La voie du sens : la mobilisation

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En s’appuyant sur les besoins et les désirs mis en lumière par le travail d’intériorisation, la mobilisation sort la personne de sa subjectivité et l’amène à mi-chemin entre le monde tel qu’elle est capable de se l’imaginer et auquel elle aspire et le monde concret, objectif, sur lequel elle devra agir pour réaliser ses ambitions.

 

La volonté.

En désirant, nous cernons ce qui nous intéresse, les objets potentiels sur lesquels pourra s’exercer notre volonté, mais désirer n’est pas vouloir. Le désir est une “ imagination ”, alors que la volonté est un “ pouvoir ”. Le désir dit : “ J’aimerais ceci ou cela ”, la volonté dit : “ Je veux faire ce qu’il faut pour l’obtenir ”. La volonté, c’est le désir qui, au lieu de s’éteindre, persiste et se renforce dans la conscience des possibilités et des limites. Elle implique un choix et prépare à l’action.

Certaines personnes sont des “ machines à désirer ”. Elles parlent de leurs fantaisies, de leurs rêves, de leurs besoins, de leurs centres d’intérêt, de leurs espoirs, de leurs attentes, mais sans jamais parvenir à établir un lien même ténu entre ce qu’elles expriment et la réalité. Elles se comportent comme s’il y avait, d’un côté, leurs désirs et de l’autre, la réalité, sans qu’aucun pont relie les deux.  En plus, elles passent d’un désir à l’autre, sans jamais parvenir à canaliser leur attention dans une direction précise. En réalité, elles ne prennent pas leurs désirs au sérieux et elles n’ont pas de volonté. D’autres semblent au contraire désirer peu, mais, dans l’espoir de donner une direction à leur vie, attendent en secret une sorte de révélation : “ Il me semble que lorsque je découvrirai ce que j’aime, le reste ira tout seul ”. Cette attente est un leurre. Certains savent intuitivement ce qu’ils veulent, mais ne font rien avec cette connaissance. Ils l’évitent même. D’autres sont réellement perdus mais ne font aucun effort pour préciser ce qui les intéresse. Ils restent en amont du désir, dans le besoin, dans le manque. La force d’inertie, la peur l’emporte sur l’envie de bouger, de décider, d’agir, de transformer, de créer, en un mot, d’aller de l’avant. Ils sont incapables de se mobiliser.

Laissé à lui-même, un désir à peu de chance de se matérialiser. Il a besoin d’être reconnu, protégé, incubé, pris en charge pour être élaboré et transformé en une entité plus articulée, plus forte, mieux organisée et plus orientée dans l’espace et le temps. C’est là le rôle de la volonté. Bien sûr, s’il s’agit d’un désir que nous connaissons bien, il sera vite reçu et décodé pour servir l’action. Par exemple, si j’ai l’habitude de me faire plaisir en allant au restaurant, il ne sera pas difficile de répondre à une envie d’y retourner. Par contre, s’il s’agit d’un nouveau désir, ou d’un désir auquel je n’ai jamais répondu, le temps dont j’aurai besoin pour me l’approprier et le transformer en volonté sera plus long.

En résumé, en tant que trait d’union entre le désir et l’action, la volonté est une fonction humaine indispensable pour la survie et la réalisation personnelle. La volonté a un rôle essentiel à jouer dans notre tentative de mener à terme ce que nous entreprenons et, à ce titre, elle contribue concrètement à donner un sens à notre vie. Car celui qui ne veut rien, qui ne poursuit rien, n’a aucune raison de vivre. D’où la nécessité d’apprendre à faire des choix et à formuler des projets. En d’autres mots, nous devons pouvoir décider de répondre à certains désirs plutôt qu’à d’autres, tout en sachant que ces choix marqueront de façon plus ou moins déterminante l’orientation de notre vie.

 

Décider.

Ce qui donne un sens à notre vie, ce sont les multiples décisions plus ou moins conscientes que nous prenons et qui, petit à petit, tracent un chemin et donnent une direction à notre existence. Pensez-y, votre vie pourrait être tout autre si vous aviez pris d’autres décisions, agit différemment, entretenu des croyances et des valeurs différentes de celles qui vous ont guidé jusqu’ici. Nous sommes tellement immergés dans le flot des affaires quotidiennes que nous oublions dans quelle mesure nous prenons, à tout moment, des décisions qui engagent notre futur immédiat et, parfois aussi, notre destin à plus long terme.

Ironiquement, même si tout ce que nous faisons implique un choix, décider est l’une des tâches les plus difficiles qui soient. Compte tenu de l’impact qu’ont les décisions sur notre vie, il est facile de comprendre pourquoi décider est si angoissant. Nous savons que chaque fois que nous prenons de grandes décisions, nous engageons notre vie. En faisant des choix, en décidant de répondre à un désir plutôt qu’à un autre, nous affirmons notre individualité. Nous reconnaissons que nous avons une personnalité bien à nous, avec des traits spécifiques, des croyances, des valeurs, des besoins, un imaginaire singulier, bref, une unicité et un destin qui nous sont propres et dont nous devons tenir compte pour nous accomplir. Nous assumons aussi le fait que nous sommes les seuls à pouvoir prendre des décisions pour nous-mêmes. Et que chaque décision nous engage, non seulement par rapport aux actions nécessaires à son actualisation, mais aussi par rapport aux conséquences qui résulteront de nos actions. De même, nous réalisons, du moins partiellement, que si chaque décision contribue à structurer notre vie, elle contribue également à la limiter. Car si nous avons potentiellement plusieurs vies, nous devons faire le choix parfois déchirant de n’en réaliser qu’une seule. En effet, lorsque nous voulons quelque chose et prenons une décision ferme d’aller de l’avant, cela implique simultanément de renoncer à une série d’autres possibilités. Plusieurs personnes ne se rendent pas compte à quel point leur difficulté de s’investir dans leurs rêves est liée à leur refus de laisser tomber certains d’entre eux. Dans certains cas, le renoncement paraît plus cruel encore. Au lieu de laisser aller des possibilités, il nous faut renoncer à ce que nous avons perdu : un être cher, un amour prometteur, une opportunité professionnelle, un mode de vie, une réussite espérée, notre jeunesse, notre santé … Notre difficulté de lâcher prise peut avoir un coût très élevé sur la qualité de notre vie. Nous voudrions améliorer notre sort, mais sans rien laisser tomber, sans sacrifier quoi que ce soit, sans faire de choix. Nous sommes parfois prêts à nous laisser mourir plutôt que de lâcher prise. Dans ces conditions, la vie n’apparaît plus comme une aventure, une occasion d’évoluer, mais comme une tentative vouée à l’échec, de nier nos limites et, ultimement, notre mort.

Au-delà des renoncements nécessaires, choisir ne signifie pas obligatoirement éliminer définitivement. Plusieurs volontés peuvent exister en même temps, si la maturité et le courage nous aident à renoncer, la sagesse nous aide à trouver des façons qui nous permettront de renoncer le moins possible. L’une de ces façons consiste à vouloir une chose sans pour autant chercher à l’obtenir sur-le-champ. Par exemple, ressentir une forte volonté de voyager, mais décider d’y renoncer dans l’immédiat afin de prioriser d’autres objectifs : les études, la carrière, l’achat d’une maison … En plus de nous permettre de prendre des décisions et d’orienter notre action, la volonté permet aussi de retarder certaines gratifications.

Un choix n’a pas non plus à être fait à l’exclusion d’autres choix : nous pouvons poursuivre plusieurs projets en parallèle. Mais cela exige d’avoir bien en vue l’ensemble de nos besoins et d’établir des priorités. Ce qui, pour plusieurs, n’est pas toujours facile. Dans un monde axé sur le travail et la performance, beaucoup ne répondent plus qu’à leur désir de réussir, de gagner, de se sécuriser tant matériellement que socialement. Ils mettent tous leurs œufs dans le même panier et essaient, tant bien que mal, de garder leur équilibre. D’autres, au départ, s’engagent pour des raisons liées à leur besoin intrinsèque de s’accomplir, mais deviennent, un peu malgré eux prisonniers de leurs succès. Ils voudraient changer de rythme, faire de la place à d’autres aspects de leur vie (leur couple, leurs enfants, leur santé, leurs loisirs), réaliser d’autres projets, mais ils sont pris dans un engrenage qui tourne plus vite et duquel ils n’arrivent pas à se sortir. Leur intérêt initial s’est transformé peu à peu en obligation et leur investissement authentique en esclavage.

Nos choix de vie doivent refléter qui nous sommes, mais aussi et surtout correspondre à ce que nous aimons. Qui plus est, c’est à nous-mêmes de décider des ingrédients qui entreront dans la composition de notre existence.  Dans l’espace-temps que nous avons à notre disposition, nous pouvons ne mettre qu’une chose et l’apprécier toute notre vie durant, comme le font les êtres animés d’une passion qui les dévore tout entiers. Ou nous pouvons faire un mélange et en changer les ingrédients pour goûter à différentes choses, comme le préfèrent la plupart des gens. Chacun doit découvrir ce qui l’aidera à se sentir bien. De plus, chacun doit prendre ses décisions en fonction de ce qu’il a déjà mis dans son existence, afin de trouver le juste équilibre. Si vous n’avez pas eu assez de plaisir, peut-être voudrez-vous ajouter davantage de portions de plaisir ;  ou si vous avez un manque d’amour, de grandes doses d’amour ; ou si la nature vous a manqué, de grands champs de paysages et d’air frais. Une vie qui répond à l’ensemble de nos besoins essentiels se mesure au présent mais aussi sur le long cours. Nous ne pouvons goûter à tout ce qu’offre l’existence d’un seul coup. De plus, pour réussir le mélange de notre vie, nous devons procéder par essais et erreurs. Ainsi, trouver les bons ingrédients, le bon dosage, le juste équilibre, si tant est qu’il est atteignable, demande du temps et repose sur une attitude d’ouverture et de découverte. Nous devons profiter de l’ensemble de nos expériences pour mieux définir nos besoins réels, nos désirs, nos goûts les plus chers. Et nous devons choisir, prioriser l’essentiel, renoncer à certaines choses, car nous ne pouvons tout inclure dans l’espace-temps de notre vie.

 

Affirmer notre unicité.

Nous avons souvent peur de choisir, parmi nos désirs, ceux que nous cherchons à réaliser. C’est pourtant notre seul atout, le seul moyen à notre disposition pour manifester notre unicité et actualiser notre potentiel. Malheureusement, nous ne vivons pas dans un monde qui encourage l’unicité. Au contraire, par moments, nous ressemblons à certaines espèces animales qui, instinctivement, se tiennent en horde pour survivre. Et tous, dans les milieux dans lesquels nous évoluons sont susceptibles de stimuler notre grégarité : la famille, les amis, les regroupements religieux, les partis politiques, le couple même. Ils demandent parfois que nous nous conformions en échange de la sécurité et du sentiment d’appartenance qu’ils procurent. Nous pouvons donc facilement nous perdre dans les valeurs, les désirs, les idéologies, les objectifs de ceux qui comptent autour de nous. Trop souvent, les valeurs mises de l’avant, par les groupes dans lesquels nous évoluons nous détournent de nos pulsions authentiques et, ce faisant, nuisent à notre actualisation. À certains moments, nous sommes littéralement déchirés entre, d’une part, nos besoins de sécurité, d’appartenance et d’amour et, d’autre part, notre besoin d’être fidèles à nous-mêmes. Et comme cette tension entre le respect de soi et l’aliénation de soi est permanente, nous avons avantage à l’accueillir et à comprendre ce qu’elle cherche à nous dire. Car elle est précieuse cette tension : elle témoigne de nos efforts pour nous affranchir toujours un peu plus de nos besoins de base parfois tyranniques (sécurité, appartenance, amour) qui nous relient de façon démesurée aux autres. 

Concrètement, ce qui permet de se choisir et d’oser être soi, c’est la capacité de dire “ oui ” à ce que nous voulons vraiment et la capacité de dire “ non ” à ce que nous ne voulons pas. C’est si simple, mais cela représente néanmoins la source de tant de nos difficultés. Pour être authentiques et permettre aux “ oui ” intérieurs de s’affirmer, il nous faut régulièrement frustrer les demandes provenant de l’environnement socio-culturel. Dire non est un signe que nous exerçons notre volonté, que nous osons être nous-mêmes. Et ce qui nous aide à le faire, c’est d’avoir en tête nos rêves et nos projets : nos grands “ OUI ”. Car il ne s’agit pas de dire non simplement pour s’opposer, mais pour protéger nos élans originaux, notre individualité, notre unicité. En priorisant nos buts, en faisant place à nos projets, ceux qui nous singularisent, nous apprenons à nous appuyer sur nous-mêmes pour édifier notre vie. Nous ne dépendons plus des autres pour donner un sens et une direction à notre existence, mais de notre propre gouverne intérieure.

 

Développer notre capacité de vouloir.

En dépit de nos efforts pour être le plus conscients possible des motifs qui sous-tendent nos choix, une grande part de leur sens nous échappe. C’est ce qui fait que, devant une décision difficile à prendre, un travail d’exploration doit généralement être fait pour en dégager toutes les couches de signification. Car, le plus souvent, lorsque nous piétinons devant une décision, c’est qu’elle dépend d’une autre décision – parfois même de plusieurs – qui doit être prise avant. Le problème vient du fait qu’alors que la première est bien en vue, la deuxième se situe en dehors de notre champ de conscience et soulève des aspects de soi non résolus. Explorer le sens sous-jacent d’une décision difficile est un travail qui, généralement, s’échelonne dans le temps.

Rappelons qu’une réelle volonté inclut le pouvoir, autrement on est encore à l’étape du désir. C’est donc dire que si nous manquons de volonté, nous devons nous concentrer à développer notre pouvoir, en d’autres mots, notre boîte à outils. Quels sont ces outils ? Essentiellement, nos connaissances, nos compréhensions, nos habiletés, nos compétences. Avec une boîte à outils bien garnie, nous sommes plus confiants dans nos moyens, plus efficaces et faisons preuve de plus d’imagination. Nous sommes donc plus enclins à vouloir les utiliser. De plus, non seulement notre boîte à outils nous permet de répondre à nos propres besoins, elle nous permet aussi d’être utiles pour les autres, d’être une ressource pour la société.

L’existence est complexe et nous ne pouvons tout connaître ni tout maîtriser. Néanmoins, il est essentiel de développer un sentiment de pouvoir personnel dans différentes sphères de la vie pour bien évoluer sur les plans individuel et social. Entre autres, il est difficile de se sentir en contrôle et sûrs de soi sans connaître et bien gérer ses affects, sans pouvoir prendre des décisions éclairées, sans compétences ou habiletés interpersonnelles, sans maîtriser la langue parlée et écrite, sans avoir des connaissances de base en mathématique, en économie, en cuisine et, aujourd’hui, en informatique. Même dans le secteur des loisirs, comme le voyage ou le sport, le développement d’un minimum de compétences est essentiel pour y prendre plaisir. Plus nous exerçons une maîtrise dans différents domaines, plus nous avons accès à une variété de chose, ce qui, en retour, augmente notre capacité de désirer, stimule notre volonté de faire de nouvelles expériences et solidifie le sens de notre vie. Bien sûr, nous ne pouvons pas tout maîtriser, mais nous pouvons choisir dans quels secteurs de la vie nous voulons développer un plus grand pouvoir : les relations, la connaissance, le travail, l’amour, l’argent, le plaisir, la créativité, la spiritualité, la famille, la communauté … Cela dit, lorsqu’un désir ou un rêve paraît en dehors de notre portée, seules deux possibilités s’offrent à nous : cesser d’espérer et se concentrer sur d’autres désirs, ou développer des outils pour tenter de le réaliser.

En définitive, ceux qui actualisent le plus leur potentiel sont ceux qui ont pleinement accès à leur volonté : ils ont des intentions, des objectifs, des projets, en un mot, ils tiennent à des choses, à vivre des expériences. Ils sont capables de se dégager de leur monde intérieur et de s’extraire du regard qu’ils posent sur eux-mêmes pour se mettre à vouloir quelque chose à l’extérieur d’eux. Car, le travail d’intériorisation, de réflexion sur soi, si indispensable soit-il pour apprécier notre destin et imaginer des façons de l’améliorer, trouve sa raison d’être dans le mouvement de mobilisation qu’il permet. Autrement dit, si elle ne conduit pas à la décision, puis à l’action, la connaissance de soi et du monde est peu utile. Manifestement, seule l’action permet de tester nos décisions contre la réalité et, par le fait même, de donner une forme concrète à notre existence.

 

 

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