Franchir les étapes de la conscience : la dimension spirituelle

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De la conscience de la séparation au désir d’union, le dynamisme de l’amour fait son œuvre et incite à la communion avec l’autre. Qu’il s’agisse de l’homme normal ou du mystique, il existe toujours cette recherche de l’unité avec le “‌‌ non-soi  ”. Pour la plupart d’entre nous, l’amour consiste à créer cette unité avec une autre personne. Pour le mystique cependant, il s’agit d’une union intérieure avec le divin en soi, l’union du petit soi (l’ego, la personnalité) avec le grand Soi. L’amour peut ainsi devenir une voie de transcendance de l’ego.

Le Christ parle d’amour inconditionné et inconditionnel : aimer malgré tout, tous ses semblables, comme soi-même. Pour que des sages commandent d’aimer tous ses semblables comme soi-même en les traitant comme on aimerait soi-même être traité, il est alors possible de concevoir deux niveaux d’amour. Un amour “ humain ”, ressenti par l’ego, nous faisant percevoir autrui comme séparé de soi et un amour “ spirituel ”, ressenti par le Soi (la dimension spirituelle, divine) qui perçoit l’unité de tout ce qui existe, l’amour de soi et du non-soi ne pouvant être à ce plan de conscience que le même amour universel, inconditionné et inconditionnel. Or, il existe un obstacle majeur qui empêche d’accéder à l’amour inconditionnel et inconditionné : l’ego lui-même et sa conscience de la séparation. Dans toutes les traditions et les philosophies spirituelles et mystiques, la conscience illusoire de “ l’ego distinct ”est l’obstacle le plus important à la conscience “ unitive ”. Le mystique cherche l’union avec cette dimension divine en soi et de cette union intérieure se réalise l’union avec l’extérieur (le non-soi) liée à une capacité d’amour universel. La différence fondamentale entre l’homme normal et l’éveillé est une question de plan de conscience et de capacité d’amour.  L’ego sera toujours incapable de conscience “ unitive ” et donc d’aimer inconditionnellement ; il doit donc “ mourir ” à lui-même.

Toutes les voies spirituelles exigent la disparition de l’ego séparatif. La croissance spirituelle conduit à la transcendance de la personnalité et ce n’est que dans la mesure où le “ vieil homme ” (l’ego) meurt pour laisser place à “ l’homme nouveau  ” (le Soi), que la capacité d’aimer son semblable comme soi-même grandit. L’ego, la personnalité, doit “ mourir ” pour que la capacité d’amour inconditionnel se manifeste. L’ego n’est pas construit pour l’amour inconditionnel, il doit laisse place au Soi, se fondre en lui. L’ego est seulement capable d’amour conditionnel, un ego qui aime uniquement si ses besoins et ses attentes sont satisfaits et s’il reçoit ce qu’il désire, l’absence de réponse à ses désirs convertissant l’amour en haine.

La conscience unitive.

L’ego doit donc “ mourir ” et, avec lui le mental et la conscience d’être séparé des autres, pour que naisse la conscience de l’unité. La “ mort ” de l’ego, c’est la “ transcendance  de la personnalité ” et la réalisation de notre unité avec tous les êtres, la réalisation du “ Soi ”. Le passage de l’amour conditionné et conditionnel à l’amour universel se fond dans le passage de la conscience ordinaire à la conscience unitive.  Il s’agit d’une escale importante dans la dimension spirituelle de la croissance.

L’aspect énergétique de la croissance spirituelle.

Pour explorer cette transition, il est pertinent d’aborder la croissance spirituelle dans son aspect énergétique.  La dimension spirituelle peut se comparer à un réservoir d’énergie de croissance avec lequel on entre en contact. Cette idée d’une force ou d’une énergie supérieure avec laquelle il est possible d’être en contact est très répandue dans le monde et l’histoire. Les orientaux parlent du Prâna, cette “ énergie universelle ”, essentielle au maintien de la vie et qui peut-être canalisée et donner naissance à de grands pouvoirs. On retrouve cette croyance en une “ énergie spirituelle ” dans les religions primitives ainsi que dans notre propre civilisation chrétienne. Ces idées d’énergie laissent supposer que la personne qui se “ spiritualise ” entre en contact avec une force énergétique accessible. Que l’on parle de Dieu, de Bouddha, de Soi, de Moi suprême, de Conscience cosmique, il s’agit là d’une même réalité exprimée d’une façon culturellement différente. Il s’agit toujours de cette même dimension spirituelle et la même énergie de réalisation supérieure qui peut jaillir en soi. Les différentes religions poursuivent toutes d’ailleurs ce même objectif de relier l’humain au divin, “ religion ” signifiant “ relié ”.

L’Énergie, la Conscience et l’Amour représentent en quelque sorte trois aspects d’une seule réalité, toutes modifications d’un aspect se répercutent sur les deux autres. Les différentes religions ou philosophies à travers les âges ont privilégié l’un ou l’autre de ces aspects évolutifs. Par exemple, le taoïsme et le bouddhisme ont mis au point plusieurs techniques pour modifier l’aspect et le niveau de la conscience (taichi, qi quong, yoga, méditation, respiration, etc) tandis que le christianisme a privilégié la voie de l’amour dans le quotidien (aimer son prochain comme soi-même). La notion de chakras, empruntée à la tradition orientale, permet de mieux comprendre le processus de transformation énergétique de la personne. Traditionnellement, on dénombre sept chakras situés le long de la colonne vertébrale, du coccyx jusqu’au sommet de la tête. Ce sont des centres d’échange énergétique avec l’environnement (l’Univers). Cette énergie, au fil de l’évolution, se purifie, devient plus subtile et change la qualité de conscience de la personne. La personne dont l’énergie est surtout cristallisée au niveau du premier chakra (coccygien) se sent prisonnière d’un monde hostile, où il faut combattre pour survivre. L’insécurité est au cœur de sa vie. L’autre est objet de consommation et de jouissance et la peur de perdre ses possessions est toujours présente. La personne qui “ monte ” jusqu’au chakra du cœur cesse de percevoir l’autre en objet et le traite comme elle-même, avec le même respect. C’est à ce niveau que l’amour inconditionnel commence à se manifester. Ce quatrième chakra est un centre de passage entre la nature animal de l’homme et sa nature divine, permettant ainsi à une énergie particulière d’éclairer la conscience de la personne. Au septième niveau de conscience, la personne fusionne avec le grand Tout, l’ego séparatif se dissout pour laisser la Conscience du Soi universel. C’est à ce stade que la Conscience mystique affirme : “ Nous sommes un ”. Non seulement la personne traite l’autre comme elle-même, mais elle sent que l’autre est elle-même.

Pour comprendre cette approche énergétique de la croissance, on peut se reporter à la hiérarchie des besoins qui a déjà été abordée précédemment. En montant dans la hiérarchie, les comportements, les attitudes, les valeurs de la personne se transforment pour favoriser une meilleure satisfaction des besoins. Les besoins physiques et de sécurité matérielle, tout en demeurant importants, prennent de moins en moins d’énergie pour obtenir leur satisfaction. L’individu se tourne davantage vers l’aspect relationnel (amour) et spirituel (transcendance) de l’existence.

La vision énergétique de la croissance se veut également hiérarchique. Chaque centre énergétique influence d’une façon particulière la conscience de la personne et sa façon d’être en relation avec son environnement. On peut imaginer chaque centre énergétique comme un ascenseur qui élève le niveau de conscience. La personne voit et accepte de mieux en mieux la réalité telle qu’elle est, fait des liens, des “ prises de conscience ”, augmentant son sentiment de maîtrise sur sa vie. Ainsi, la personne passe progressivement d’une conscience d’ego séparé et, souvent en compétition avec tout ce qui l’entoure, à une conscience – amour du Soi, où tout sentiment de séparation disparaît. Dans ce long processus de l’évolution de la conscience, la personne franchit le stade transpersonnel de la croissance qui l’amène à dépasser l’individualité et à s’intégrer de plus en plus à tout ce qui l’entoure. À ce niveau, la personne se sent de plus en plus consciemment reliée à la Vie elle-même, son évolution personnelle étant étroitement solidaire de l’évolution générale. Ainsi, plus la personne s’actualise, plus elle dispose d’une énergie nouvelle qui, non seulement favorise une meilleure intégration de sa personnalité, mais semble également agir sur les évènements de sa vie qui deviennent des occasions d’augmenter sa conscience et sa connaissance d’elle-même. Plus la “ conscience spirituelle ” s’accroît, mieux elle peut coordonner efficacement les niveaux psychique et physique et favoriser l’harmonie de la personne. Pour ce qui est de la hiérarchie, c’est la dimension spirituelle qui prend alors le premier plan et qui est le mieux en mesure d’assurer le plein épanouissement de la personne. Par contre, selon Koestler lorsqu’on redescend les niveaux de la hiérarchie : “ les décisions reviennent à des mécanismes semi-automatiques, puis pleinement automatiques et, à chaque passation de commandes à des niveaux inférieurs, l’expérience subjective de la liberté diminue en même temps que la lumière de la conscience ”. Depuis Freud, nous sommes habitués à voir dans l’inconscient un réservoir rempli de surprises désagréables, un bocal à pulsions et à émotions refoulées causées par des expériences traumatisantes. Certes, cet inconscient existe et peut prendre les commandes facilement lorsque la conscience ne peut ou ne veut pas voir la réalité en face. L’insconcient c’est aussi, selon Henri Laborit, l’ensemble de nos automatismes de toutes sortes (moteur, langagier, conceptuel, attitudinal, de jugement de valeur) mis en place principalement sous l’influence de l’environnement matériel et socio-culturel qui pilotent la majorité de nos actions. Mais l’inconscient possède aussi un pôle constructif. Assagioli parle d’un “ supra-conscient ” qui représente “ la source des fonctions et des activités humaines les plus élevées : le besoin de trouver un but et un sens à la vie, les valeurs les plus authentiques, les intuitions les plus élevées du domaine de la création artistique, les découvertes scientifiques, les pensées profondes de la philosophie et de la spiritualité et les aspirations altruistes à rendre des services humanitaires ”. C’est à son contact que “ nous ressentons le plus profondément le sens et le but de la vie, que nous transcendons les limites de notre ego séparatif et découvrons une parenté profonde avec l’Univers ”. De même, Frankl venait à souligner l’existence d’un “ inconscient spirituel ” renfermant des pulsions spirituelles de croissance. L’inconscient ne consistait pas pour lui en un simple réservoir à pulsions sexuelles ou agressives servant à favoriser la perpétuation de la race et la défense de l’individu. Que l’on parle de supra-conscient, de super-conscient ou de sur-conscient, il s’agit bien d’une dimension spirituelle à l’œuvre qui pousse la personne à l’évolution et non seulement à la préservation de son existence. Plus la personne s’actualise, plus elle est susceptible d’entre en contact avec cette énergie spirituelle et d’accentuer sa croissance personnelle.

La dimension transpersonnelle de la croissance spirituelle.

La psychologie transpersonnelle s’intéresse à des sujets comme l’amour, les expériences de conscience mystique, la synchronicité, mais cette tendance en psychologie n’est pas représentative de la pratique psychologique habituelle. En Occident, notre vision de la personne humaine repose sur un “ modèle séparatif ” ; chaque individu est perçu comme séparés des autres et possède une identité indépendante de son environnement. Dans un tel modèle, il est donc difficile d’expliquer certaines expériences où l’individu à l’impression d’être en contact avec autrui sans passer par des modes habituels de communication. Parmi les expériences “ psy ” les plus connues, on peut nommer la télépathie, donnant l’impression d’un lien avec autrui, un lien télépathique qui, pour Jung, était considéré comme une des facettes de la synchronicité. Certaines personnes expérimentent spontanément une sensation de lien universel, à travers ce que Maslow nommait des expériences paroxystiques ou expériences-sommet. Ces états de conscience s’apparentent à une expérience mystique de fusion avec l’environnement et ces expériences s’avèrent assez fréquentes. En effet, divers sondages effectués aux États-Unis et en Angleterre établissent qu’environ 20 % des personnes interrogées ont vécu, au moins une fois, une expérience intérieure intense de ce type. Parmi les quelques caractéristiques qualifiant ces expériences, l’une d’elles est la perception du réel comme un tout unifié. Parmi les sentiments les plus fréquents que connaissent ces gens durant ces états de conscience, on retrouve : un sentiment de paix profonde, la certitude que tout va bien finir, la conviction que l’amour est au centre de tout. Certaines transformations peuvent résulter de ces expériences qu’il s’agisse d’une disparition de symptômes, d’une image plus positive de soi, d’un enrichissement du sens à la vie. Pour Maslow, c’est la structure de la personnalité qui différencie les gens qui ressentent ces expériences intérieures de ceux qui n’en vivent jamais. Ces dernières personnes se caractérisent selon Hétu par “ une personnalité coupée de ses émotions et de son monde intérieur, centrée sur l’univers de la rationalité ou de la matière et centrée sur les institutions ”. Ces “ expériences d’unité ” ou de “ lien avec le non-soi ” s’expliquent mal dans un modèle de croissance qui exclut la dimension transpersonnelle. En recourant cependant à la psychologie orientale étroitement liée à la spiritualité, une meilleure compréhension de ces “ expériences unitives ” devient possible. En effet, depuis des millénaires, les traditions spirituelles enseignent l’unité de l’univers ; tout est relié à tout. L’idée de séparation entre “ soi ” et le “non-soi ” est simplement une “ illusion ”. D’ailleurs, tous les sages, quelle que soit leur culture, enseignent la même unité de la réalité.

Tous ces enseignements affirmant l’unité de la réalité peuvent nous laisser indifférents. Toutefois, il est remarquable de constater que nos propres physiciens occidentaux adhèrent de plus en plus à une même vision unitaire de la réalité et tiennent même des discours de métaphysiciens. À cet égard, citons les propos de certains d’entre eux.

Selon David Bohm :La théorie quantique et la relativité impliquent la nécessité de considérer le monde comme un tout indivisé, dans lequel toutes les parties de l’univers y compris l’observateur et ses instruments se fondent et s’unissent dans une même totalité. La nouvelle façon de voir peut-être mieux appelée celle de l’indivisible totalité d’un flux mouvant. Dans ce flux, l’esprit et la matière ne sont pas des substances séparées. Ils sont plutôt des aspects différents d’un seul mouvement indivisé ”.

Selon Stapp :Le monde physique est selon la physique quantique non pas une structure édifiée à partir d’entités préexistantes, indépendantes et analysables, mais plutôt un réseau de relations entre des éléments dont le sens émerge de leurs relations à la totalité ”.

Selon Capra :Les atomes se composent de particules et ces particules ne sont faites d’aucune substance matérielle. Lorsque nous les observons, nous ne voyons jamais aucune substance ; ce que nous voyons sont des systèmes dynamiques se transformant continuellement les uns les autres. Une danse perpétuelle de l’énergie ”.

Étrange discours où la physique et métaphysique, “ science de la réalité extérieure ” et “ conscience de la  réalité intérieure ”, en arrivent à une “ vision unitive de la réalité ” ; tout est relié à tout, l’énergie et la matière ne sont que deux facettes d’une seule et même réalité.

Cette vision unitive de la réalité permet de mieux comprendre les phénomènes étudiés en parapsychologie, l’influence de la pensée sur la matière ou les évènements, la synchronicité, etc. Alors que la matière et l’énergie ne s’opposent plus, ces liens étranges entre la réalité intérieure et la réalité extérieure, le “ soi ” et le “ non-soi ” peuvent trouver une certaine explication. Benoît Rancourt résume le processus de manifestation de curieuses opportunités, autrement dit de synchronicités, se manifestant dans la vie en disant que, lorsque l’intérieur change (structure énergétique), l’extérieur change. Cela démontre encore une fois, le lien étroit entre la réalité intérieure (soi) et la réalité extérieure (non-soi).

La démarche de la physique quantique consiste a démontré expérimentalement cette vision unitive de la réalité, tandis que les mystiques s’efforcent d’atteindre par l’expérience directe cette “ conscience unitive ”. Les sages ont donc proposé à ceux qui voulaient faire l’expérience de cette conscience unitive un ensemble de disciplines parfois très variées, mais reposant sur une morale et une philosophie de vie étroitement reliées à leur connaissance expérientielle de l’unité de tous les êtres. Ce message universel se résume par l’intention de traiter son semblable comme soi-même.

Il est facile de discourir sur l’unité de la réalité, sur la nouvelle vision du monde que propose la physique quantique ou sur les enseignements métaphysiques de Sages, sans grand changement dans nos vies. C’est pour cette raison que les Sages et les mystiques, pour éviter les vaines discussions, se sont centrés sur l’essentiel : l’amour inconditionnel et universel, qui est non seulement une morale, mais aussi une voie de réalisation spirituelle.

Lire la suite : Franchir les étapes de la conscience : de l’ego au Soi.

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