Donner du sens à votre vie : lui donner une direction

Classé dans : Être bien dans sa vie | 0

 

Lorsque nous sommes sans buts ou que ceux que nous avons ne nous motivent pas suffisamment, nous éprouvons une perte de sens. Nous sentons que notre vie manque de direction. Nous avons du mal à nous relier à l’existence, à trouver une manière d’en faire partie. Nous sommes parfois interpellés par des tâches, des exigences, des possessions, des événements, mais cette ferveur ne dure pas. La poussée dont nous aurions besoin n’est pas là. Nous faisons du surplace, sans orientation pour guider notre action, sans objectifs pour soutenir nos efforts. Nous attendons un appel qui nous dirait quelle direction prendre, mais il ne vient pas. Et l’espoir s’estompe peu à peu.

 

Que vous arriverait-il si vous cessiez vos activités habituelles pour vous demander à quoi elles servent ? Leur sens saurait il résister à un examen lucide ou comme certains le pensent, est-il préférable d’avancer sans se poser de questions ? En vérité, le sens de la vie serait bien fragile s’il ne pouvait résister à un questionnement authentique. On peut même affirmer que c’est ce questionnement même qui précise et renforce le sens de ce que nous faisonsQu’est-ce que je veux faire de ma vie ?, pose directement la question de la direction que je choisis de donner à ma vie.

On peut évidemment se laisser prendre au piège de nos habitudes et répondre machinalement aux nombreuses demandes qui nous sont faites. On peut aussi vivre en conformité avec ce qu’on a appris, suivre sans se questionner le chemin tracé par les générations précédentes. De même, on peut s’en remettre aveuglément à une cause, à une religion, à un leader charismatique, au veau d’or du consumérisme, à un mode de vie au goût du jour. Mais alors cela exclut toute réflexion, toute vision du futur, tout exercice de liberté, toute décision personnelle, toute recherche visant à actualiser nos potentialités individuelles. C’est abdiquer tout pouvoir sur notre existence.

La direction soulève, plus directement encore que les deux premières conditions du sens, la question du pourquoi de nos actions. On peut bien sûr se lever pour prendre une douche, déjeuner et aller travailler, mais ces raisons ne sont pas suffisantes pour nourrir le sens de notre vie. Nous avons besoin d’en savoir plus pour nous sentir exister : Pourquoi faire tout ça ? Qu’espérons-nous ? Où cela va-t-il mener ? Et, de façon plus générale, à quoi voulons-nous que serve notre vie ?

La réponse à ces questions ne nous est pas donnée à priori puisque nous sommes jetés dans l’existence, sans notre consentement et sans vraiment savoir pourquoi. C’est donc à nous que revient la tâche de lui donner un sens. Et ce qui nous aide à le faire, c’est notre conscience, non seulement une conscience capable de comprendre (en réfléchissant, en analysant, en faisant des liens entre les choses) et d’aimer (en attribuant une valeur à nos expériences) mais aussi une conscience capable de donner une orientation signifiante à notre existence. En exploitant tout le potentiel de notre conscience, nous faisons en sorte que notre existence soit utile et qu’elle mène quelque part.

 

Nous sommes nos intentions.

Si nous prenons le temps d’observer comment fonctionne notre conscience, nous pourrons nous rendre compte qu’elle nous relie sans cesse à des “ objets futurs ”, des objets qui ont une valeur, une signification et représentent quelque chose à atteindre. Autrement dit, nous poursuivons toujours des buts et avons toujours des intentions. Nous avons ce qu’on appelle une conscience intentionnelle. Sans toujours nous en rendre compte, tout ce que nous faisons est précédé par une intention. Chacun choisit ce sur quoi il veut porter son attention, chacun entretient ses propres desseins. Ce sont ces derniers qui donnent un sens et une direction à ce que nous faisons. 

Cette anticipation, cette vision de ce que nous voulons construire est ce qui constitue le dynamisme fondamental de la vie humaine. Elle stimule les sens et donne espoir. Parfois, elle prend la forme de simples désirs et, parfois, de projets d’envergure ou de mission de vie. Dans tous les cas, l’orientation que nous donnons à notre vie permet de canaliser nos énergies et d’entreprendre des actions qui ne sont pas de simples réactions instinctives, des réflexes, des conditionnements, mais qui participent d’un mouvement  intelligible permettant de réaliser des objectifs qui ont une valeur à nos yeux. Avec une direction, nous pouvons organiser notre action et vérifier en cours de route si elle nous conduit là où nous voulons aller. Avec des buts, des projets, nous pouvons tester régulièrement qui nous sommes, évaluer ce que nous faisons et tirer profit de notre expérience pour ajuster notre direction. Sans but, nous agissons, mais sans savoir pourquoi.  Nous fonctionnons sans avoir à l’esprit l’idée d’un développement, d’une progression, d’une construction. Nous en retirons donc peu de motivation et, par conséquent, peu de plaisir.

 

Vouloir aller plus loin, se réaliser.

Au-delà de nos intentions quotidiennes, nous sommes mûs par quelque chose de plus grand encore : nous cherchons à nous dépasser. En effet, toute notre vie durant, nous cherchons à devenir ce que nous avons le sentiment d’être en potentiel. Chaque personne recherche le fil conducteur qui peut donner un sens et une direction à sa vie, qui peut l’aider à se reconnaître et à établir des liens entre son histoire et ses besoins actuels, ou entre ses limites et son appétit de vivre. En un mot, chacun de nous cherche son essence, sa nature profonde, c’est-à-dire ce qui le caractérise et donne une forme, un élan, une direction unique à sa vie.

Sommes-nous à la bonne place avec ce travail, ou devrions-nous plutôt changer d’occupation ? Cette relation amoureuse est-elle ce qu’il nous faut pour grandir, ou devrions-nous y mettre un terme ? Ce comportement sert-il notre bien-être, ou contribue-t-il à notre aliénation ? Cette attitude encourage-t-elle l’ouverture ou, au contraire, le repli sur soi ? Cette valeur est-elle vraiment la nôtre, ou sommes-nous plutôt en train de nous conformer aux attentes des autres ? Chaque décision est une occasion d’affirmer notre nature, de mieux nous connaître, de transcender nos limites, d’actualiser nos capacités et nos talents, bref, de nous vivre plus pleinement et authentiquement. Cette quête incessante pour se rapprocher de qui nous sommes, de ce pourquoi nous sommes faits, de notre direction authentique, est la source même de notre élan vital. C’est ce qui fait qu’en dépit de notre besoin fondamental de structure et de stabilité, toute personne qui n’est pas submergée par la peur ou le désespoir désirera tôt ou tard s’engager dans des activités qui représenteront à ses yeux des défis et donc des occasions de développement.

Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que c’est le propre de la vie de vouloir aller plus loin, en réduisant nos limites, en résolvant nos difficultés, en expérimentant de nouvelles façons d’être, en découvrant la vie dans de nouvelles dimensions jusque-là insoupçonnées. C’est ce que l’on ne connaît pas encore de soi et du monde qui nous pousse à avancer. “ L’indéfini en soi ” et “ l’indéfini du monde ” sont aussi nécessaires à notre évolution que les compréhensions acquises et les habitudes sur lesquelles nous nous appuyons pour agir. La vie nous intéresse et nous inspire dans la mesure où elle nous invite à la découverte. C’est sa part d’inconnu, de mystère, d’ombre, qui sert de poussée à notre recherche de sens et ce, à chaque âge de notre vie. En d’autres mots, nous avons besoin d’aventure pour nous sentir en vie. Concernant l’aventure, une large part du plaisir et du sens de la vie se retrouve non pas dans l’atteinte de nos objectifs, mais dans la poursuite elle-même. En effet, c’est en nous impliquant dans le jeu de l’existence que nous lui donnons un sens. Et l’univers, en toutes sortes d’occasions et par toutes sortes de moyens, tente de nous le rappeler. Essentiellement, son message est le suivant : “ Vous avez plein de possibilités, alors, au lieu d’être victime de votre vie, explorez-la, saisissez-la, expérimentez-la, vivez pleinement, devenez tout ce que vous avez envie de devenir ! ”.

Bien sûr, nous ne pouvons pas tout faire. Chacun de nous a ses limites et l’environnement dans lequel nous évoluons a aussi ses limites. Avoir plein de possibilités ne signifie pas avoir toutes les possibilités. D’ailleurs, si c’était le cas, nous ne saurions pas où donner de la tête. Chacun a des tâches auxquelles il doit s’attaquer pour créer du sens, chacun doit suivre sa propre direction. Nous devons exploiter au mieux la matière que la vie met à notre disposition pour en faire une création ( hyperlien avec processus créateur ) dont nous serons fiers. Et, cela ne se limite pas, loin s’en faut, à de grands projets, à des grandes réussites sociales comme dans des performances professionnelles ou financières. Par possibilités, on entend tout ce qui contribue à nous faire sentir plus vivants : avoir plus de plaisir, utiliser davantage notre imagination et notre capacité de jouer, nous rapprocher des autres, être capables de plus d’intimité, explorer des aventures auxquelles nous n’osions pas penser avant, dépasser ses peurs, régler des conflits, devenir plus généreux, nous adonner à un nouveau passe-temps, développer une discipline pour mieux atteindre nos objectifs.

Si nous n’avançons pas, nous régressons, notre univers se restreint. Nous avons toujours besoin de vivre de nouvelles expériences et de développer de nouvelles compréhensions pour que le sens de notre vie se régénère. Et ce besoin s’impose avec encore plus d’acuité lorsque les choses stagnent ou que nous nous enfonçons dans une spirale de difficultés ou d’échecs. Nous sommes alors sollicités dans notre capacité de nous remettre en question et de prendre contact avec des dimensions que nous pourrions améliorer dans notre vie : des talents à exploiter, des habiletés à développer, des attitudes à changer, des actions à poser, des comportements à réduire ou à éliminer, des phénomènes à comprendre, des émotions à mieux gérer. Nous sommes alors mis au défi de découvrir une nouvelle direction qui permettra de renouer avec le sens. Nous sommes ainsi mis au défi de formuler de nouveaux buts.

 

Préciser nos buts.

Nous ne nous en rendons pas toujours compte, mais toute notre vie mentale et émotionnelle s’anime lorsque nous avons des objectifs et poursuivons des buts. Ils mobilisent notre énergie et notre attention, ils motivent à choisir et à agir, ils justifient nos efforts. Sans objectifs, sans cette anticipation de ce dont nous avons besoin pour améliorer notre sort, nous n’avons plus d’envie, plus d’élan. Notre énergie stagne et nous n’allons nulle part. Ce qui provoque anxiété, culpabilité, ennui, mécontentement, ces affects désagréables associés à une perte de sens. Avec des buts, nous donnons un contenu et une direction à notre vie et ce faisant, nous sortons du vide et de l’insignifiance, transcendons nos limites et réalisons nos possibilités.

Prenez quelques minutes pour vous demander quelles sont vos directions, sur quoi s’oriente votre vie, quels sont vos buts les plus chers. Ne soyez pas surpris si vous avez de la difficulté à reconnaître vos directions. En réalité, c’est le cas pour bon nombre de personnes. L’une des raisons est que notre direction n’est pas toujours bien définie consciemment. Même s’il est avantageux d’être le plus conscients possible de nos objectifs, nous répondons souvent à nos besoins fondamentaux sans même nous en rendre compte. Une autre raison est que beaucoup de gens éprouvent une sorte de gêne, de honte, de culpabilité, à s’admettre à eux-mêmes ce à quoi ils tiennent vraiment. Ils s’organisent pour éviter de se poser et de répondre à cette question. C’est une erreur, car en agissant ainsi, ils se privent des avantages que procurent une identité et une direction claires. Plusieurs personnes se laissent aussi porter par les événements, sans avoir d’objectifs en tête. C’est ainsi que beaucoup se laisse entraîner dans les affaires des autres et répondent à leurs besoins plutôt qu’aux leurs. Enfin, il arrive aussi que notre direction soit obstruée parce que nos buts entrent en conflits les uns avec les autres.

 

Notre tête chercheuse.

Nous n’en sommes pas toujours conscients, mais chacun de nous possède en lui-même une tête chercheuse qui l’aide à trouver sa voie. Si le sens de notre vie vacille et perd en intensité, notre tête chercheuse s’active aussitôt. Elle tente de trouver l’action adéquate, la bonne décision, la bonne attitude, qui nous permettra d’avance, de nous actualiser, d’accéder à notre propre vérité, d’atteindre à un sentiment de plénitude, de nous construire une identité et une existence solides. Parfois, cependant, nous avons le sentiment que notre tête chercheuse s’active en vain. Nous avons beau vouloir comprendre ce qui nous arrive, la confusion persiste.

Mais, en nous confrontant à des circonstances et à des conditions de vie précises, la vie se charge d’attirer notre attention sur les tâches que nous avons à réaliser pour évoluer et donner un sens à notre vie. Ces tâches ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre, mais nous faisons tous face à des réalités ou enjeux qui sont reliés à notre destin unique et tant que ces enjeux ne trouvent pas de voie de résolution, ils hantent notre existence, réduisent notre marge de liberté et nuisent à notre épanouissement. En revanche, en les accueillant, en les faisant nôtres, ils nous indiquent le chemin à suivre pour vivre plus pleinement. Par exemple, nous saurons qu’un rapprochement avec une personne chère à nos yeux ne pourra se faire sans dénouer un malentendu qui nous a séparés ; qu’un retour aux études exigera de faire face à des peurs qui, jusque-là ont pris le dessus sur nos réels champs d’intérêt ; qu’un voyage longtemps désiré implique d’apprendre à s’accorder du plaisir ; que l’accomplissement d’un projet ambitieux requiert de mettre de côté d’autres buts ; que la résolution d’un litige au travail nécessite d’apprendre l’humilité ; que la maîtrise d’un instrument de musique requiert de la persévérance ; que pour sortir de problèmes qui récidivent, il faut puiser plus profondément en soi, dans des zones oubliées, où se cachent des conflits que l’on croyait résolus…

La vie nous parle constamment, mais seule notre ouverture et notre écoute permettent d’entendre ce qu’elle nous dit.

 

Vivre un défi.

C’est quand on accepte de relever les défis que la vie nous lance qu’on est le plus heureux. Prenez le temps d’analyser votre parcours et vous verrez à quel point vous vous êtes senti sûr de vous-mêmes lorsque vous avez pris conscience de certains de vos besoins et les avez affirmés. Vous verrez la marge de manœuvre que vous avez gagnée lorsque vous avez découvert ce qui vous empêchait d’agir. Ou la force que vous avez ressentie quand vous avez osé dépasser vos limites et réalisé l’un de vos rêves. En examinant chacune de ces situations, vous verrez que les choses n’allaient pas de soi, que ce n’était pas toujours facile et qu’il vous a fallu être déterminé et combatif pour maintenir votre cap et réaliser vos objectifs. Mais tout cela en valait la peine, car vous en avez retiré une fierté et un sentiment de pouvoir personnel accru. C’est bien la caractéristique essentielle de ces expériences où l’on répond aux appels de la vie : on en ressort plus fort, grandi et plus libre.

Nos désirs et nos rêves sont des indicateurs de ce qui fait défaut pour nous sentir en harmonie, ils sont l’expression de notre insatisfaction existentielle. Nous les portons en nous-mêmes souvent très longtemps. Ils attendent que nous les écoutions, que nous en fassions des priorités, que nous les sortions de l’ombre pour leur donner toute l’attention qu’ils méritent. Ils attendent que nous relevions le défi de notre propre vie.

Nos expériences les plus pleines de sens et de satisfactions impliquent une forme ou autre d’effort à fournir, d’épreuves à confronter, de défis à relever. On ne retire pas de satisfaction véritable à réussir quelque chose de facile, parce que cette chose, nous la maîtrisons déjà. Elle n’est plus une occasion d’apprentissage et de croissance. Notre quotidien est rempli d’événements où nous avons l’occasion d’élargir les frontières de notre univers personnel en disant “ oui  ” aux occasions d’apprentissage ou de croissance qui se présentent à nous : faire un appel qui exige de s’affirmer, prendre une décision qui traîne depuis longtemps, accomplir une tâche nécessaire mais qui nous rebute, s’inscrire à un cours, prendre le risque de dire son opinion, respecter un engagement, prendre le temps d’écouter notre conjoint, persister pour mener à terme un projet déjà commencer. Mais nous pouvons aussi dire “ non ” et reculer devant ces sollicitations, par peur, par paresse, par impuissance, par facilité. Parfois, nous acceptons de faire des choses alors que nous devrions refuser, en d’autres occasions, nous déclinons une invitation que la vie nous fait alors que nous devrions l’accepter. Au final, la qualité de notre vie dépend directement de ce à quoi nous disons “ oui  ” et de ce à quoi nous disons “ non ”.

 

La valeur de nos buts.

Ce n’est pas uniquement l’absence de but qui provoque une perte de sens. Dans bien des cas la personne entretient des buts, mais ceux-ci fragilisent le sens de sa vie au lieu de le renforcer. En règle générale, la plupart des comportements d’évitement et des attitudes qui entretiennent l’agressivité, s’ils sont maintenus trop longtemps, nuisent au plein développement d’un sens à la vie. Par exemple, éviter l’effort, ne prendre aucun risque, s’isoler des autres, se couper du plaisir, agresser, rivaliser à outrance, entretenir de la haine, tricher, manipuler, mentir sont des comportements de fermeture qui empêchent le cœur de battre dans la célébration et la tête de s’ouvrir au merveilleux. S’enfoncer dans des habitudes malsaines, se fondre dans le conformisme, ne pas avoir de priorités, éviter de s’engager, nier différentes facettes de notre réalité, agir à l’encontre de nos valeurs sont d’autres façons de refuser les appels de la vie. Bien sûr, plusieurs choses peuvent justifier ces buts négatifs, c’est d’ailleurs ce qui leur donne une signification et parfois une place si importante dans notre existence. Néanmoins, ils affaiblissent le sens de notre vie. Au lieu de nous rendre joyeux, satisfaits, sereins, leur poursuite nous rend dépressifs, anxieux, mécontents. Ils encouragent le repli sur soi plutôt que l’engagement de soi.

Certes, nous avons besoin de buts pour donner un sens à notre vie, mais pas de n’importe quels buts. Nous avons donc avantage à nous demander régulièrement si ce que nous faisons nous sert bien. Nous devons pouvoir faire le tri et distinguer les objectifs qui enrichissent notre lien à la vie de ceux qui nous enfoncent dans des poursuites destructrices et vides de sens. Cet examen est l’expression la plus pure de notre liberté humaine, car il nous permet de choisir, en toute conscience, la direction que nous voulons donner à notre vie. Gardons en tête qu’au final le prototype d’une vie sensée, c’est de faire des choses que l’on aime et qui contribuent à notre mieux-être.

Si nous voulons transformer nos buts inconscients en buts conscients et délibérément choisis, nous avons avantage à découvrir les vrais motifs qui se cachent derrière nos actions. Notre santé mentale en dépend de même que le sens de notre vie. Prenez quelques instants pour réfléchir à votre emploi du temps. Quelles sont les activités, tâches ou réflexions qui occupent le plus clair de vos journées ? Une fois que vous en aurez ciblé trois ou quatre, essayez de déterminer les objectifs qui les sous-tendent, mais sans vous préoccuper dans un premier temps qu’ils soient positifs ou négatifs ou qu’ils soient choisis ou faits à contrecoeur. Ensuite, demandez-vous : la façon dont j’occupe mon temps sert-elle mon bien-être et mon évolution ou sert-elle un réflexe de me protéger des autres ou d’éviter de faire face à des parties de moi-même : mes besoins, mes conflits, mes peurs, mes choix, mes responsabilités, mes rêves …? Prenez le temps de bien ressentir ce que chaque activité éveille en vous avant de répondre à cette question.

Cela peut paraître simpliste mais, peu importe nos intentions, notre vie est la somme de nos actions. Si je regarde la télévision toute la journée pour me désennuyer ou si je parle au téléphone de longues heures pour répondre à mon besoin de contact, c’est à cela que sert ma vie. Bien sûr, nous sommes plus que cela en potentiel, mais c’est principalement ce à quoi nous occupons notre temps qui nous définit. C’est aussi dans nos actions que se manifeste de façon concrète ce que nous sommes devenus.

 

Savoir où l’on va.

Savoir où nous allons permet de canaliser notre attention et d’être à l’affût de tout ce qui peut nous aider à atteindre nos buts. Tous nos sens travaillent de concert pour servir notre cause. Attentifs à ce qui nous tient à cœur, nous pouvons glaner, çà et là des informations dont nous avons besoin et profiter des occasions qui se présentent à nous. Sans connaître à l’avance tous les chemins que nous prendrons pour nous rendre à destination, l’élan est là, la direction aussi, nous nous sentons unifiés et éprouvons du plaisir à progresser. Les efforts demandés prennent tout leur sens et nous sommes plus à même de faire face aux obstacles, d’y réagir de façon constructive, parfois même de les tourner à notre avantage. Confiants, nous avons la certitude que cette route, c’est notre route, que c’est dans cette direction qu’il nous faut continuer d’avancer.

Pour que le vent souffle dans la bonne direction, chacun doit décider ce qu’il veut faire de sa vie. Idée simple, mais de toute évidence difficile à appliquer. Beaucoup d’entre nous faisons des détours parfois sans fin avant d’affirmer ce que nous voulons vraiment. Nous nous maintenons dans l’attente, le rêve, l’idéal, retardant par le fait même le moment d’un engagement réel. Pourquoi est-ce si ardu ? Parce que, faut-il le reconnaître, donner une direction ou une forme précise à notre vie est angoissant. Les périodes de grandes décisions sont particulièrement génératrices de la peur de faire fausse route : le choix de carrière, la vie de couple, la décision d’avoir des enfants. Nous hésitons à mettre notre mise, car nous avons peur de nous tromper ou d’échouer et plus nous avons peur, plus nous retardons l’échéance de nos décisions. Le danger qui nous guette, c’est de nous apercevoir un jour ou l’autre que nous n’avons jamais osé aller vers ce que nous voulions vraiment. Et ce temps perdu est mort à jamais, ce qui provoque une angoisse encore plus forte que celle qui a causé notre inaction. À un moment ou à un autre, nous résistons à prendre en main notre destinée, mais plus la résistance est forte et se prolonge dans le temps, plus les conséquences sont grandes et difficiles à surmonter. Au lieu de profiter de nos expériences pour grandir, nous nous employons à justifier notre retrait, ce qui contribue à nous enfoncer encore davantage dans l’impuissance et le désespoir.

Plusieurs refusent d’y croire mais, malgré ce temps perdu, il n’est jamais trop tard. À tout moment nous pouvons toujours décider ce à quoi nous voulons consacrer le reste de notre vie. Mais pour y arriver, nous devons lâcher prise sur le passé et cesser de nous bercer de rêves futurs. À la place, c’est dans le présent que nous devons nous ancrer, aussi humble et imparfait soit-il. Donner une direction à notre vie implique toujours une forme ou une autre de renoncement. À des personnes, de l’argent, des objets, des occasions manquées, des habitudes, une perception de soi, des attentes, d’autres possibilités, des idéaux, des croyances, notre jeunesse, notre passé… Comme si la vie nous disait qu’en échange de ce que nous désirons, nous devons laisser quelque chose en retour. Vous êtes invité à mettre le renoncement au centre de votre vie. Car, pour avancer librement sur la route du sens, il est impératif d’apprendre à lâcher prise et, dans certains cas, à faire des deuils. Autrement, vous êtes condamné à la non-réalisation et à l’insatisfaction chronique profonde qui l’accompagne.

 

La primauté du présent.

Les non-renoncements nous rattachent à un passé révolu, les rêves illusoires nous propulsent dans un avenir aussi beau qu’irréel, seul le présent est tangible et véridique. Bien vivre le moment présent est un gage de santé mentale et le précurseur d’une vie authentique. C’est d’ailleurs dans le but de vivre pleinement le moment présent qu’il devient si utile de donner une direction à notre vie. Si renoncer, lâcher prise sur le passé à une fonction bien précise, se mettre au diapason avec le présent en a également une. C’est là que se passe notre vraie vie. Dans ce sens, le présent est notre direction ultime. C’est en faisant corps avec le présent, c’est en tentant de vivre chaque moment au maximum que nous pouvons extraire tout le sens de notre vie. Car chaque moment vécu porte en lui-même son sens et ne reviendra plus jamais. Il est donc primordial de choisir à quoi nous voulons consacrer notre présent.

Il vous appartient de choisir à quoi sert votre présent, de définir votre cible, votre direction. Vous pouvez faire cinq choses en même temps ou vous concentrer sur une seule. C’est à vous d’établir la qualité de votre lien avec chacun de vos choix. Que l’orientation donnée à votre vie concerne le présent immédiat ou que vos objectifs s’inscrivent dans une perspective temporelle plus longue, cela ne change en rien la nécessité de vous consacrer entièrement à l’expérience présente pour profiter pleinement de la vie. La direction n’est pas tant une question de temporalité que d’immersion dans l’expérienceTant de gens mangent leur pomme sans la goûter, font leur travail sans s’impliquer, entretiennent des relations sans s’investir, parlent avec d’autres sans communiquer vraiment. Ils sont ailleurs que dans l’action qu’ils accomplissent. Ils sont distraits par une vie intérieure qui les angoisse mais qu’ils ne prennent pas le temps de comprendre. Et, c’est généralement le passé qui les accapare et sert de prisme à travers lequel ils interprètent tout ce qui leur arrive. Ils sont par conséquent incapables de s’ouvrir à la nouveauté qu’offre le présent.

 

Le présent comme refuge temporaire.

Parfois, le présent représente autre chose qu’une immersion libre et spontanée dans l’expérience immédiate. Il devient notre refuge, notre port d’attache quand nous nous sentons en eaux troubles, sans repères, c’est là qu’il nous faut converger, dans l’ici et maintenant. Cela permet de retrouver nos sens et de faire la lumière sur ce qui nous arrive. Cela permet aussi de rassembler nos forces avant de reprendre le large. Ce présent, si nous nous y abandonnons, devient alors notre direction, notre projet prioritaire, le seul qui puisse avoir du sens lorsque rien ne va plus. Nous pouvons alors interrompre nos poursuites et faire le vide afin de plonger en nous-mêmes et prendre contact avec notre moi profond ou du moins avec une part de nous-mêmes qui, jusque-là, nous était étrangère.

 

Le présent comme cache.

Il arrive cependant qu’au lieu d’être un abri temporaire, un lieu de ressourcement, le présent sert de cache. Sous prétexte de vouloir vivre dans le présent, certains refusent à envisager un futur et à se donner une direction. Si on leur demande s’ils ont des projets ou encore de simples désirs, ils sont mal à l’aise et ne savent pas quoi répondre. Ils préfèrent ne rien anticiper, car ils ne se sentent pas de pouvoir sur l’orientation que pourrait prendre leur vie. Se mettant à l’abri de l’échec et abdiquant devant la responsabilité d’édifier leur vie, ils s’évadent habituellement dans des plaisirs immédiats ou dans des stimulations externes vides de sens. Ils occupent leur présent pour ne pas être présents à eux-mêmes.

Il y a une différence importante entre vivre pleinement le moment présent tout en étant capable d’envisager un futur et se réfugier dans une sorte d’engourdissement intemporel pour éviter de se demander ce que l’on veut faire de sa vie. En réalité, nous avons autant besoin de nous immerger dans le présent que de nous projeter dans l’avenir, les deux expériences faisant partie d’un même grand mouvement de vie. Car sans la perception d’un avenir qui l’intègre et l’encadre, la texture du présent perd de son acuité et sans ancrage dans le présent, le futur est comme un cerf-volant coupé de son cordage. On s’abandonne au présent dans la mesure où l’on peut compter sur un futur ; quant au futur imaginé, il se nourrit de la valeur du présent pleinement vécu et y trouve sa source dynamique authentique.

 

Les questions de la direction.

Au quotidien, la recherche de sens s’exprime par notre besoin de vivre des expériences gratifiantes et d’améliorer notre sort. Certaines questions peuvent nous guider dans cette recherche : “ Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? ”, “ Quelle serait ma journée ou ma semaine idéale ? ”, “ À la fin, je serai content de ma vie si…? ”, “ Si je mourrais aujourd’hui, qu’est-ce que je me reprocherai le plus de ne pas avoir fait ? ”. Nous devons tous nous poser ce genre, on ne peut pas tricher et prétendre que nous aimons “ transporter des briques ” si cela n’a aucun sens pour nous, tôt ou tard, la vérité nous rattrape. Si ce que vous faites ne vous stimule pas quotidiennement, ne nourrit pas votre compréhension des choses, ne vous motive pas à aller de l’avant, à avoir hâte au lendemain pour poursuivre ce que vous avez commencé la veille, alors vous manquer de direction. Et vous souffrez peut-être d’anxiété, de stress, d’ennui, d’insatisfaction, d’apathie, de changements d’humeur fréquents qui, à leur tour, vous maintiennent dans l’inaction. Et pour cause, car sans objet valable pour orienter notre action et stimuler notre engagement, notre énergie vitale stagne et se convertit en une série de symptômes variés, incluant un sentiment d’insignifiance et de vide.

Pour répondre aux questions de la direction, il est nécessaire d’examiner notre mode de fonctionnement. “ Quelles zones d’ombre de ma vie devrais-je tenter de mieux comprendre ? ” “ Que devrais-je mettre en place maintenant, pour construire mon futur sur des bases solides ? ” “ De quel éclairage ai-je besoin pour continuer d’avancer dans le sens d’une vie plus pleine ? ” “ Quels sont les comportements ou habitudes qui nuisent à mon bien-être ? ”

Finalement, la question à laquelle toutes les autres devraient conduire : “ Qu’est-ce qui me tient à cœur, qu’est-ce que j’aime vraiment, à quoi je veux consacrer le temps de ma vie ? ” Prenez le temps de vous recueillir et de descendre à l’intérieur de vous-mêmes pour prendre contact avec ce qui émerge spontanément dans votre champ de conscience. Maintenant, parmi les sujets de préoccupation qui se sont imposés spontanément à votre esprit, choisissez celui sur lequel vous pensez qu’il vaudrait la peine que vous vous attardiez plus longuement, parce qu’il vous tient particulièrement à cœur. S’agit-il de votre travail ou de vos études ? De vos relations interpersonnelles, de vos amours ? Est-ce une préoccupation qui concerne vos temps libres ? Peut-être avez-vous pensé à un projet à faire lors de votre prochain congé, ou encore, s’agit-il de votre développement personnel, d’aspects de vous-même que vous aimeriez faire grandir ?

Pour découvrir notre direction, nous n’avons pas toujours besoin de regarder bien loin. Le plus souvent, ce sont nos difficultés qui nous fournissent la direction à prendre. Et lorsque nous prenons conscience de leur influence marquante sur le sens de notre vie, la nécessité de les résoudre s’impose irrésistiblement. On ne peut vivre avec enthousiasme sans sentir que le chemin sur lequel on évolue reste ouvert et que l’on peut toujours, d’une façon ou d’une autre, améliorer la qualité de notre vie.

En résumé, pour que la vie ait un sens, la comprendre ne suffit pas, la valoriser ne suffit pas non plus : il nous faut une direction. Et les directions prennent des formes aussi variées qu’il y a d’individus. En passant, même la tentative de cesser nos multiples poursuites pour simplement être ou pour vivre dans le présent, représente une direction, un but qui demande d’ailleurs généralement beaucoup d’efforts de notre part. Mais peu importe la direction choisie, nous avons besoin d’instaurer avec l’avenir une relation positive qui permette de miser sur quelque chose : un projet, une activité, une relation, un rêve, un mode de vie, un état d’esprit, des valeurs…, en pensant que ce qui en résultera contribuera à notre bien-être. Autrement dit, nous avons besoin d’être authentiquement engagés dans notre existence pour éprouver le sens de notre vie. Si quelqu’un vous demandait pourquoi vous entreprenez telle activité, tel projet, votre plus belle réponse serait de dire : “ Parce que j’aime ce que je fais, je crois en la valeur de mes objectifs et je pense pouvoir les atteindre ”. En caressant une perspective future, en poursuivant nos buts les plus chers, nous avons accès à toute l’inspiration et la vitalité qu’apporte l’espoir.

 

Les véhicules du sens.

Dans la vie quotidienne, les façons dont nous pouvons répondre à nos besoins d’intelligibilité, de valeur et de direction sont évidemment très variées. Différents vocables peuvent donc être utilisés pour en parler. Jean-Louis Drolet présente dans les tableaux ci-dessous plusieurs expériences – pouvant être formulées soit en action, en but ou en ressenti – qui correspondent à l’intelligibilité, à la valeur et à la direction de notre vie.

 Par exemple, lorsque nous accordons de l’attention à une personne, que nous lui démontrons du respect ou de l’empathie, nous lui manifestons qu’elle a une “ Valeur ” à nos yeux, nous l’aimons. Lorsque nous nous expliquons un phénomène ou un incident, nous clarifions sa signification, nous le rendons “ Intelligible ” à nos yeux. Lorsque nous ressentons de la hâte vis-à-vis d’un évènement prévu, nous faisons l’expérience d’une “ Direction ”. Le plus souvent nous vivons les expériences énumérées dans ces tableaux, plus nous ressentons que notre vie a un sens. De plus, les trois conditions du sens agissent comme des vases communicants : le progrès accompli dans l’une d’elles a le plus souvent un effet d’entraînement sur les deux autres. Par exemple, une personne qui a clarifié ses besoins aura éventuellement le goût d’y répondre à travers une activité qui, du coup, lui fournira une direction. Et si l’activité lui procure du plaisir, elle enrichira par le fait même la valeur de sa vie.

Précisons aussi que l’expérience de donner un sens à notre vie possède quatre particularités. Elle est individuelle, subjective, contextuelle et continue.

Individuelle, parce que chaque personne doit composer avec les circonstances uniques de sa vie pour être en contact avec sa réalité et s’y sentir engagée.

Subjective, parce que les choses et les évènements de la vie n’ont pas la même valeur pour nous tous. Chacun doit découvrir ce qui l’anime et apprendre à faire face aux circonstances en prenant l’attitude qui lui permettra d’agir de manière constructive.

Contextuelle, parce que c’est à partir d’un environnement social, culturel et physique concret que nous élaborons le sens de notre vie. Il revient à chacun d’y puiser ce dont il a besoin pour établir son propre cadre de vie.

Continue, parce que le sens n’est jamais établi une fois pour toutes. Nous devons toujours le nourrir ou le renouveler en répondant aux trois conditions qui le sous-tendent.

La tâche de donner un sens à sa vie échoit à chacun de nous. Et comme la recherche du sens est individuelle, subjective, contextuelle et continue, les réponses ne peuvent provenir que de nous-mêmes. Il vous appartient donc de rechercher vos propres sources de sens, celles qui correspondent le mieux à votre situation particulière. Quoique vous choisissez, vous ne trouverez du sens à votre vie que si vous chercher à répondre à ses trois conditions essentielles : l’intelligibilité, la valeur et la direction.   

 

 

 

 

 

Lire la suite : La voie du sens : une démarche intentionnelle

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *