affectées par des années de privation. À l’époque, la croyance dans la Science et la Technologie était sans limite et puis, la planification centrale, rationnelle, avait encore le vent en poupe ”. C’est dans ce contexte que sont nées les deux grandes révolutions de l’après-guerre : la révolution médicale pharmaco-chimique, industrielle et scientifique ; la révolution agro-chimique, focalisée sur l’agriculture industrielle et productiviste.En matière de médecine et de santé, le résultat fut “ la disgrâce des remèdes traditionnels à base de plantes ” pour donner place au 100 % médicament chimique et son cortège de scandales et d’effets secondaires.

En matière d’agriculture, ce fut “ l’interdiction des semences anciennes ” au profit des semences validées par les organes de l’État. C’est ainsi que de 1930 à 1965, on est passé de 400 variétés de blé en circulation à seulement 40. Et qu’en 2018, 75 % des aliments de la planète viennent d’à peine 12 espèces végétales et 5 animales. Ce n’est certes pas ce que l’on peut appeler de la “ biodiversité ”. En 1981, une loi française a “ criminalisé ” les semences paysannes. Depuis, les paysans avait l’interdiction formelle de vendre des semences qui ne figurent pas dans le “ catalogue officiel ”. Quels sont les “ critères ” pour qu’une semence puisse se retrouver dans ce fameux catalogue ? Homogénéité et stabilité. En clair, “ des semences ” qui, plantées à une période donnée, donnent à chaque fois, un légume, un fruit ou une céréale “ de calibre standardisé ”. Un peu à l’image d’un produit manufacturé fait en série. Quelles sont alors les semences qui figurent dans ce catalogue officiel ? Essentiellement, des semences “ brevetées ”, créées et vendues par les multinationales de l’agrochimie, comme  Monsanto-Bayer, DuPontDow et Chemchina-Syngenta. Le seul géant Monsanto-Bayer, représente près du 1/3 des semences inscrites à ce fameux cahier officiel. Ces trois grands de l’agrochimie contrôlent les 2/3 des semences et des pesticides. Les multinationales ont, en quelque sorte, privatisé le vivant végétal. Pour  Guy Debailleul, agroéconomiste à l’université Laval au Québec, il s’agit à toute fin pratique d’un oligopole, pouvant menacer la sécurité alimentaire des pays, donc du monde, ainsi que la survie des agriculteurs, donc de l’agriculture. Heureusement, grâce au vote qui a eu lieu le 19 avril 2018 au parlement européen, cette situation aberrante sera terminée en 2021. Et en plus, ce nouveau règlement européen contient d’autres bonnes nouvelles pour l’agriculture biologique. Le règlement facilité la conversion au biologique via une certification de groupe, qui permettra aux petits agriculteurs de gagner du temps et de l’argent. Les exploitations mixtes (bio et non bio) ne seront autorisées que si les deux activités sont clairement séparées avec des mesures pour éviter la contamination. Et de vrais contrôles sur le label bio auront lieu pour éviter que des pays étrangers exportent du bio de piètre qualité. L’euro-député Eric Andrieu résume ainsi cette “ correction ” : “Jusqu’à présent le monde du vivant était cadenassé par la règlementation actuelle au profit de quelques grandes multinationales. Il était urgent de rééquilibrer la chaîne alimentaire et d’arrêter de dérouler le tapis rouge devant les oligopoles de l’agrochimie ”. Il faut savoir que l’agriculture industrielle intensive consomme 70 % de l’eau disponible sur terre et que 90 % des variétés cultivées par les paysans ont disparu de nos champs. Ce nouveau règlement européen concerne une question plus fondamentale qu’une simple discrimination commerciale, il s’agit de la survie alimentaire. Parce que les semences paysannes traditionnelles ont de formidables atouts. Comme elles ne sont pas aussi standardisées que les semences industrielles, elles peuvent mieux s’adapter aux changements climatiques. Et d’après la Confédération paysanne, les semences paysannes ne sont pas moins productives que les semences industrielles sans leurs “ béquilles chimiques ” (pesticides et engrais).

Il n’y a pas si longtemps, l’Inde comptait 200,000 variétés de riz que l’agriculture intensive a réduit ce nombre à 3. L’expérience indienne de l’agriculture chimique et intensive fut un échec monumental, provoquant une réduction de la biodiversité, un accroissement de la vulnérabilité aux ravageurs, une érosion et une contamination des sols, une pénurie d’eau, une baisse de fertilité des sols et de la disponibilité d’aliments nutritifs pour les populations locales, le déplacement de très nombreux petits paysans hors de leurs terres, la paupérisation rurale et une augmentation des tensions et des conflits sociaux en plus d’entraîner une vague de suicide sans précédent, soit 200,000 paysans en 20 ans à cause des semences hybrides. Vandana Shiva, physicienne, philosophe des sciences, lauréate du prix Nobel alternatif en 1993,  féministe, écologiste indienne et présidente ONG Navdanya, précise : Nous mangions plus de 10,000 espèces de plantes et aujourd’hui nous en commercialisons à peine une dizaine, largement à destination du marché mondiale ”. Vandana Shiva a créé la ferme Navdanya et a prouvé aux agriculteurs de son pays, la supériorité de l’agriculture biologique et de la polyculture. La priorité de cette agriculture biologique, c’est l’optimisation de l’usage de l’eau, le respect et la sauvegarde de la biodiversité. Son objectif est de produire des aliments sains en préservant la place des paysans dans la société. Comme elle le dénonce : “ Ces mêmes systèmes qui détruisent la terre, sont en train de détruire la biodiversité et de déraciner les petits agriculteurs qui sont pourtant plus productifs qu’eux ”. Aujourd’hui, la ferme Navdanya est devenue une banque de semence modèle qui a permis à plus de 10,000 fermiers de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Tibet et du Népal de redécouvrir l’agriculture biologique, ses atouts et ses limites.

Comme le dit Pierre-Henri Gouyon, biologiste chercheur au Muséum national d’histoire naturelle à Paris : La protection de la biodiversité doit avant tout se faire au champ ”.Autrement dit, une “ banque de semence vivante ”, c’est “ une biodiversité active, vivante et intelligente ” qui constitue notre meilleur outil de protection de la sécurité alimentaire, car elle est en constante adaptation aux conditions environnementales et climatiques et peut répondre aux besoins du moment et ceux du futur. La biodiversité est une clef essentielle  pour lutter efficacement contre les maladies, les ravageurs et les modifications climatiques extrêmes qui sont de plus en plus fréquentes. Comme le mentionne André Comeau, chercheur retraité à Agriculture Canada, section Québec : On peut améliorer le blé en réorientant sa sélection, car on peut éliminer l’herbicide, le fongicide, l’insecticide par les résistances génétiques ”. Son équipe a produit des blés résistants à la fusariose, un champignon qui oblige l’épandage de beaucoup de pesticide. Non seulement, son travail de recherche visait à régler des problèmes immédiats, mais également à introduire des gènes dont on aura besoin dans le futur à cause des changements climatiques. En 2012, Agriculture Canada a fermé son programme et réorienté la recherche sur les blés. Depuis, la sélection des semences de blé au Canada, est orienté vers le haut rendement et les variétés qui donnent de bonnes performances avec les pesticides. Pourquoi ? Parce que la sélection des semences est de plus en plus déterminée par les besoins des marchés d’exportation.

Une chute drastique des nutriments.

La réduction de la biodiversité des cultures entraîne une autre conséquence tout aussi sérieuse ; celle de la perte nutritive constante des fruits et des légumes depuis l’avènement de la révolution verte. Aujourd’hui, plus de 90 % des tomates françaises sont cultivées hors sol dans des serres une grande partie de l’année. Elles poussent dans un substrat de laine minérale et sont alimentées en eau et en nutriments de manière contrôlée. Comme le précise Ludovic Guinard, directeur adjoint du Centre technique interprofessionnel des fruits et des légumes, un centre de recherches financé par l’État et les producteurs de légumes : “ Ce qu’il faut obtenir, c’est une grappe de 5 à 6 tomates de même forme, de même grosseur, de même apparence, de même brillance et de même qualité gustative, car les “ calibres ” sont attendus par les consommateurs et ceux qui font le marché ”. Bref, ce sont des tomates du catalogue officiel des semences qui sont très standardisées.

Mais, ces tomates standardisées, qui poussent hors sol dans des conditions hyper-contrôlées, contiennent-elles autant de nutriments qu’une tomate de variété similaire, qui pousse en pleine terre ? Des mesures de nutriments effectuées par un laboratoire agréé ont montré que pour les cinq nutriments analysés, les tomates hors-sol ont des taux largement inférieurs à la tomate pleine-terre. C’est 63 % en moins en calcium, 29 % en moins de magnésium, 72 % en moins en vitamine C, 58 % en moins en lycopène et 56 % en moins en polyphénols.  Ces écarts s’expliquent, selon Sylvain Chaillou, ex-enseignant-chercheur à l’école Agroparistec et spécialiste en nutrition des plantes, par le fait que la tomate pleine-terre est davantage stressée par les conditions environnementales et climatiques et que, par conséquent, elle fabrique davantage de vitamines et de composés organiques, qui contribuent à la “ qualité nutritive ” du fruit.  Une comparaison des tables de composition nutritionnelle des tomates des années 1960 avec celles de 2018, révèle une perte de 50 % de valeur. Selon certains experts agronome, chercheur en biologie végétale – la culture hors-sol serait à l’origine de cette baisse de valeur nutritionnelle.  

Mais, selon Ludovic Guinard, pour comprendre la perte des nutriments, il faut aussi regarder du côté des variétés de tomates utilisées, parce que la semence détermine tout. Aujourd’hui, les semences choisies par les producteurs français de tomates proviennent des catalogues publiés par les grands semenciers que sont Syngenta, Vilmorin et Clause. En 2018, les semences hybrides de première génération représentent 98 % des variétés de tomates vendues aux agriculteurs. Ces hybrides ne sont pas des OGM (issues d’une modification des gènes), mais de croissement de gènes de différentes variétés de tomates, pour obtenir des caractéristiques qui répondent aux besoins du marché, telles que la résistance aux chocs et la longue durée de vie. Mais pour l’hybridation de longue durée de vie – jusqu’à 3 semaines – il y a un prix à payer : une perte de goût qui est liée au développement des nutriments. En effet, comme le précise le professeur Harry J klee de l’université de Floride : “ Dans la tomate presque tous les composés importants au goût sont dérivés de nutriments essentiels. Donc, qu’il y a un lien direct entre le goût et la valeur nutritionnelle dans la tomate ”. Autrement dit, selon Donald Davis, ex-directeur de recherche en biochimie à l’université du Texas : “ Si vous mangez une tomate qui a bon goût, vous pouvez en déduire qu’elle possède une bonne teneur en nutriments ”. Si l’on résume, le mode de culture (hors-sol vs pleine-terre) et la variété des semences (hybride vs paysanne) déterminent la qualité nutritionnelle des tomates.

Rappelons que les semences hybrides sont à usage unique, car si vous replanter ces graines, le résultat est aléatoire : petite tomate, tigrées ou biscornues. Donc, les producteurs doivent les racheter annuellement et ce, à prix d’or : 60,000 euros  à 400,000 euros le kilogramme, selon la variété. Or, il faut savoir, que les graines sont produites et extraites à la main dans des pays où les coûts de la main-d’œuvre sont faibles. Pire encore, comme en Inde dans l’État du Karnataka où l’on fait travailler des enfants de moins de 14 ans, où l’on paye les hommes moins que le salaire minimum et les femmes 40 % de moins que le salaire minimum légal. On comprend aisément qu’à ces coûts de production et à ces prix de vente, la semence de tomate hybride est de loin le rentable du marché. Rappelons que pour les variétés paysannes, les graines sont utilisables d’une année à l’autre, ne coûtent rien et donnent des tomates de meilleure qualité nutritionnelle et de goût.

Transformation des végétaux et problème de santé humaine.

Moins de goût, moins de nutriment, moins de diversité, à force de transformer les végétaux, les industriels de la semence nous exposent-ils à des variétés indigestes ? La question se pose pour le blé. Les blés anciens de Mésopotamie n’avaient que 14 chromosomes contre 46 pour les blés hybrides modernes et produisent un gluten plus résistant. Bourré au gluten, de farines hybrides, de levure chimique, le pain industriel est devenu un problème de santé. Il est accusé de provoques des problèmes digestifs, des allergies, de l’eczéma, de rendre l’intestin poreux, d’aggraver les maladies auto-immunes, le surpoids, le diabète et la dépression.

C’est le Dr. Alessio Fasano, chef de service à l’hôpitalgénéral du Massachusetts, centre de référence mondiale sur les troubles liés au gluten, qui le premier a identifié ce qu’il appelle l’hypersensibilisation au gluten – non coeliaque dont 6 % de la population occidentale serait affectée.  De plus, il a découvert qu’aucun être humain ne peut totalement digérer le gluten même en l’absence de symptômes. Il y a une grave épidémie de ce type de maladie chronique dans les pays occidentaux et c’est, pour le Dr. Fasano, lié à notre mode de vie alimentaire qui a beaucoup changé ces dernières décennies.

Que s’est-il passé pour que le gluten soit encore moins digeste qu’avant au point de nous rendre malade ? Gérard Branlard, ex-directeur de recherche à l’INRA a travaillé pendant plus de 30 ans sur les protéines de blés. En réponse à une demande des semenciers, il a réussi à augmenter jusqu’à 20 fois la force boulangère du gluten, rendant ainsi la pâte plus facile à travailler pour produire un pain à la mie bien alvéolée. Cette force boulangère du gluten est obtenue avec la production de plus grosses molécules de gluten, ce qui le rend encore moins digeste. Ce n’est qu’en 2018, que l’INRA a lancé sa “ première ” étude sur la sensibilité non –  coeliaque au gluten ; étude demandée par les fabricants de farine et les boulangers et financée par les semenciers et industriels, qui se retrouvaient alors au banc des accusés de ce problème de santé. Ce gluten de plus en plus résistant, pétri violemment et cuit à haute température pour faire plus en moins de temps, le rend encore moins digeste. Le processus de fabrication de pain avec la variété de blé hybride donnant un gluten plus résistant est donc en cause dans la pandémie d’hypersensibilité au gluten et aux problèmes de santé qu’elle génère. Aujourd’hui, les céréales, les fruits et les légumes sont surtout adaptés aux besoins et intérêts de l’industrie, mais au détriment de la santé humaine.

Les variétés de farine paysanne donnent un gluten moins élastique et moins résistant et donc plus facile à digérer. De plus, les semences paysannes sont des populations très diversifiées qui, dans leur génome, sont capables de résister aux maladies et aux insectes ravageurs, de s’adapter pleinement aux terroirs et aux changements climatiques. Bref, elles sont nettement plus résistantes et nutritives tout étant compatibles avec le fonctionnement de l’organisme humain. Elles doivent être cultivées pour que les semences restent vivantes, car après un certain nombre d’année de conservation inerte, elles ne germent plus.  D’où l’importance du règlement européen qui permet la vente des semences paysannes biologiques afin d’en assurer la pérennité, au profit cette fois-ci de notre santé et de notre sécurité alimentaire.

De quelle agriculture avons-nous besoin ?

Une agriculture qui fragilise et rend les plantes malades par traitements phytosanitaires, intoxiquant au passage la faune (pollinisateurs, oiseaux, poissons, batraciens…), l’environnement (sol, eau, air) et l’humain (maladies dégénératives chroniques…) ;

qui utilise des semences OGM qui perturbent le métabolisme des plantes ou ayant des caractéristiques perturbant le fonctionnement de l’organisme humain (hypersensibilité au gluten) ;

qui réduit la biodiversité, mettant ainsi en péril la sécurité alimentaire mondiale,

et ce, à des coûts exorbitants pour les producteurs devenus dépendants d’un système de production agricole aberrant.

Ou, d’une agriculture qui utilise des plantes intelligentes comme bio-insecticide, fourrage et engrais vert ;

qui utilise des semences paysannes et des hybrides d’espèces variées qui renforcent les résistances génétiques des plantes face aux maladies, ravageurs et changements climatiques ;

qui donnent des fruits, des légumes et des céréales qui ont du goût et des teneurs élevées en nutriments ;

qui respecte et sauvegarde la biodiversité, optimise l’usage de l’eau, préserve et renforce la place des agriculteurs dans la société

et ce, avec une productivité élevée, moins de coûts de production et sans nuisance à l’environnement et à la santé des populations animales et humaines.

Si le choix est évident, le consommateur peut agir, en exigeant et en achetant des céréales, des fruits et des légumes biologiques issus de semences paysannes. Et les instances gouvernementales aussi, en légiférant en faveur du biologique, en finançant la recherche pour son développement, en facilitant son implantation et sa mise en marché pour son accessibilité au plus grand nombre.

Lire la suite : Le vrai coût du modèle agro-industriel.

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