La création du sens

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Jean-Louis Drolet présente d’autres règles fondamentales liées à notre capacité de nous donner la marge de manœuvre dont nous avons besoin pour façonner notre vie et lui donner du sens. Préserver sa marge de manœuvre pour agir au mieux de ses intérêts est essentiel pour éviter l’inhibition de l’action, considérée par Henri Laborit, médecin chirurgien et neurobiologiste, comme une source majeure de nombreuses pathologies somatiques et mentales liées au stress chronique. 

En tant qu’humain, l’évolution nous accordé trois dons : celui de réfléchir et de comprendre (première condition du sens), celui d’aimer (deuxième condition du sens) et celui d’agir intentionnellement (troisième condition du sens). Nous ne pouvons pas nous dérober de ces dons ou dispositions, car ils sont la substance même de notre conscience. Par contre, nous pouvons les négliger, les sous-utiliser. Lorsque c’est le cas, tôt ou tard le sens de notre vie s’appauvrit. Nous devons alors nous arrêter, faire une pause, prendre du recul pour réfléchir à notre existence et examiner ce que nous en avons fait. Car avec la vie qui nous a été donnée, nous n’avons pas reçu de mode d’emploi. Nous allons donc d’expérience en expérience et ce n’est qu’en cours de route que nous constatons que notre existence a une certaine forme et prend une certaine direction. Nous prenons alors conscience de notre destinée.

La destinée c’est ce qui s’impose avec insistance et demande à être pris en compte. C’est ce qui appelle une rencontre avec soi et oblige à faire le point. C’est ce qui constitue l’essentiel de mon expérience, maintenant, et que je ne peux négliger sans me perdre et sentir que ma vie sonne faux. Finalement, c’est aussi l’appel de choses à faire avec ma vie, de choses qui, je les écoute et suis la voie qu’elles me proposent, m’aideront à trouver la place qui m’appartient et à m’y sentir bien. Vivre sa destinée, c’est consentir à avoir les deux pieds dans sa propre existence pour s’enraciner et se déployer. Il s’ensuit donc que, pour apprivoiser notre destinée, pour aller à sa rencontre, nous devons découvrir ce qui est vrai à propos de notre vie. Cela nécessite un travail d’introspection et de recherche qu’implique la connaissance de soi. C’est en étant attentifs à l’ensemble de nos expériences – tant nos expériences intérieures que celles qui reflètent nos efforts de mobilisation et de réalisation – que nous pouvons découvrir ce qui a le potentiel de donner un sens et une direction à notre vie. En effet, tous les éléments sur lesquels s’appuie le sens ou l’absence de sens sont là, à notre disposition et se manifestent dans nos compréhensions ou incompréhensions, dans ce que nous valorisons ou ne valorisons pas, dans chaque décision que nous prenons ou évitons de prendre et dans les entreprises que nous menons à terme ou laissons tomber en cours de route. Donc, au lieu d’attendre des révélations provenant de l’extérieur, nous devons plutôt chercher à comprendre notre façon propre de faire l’expérience de l’existence, de la structurer et de lui donner une direction. Ce qui revient à dire qu’il est impossible de se donner un nouveau sens, ou de consolider celui qu’on a, sans d’abord mettre à jour celui sur lequel repose notre vie actuelle.

 

Chaque vie est une création.

Nous sommes tous dotés d’un potentiel d’imagination, de courage et d’aventure presque sans limites. Nous sommes porteurs de visions, de rêves, de passions, de projets et toute transformation de soi pour atteindre ce que nous désirons est en réalité un acte de création. Même dans les petites innovations quotidiennes, comme lorsque nous troquons une habitude pour une nouvelle, que nous suivons une intuition, que nous dénouons des conflits ou faisons la lumière sur nos incompréhensions, nous participons à l’élaboration de notre destinée. Nous pouvons pousser encore plus loin notre inventivité et changer notre vision des choses, explorer un nouveau mode de vie, découvrir de nouvelles réalités, développer un rapport différent avec nous-mêmes, acquérir de nouvelles compétences, suivre la piste de nos rêves les plus tenaces. Cela revient à dire que si nous acceptons la marge de manœuvre qui nous est donnée pour forger notre existence, une panoplie de possibilités s’offre à nous. Et ce, peu importe la tournure qu’a prise notre destin.

Donner forme à notre vie est une entreprise créative d’envergure qui, de fait, est la plus importante qui soit. Cela demande du temps et du travail. C’est tout un art de mettre périodiquement à jour notre façon d’exister pour la rendre plus claire et ordonnée, plus près de nos besoins et centres d’intérêt réels et orientée toujours un peu plus dans la direction que nous cherchons à nous donner. Cela demande des ajustements constants, tels que renoncer à des solutions que l’on croyait bonnes, des certitudes que l’on avait réussi à se donner jusque-là, pour en élaborer de nouvelles, plus authentiques et porteuses de sens. Et comme dans tout processus de création, nous passons par des moments de découvertes, de certitude et de réjouissance, tout autant que par des moments de tension, de doute et de découragement. Mais l’effort en vaut la chandelle, parce qu’au fond de nous-mêmes, nous voulons être fiers de nos réalisations. À la fin, nous voulons pouvoir dire : “ Je suis content d’avoir vécu. J’ai eu une bonne vie. ” Nous pouvons, si nous assumons notre liberté, transformer nos besoins, nos désirs, nos aspirations en une vie originale. C’est notre capacité à composer avec nos circonstances  de manière créative qui fait la différence entre une vie riche et réussie et une vie vide de sens, une simple survie. Nous pourrions imaginer, d’un côté du continuum, celui qui fait face à son destin et se réalise au meilleur de ses possibilités, de l’autre, le suicidaire qui, typiquement, n’a plus d’imagination, de liberté, d’espoir. Entre les deux, il y a tous ceux qui, par moments et dans certains secteurs de leur vie, sont capables d’inventivité, mais sentent malgré tout que leur existence pourrait être plus engagée et stimulante. Ils sont la majorité. Trop souvent, nous nous contentons d’une existence tranquille et sans envergure, alors que nous pourrions oser beaucoup plus. Bien souvent, nous nous obstinons à vouloir combler des besoins déjà suffisamment rassasiés – comme l’argent ou la reconnaissance des autres – au lieu d’actualiser notre potentiel original, la meilleure part de nous-mêmes. Nous sommes pris en otage par nos besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime et d’amour. Mais lorsque nous réussissons à nous extirper de leur emprise, nous voulons aller plus loin, élargir notre conscience, vivre l’existence sur un autre plan, nous donner de nouveaux buts. Nous voulons alors sortir de notre vie “ ordinaire ” et nous élever en tant qu’êtres humains. Nous voulons assumer le plus complètement possible notre rôle de créateurs, non seulement pour nous améliorer nous-mêmes, mais aussi pour améliore le monde dans lequel nous vivons. Et, comme jamais auparavant, nous voulons suivre la voie de nos rêves, actualiser cet élan authentique qui vient de l’intérieur et qui attend sa chance de se déployer. En un mot, nous voulons exercer pleinement notre liberté.

 

La liberté.

Le pouvoir de créer notre vie, de lui donner une direction originale, repose sur la capacité de nous percevoir comme des êtres libres. Jean-Louis Drolet définit la liberté, comme la capacité d’entrevoir les multiples possibilités qu’offre l’existence et ne pas être libre, c’est de ne voir que des restrictions. Plus précisément, nous sommes libres dans la mesure où nous comprenons que nous pouvons toujours, tant que nous vivons, évoluer, faire quelque chose pour améliorer notre situation, reconnaître et dépasser nos limites et ce, peu importe la réalité objective dans laquelle nous nous retrouvons. Même sur notre lit de mort, nous pouvons choisir notre attitude. Essentiellement, la liberté est un état d’esprit, une façon d’interpréter nos expériences. Devant une même situation, l’un y verra une occasion d’être inventif, l’autre une confirmation qu’il n’a aucune marge de manœuvre. Chacun de nous doit décider de sa perspective, de la façon d’évaluer chacune de ses expériences. Décider d’être libres, c’est non seulement s’ouvrir aux possibilités qu’offre l’existence, mais aussi et surtout faire nos propres choix. Nous devenons alors imputables pour la direction que prend notre vie. Autrement dit, plus nous nous percevons comme étant libres, plus s’accroît notre responsabilité de bien utiliser cette liberté.

 

La responsabilité.

Si nous voulons nous actualiser donner un sens à notre vie, avoir accès au bonheur, nous devons exercer notre liberté. Non seulement l’exercer, mais bien l’exercer. Cette exhortation provient du constat que, de la façon dont notre conscience est constituée, si nous cessons d’agir de manière constructive pour tenter d’améliorer notre sort, cela engendre automatiquement de la souffrance. Une souffrance liée au fait qu’en notre for intérieur, nous savons que nous pourrions faire plus pour nous-mêmes. Que nous pourrions utiliser davantage nos ressources, notre pouvoir personnel, notre potentiel pour donner une direction à notre vie et imprimer notre marque sur le monde. Que nous pourrions aussi exploiter davantage toutes les occasions favorables qui s’offrent à nous. En un mot, nous savons que nous pourrions exercer mieux notre responsabilité, autrement dit, notre rôle en tant qu’auteur de notre vie.

L’adoption d’une posture responsable est la pierre angulaire du changement, l’attitude humaine la plus indispensable qui soit. Nous ne pouvons espérer nous améliorer comme personne, nous épanouir, réussir ce que nous entreprenons, être là pour nos semblables, sans prendre à bras le corps la responsabilité de ce que nous faisons avec notre existence.

La responsabilité est une capacité, un pouvoir, celui de se porter garant de quelqu’un, quelque chose, nos actions, notre propre vie. Plus concrètement, c’est la capacité de décider et d’agir de manière à améliorer une situation à la lumière de ce qu’un examen honnête de la réalité peut nous en apprendre. En cela, elle est une expression tangible et noble de notre liberté. Au lieu d’être un “ objet ” sur lequel agit notre culpabilité – donc une victime -, avec la responsabilité nous nous transformons en un “ sujet ” capable de réagir constructivement devant chaque difficulté. Avec la responsabilité, notre attention se porte sur la recherche active de solutions. Être responsable, c’est être capable de répondre de notre destinée, c’est l’assumer entièrement. Tant que nous ne disons pas : “ Voici ce que j’ai vécu, voici qui je suis et voilà, maintenant ce que je veux ”, nous sommes destinés à nous comporter en victimes et à dépendre des événements. Être responsable, c’est en fin de compte, prendre notre vie telle qu’elle est, sans mettre de conditions. On prend ce que l’on est devenu, on apprend à l’apprécier et on décide d’une direction qui correspond au sens que l’on désire donner à notre vie.

En étant libres et responsables, nous nous donnons les moyens de nos ambitions. Nous nous sentons capables d’entreprendre des projets et malgré les difficultés rencontrées, nous persévérons et conservons l’espoir d’atteindre nos objectifs. En définitive, seul un rapport synergique entre la liberté et la responsabilité permet l’actualisation de soi.

 

Développer notre conscience.

Nous avons la capacité de nous enfermer dans des conditionnements qui limitent le champ de nos possibilités. De fait, nous pourrions accroître notre rayon d’action et nous épanouir beaucoup plus que nous le faisons déjà. Mais pour cela, nous devons nous ouvrir à l’aventure et à la découverte, celle du monde, certes, mais en particulier, celle de nous-mêmes. En d’autres mots, pour atteindre notre potentiel, ou nous en rapprocher, nous devons développer la conscience de soi. Typiquement, les personnes qui manquent de liberté et de responsabilité ne sont pas en contact avec leur intériorité. Autrement dit, elles ne vivent pas en harmonie avec leurs ressources internes : leurs sensations, leurs sentiments, leurs désirs, leurs goûts, leurs intentions, leur imagination, leurs aspirations. Par conséquent, elles ne jouissent pas d’une pleine conscience pour agir. Cette manière d’être n’est pas sans conséquence, car sans un accès fluide à notre monde intérieur, nous vivons dans l’ignorance et agissons dans l’aveuglement. C’est dans la conscience de notre univers intérieur, que nous puisons notre capacité de formuler des intentions, des préférences, des choix. Et, c’est en nous connectant à nos élans vitaux et en les apprivoisant que nous pouvons dès lors nous engager vis-à-vis de ce qui compte pour nous. Et, c’est en prenant conscience de ce sur quoi repose notre sens, que nous pouvons ensuite nous l’approprier, en prendre soin, nous sentir responsable et engagé à son endroit.

Nous perdons accès à notre vérité intérieure lorsque nos peurs, nos rationalisations, notre culpabilité, nos conditionnements, nos mauvaises habitudes, nos croyances erronées empêchent l’autoréflexion et la connaissance de soi. C’est seulement en développant notre conscience que nous pouvons évoluer et devenir libres, car plus notre conscience s’élargit et s’approfondit, plus nous sommes capables de percevoir la réalité telle qu’elle est, sans distorsion. En apprivoisant le réel, en le connaissant mieux, nous n’avons plus besoin de nous en protéger. Nous n’avons plus peur. Du coup, nous nous sentons plus libres d’explorer le monde dans lequel nous vivons. Nous pouvons aussi mieux imaginer tout ce que nous pourrions faire pour améliorer notre sort et celui des autres. Pour développer notre conscience, nous devons profiter de tout ce qui nous arrive pour mieux nous connaître, tant dans nos points forts que dans nos vulnérabilités, tant dans notre façon de nous protéger de notre vérité que dans celle d’y faire face. Car en nous connaissant mieux, on se libère de l’intérieur ; et dans la mesure où l’on se libère de l’intérieur, on devient libre à l’extérieur de soi. Nous devons être honnêtes envers nous-mêmes pour avancer et faire les ajustements qui s’imposent. Nous devons nous percevoir tels que nous sommes pour donner une orientation authentique à notre vie.

Le développement de notre conscience ne se fait pas dans le vide, il prend place à l’intérieur de nos relations, à commencer par celles que nous avons avec nos parents. Précisément, il repose sur notre capacité de nous différencier d’eux graduellement et de nous donner une identité bien à nous. En d’autres termes, notre conscience évolue dans la mesure où nous devenons autonomes. Mais sortir de la dépendance n’est pas simple et devenir autonome n’est pas si simple. Et, pour la plupart d’entre nous, c’est le travail de toute une vie. Nos besoins de sécurité et d’amour sont si puissants qu’ils nous maintiennent dans l’attente que quelqu’un, quelque part, puisse prendre soin de nous. En revanche, chaque espoir déçu nous confronte à la dure réalité que le monde n’est pas là pour combler nos manques et que nous sommes les seuls à pouvoir prendre soin de nous-mêmes. Notre autonomie – et la liberté qu’elle procure – se développe dans la mesure où nous réussissons à rompre le lien de dépendance avec nos parents et avec leurs substituts symboliques : notre conjoint, nos enfants, notre employeur, nos amis. Se développer, c’est se séparer ; ne pas se séparer, c’est ne pas grandir. C’est notre plus grand défi : se différencier de l’autre tout en restant proche. Or, la majorité d’entre nous avons de la difficulté à établir cette distance optimale : soit nous tendons à nous confondre avec l’autre, soit nous sommes trop distants. L’atteinte d’un point d’équilibre entre la dépendance et l’absence d’intimité, requiert en effet beaucoup d’efforts, de vigilance et du temps.  

L’existence est en nous, dans notre vérité, dans la vérité de notre vécu. C’est là qu’il nous faut chercher pour nous relier au sens de notre vie. En d’autres mots, dans l’examen de notre monde intérieur, celui que nous avons construit au fil des choix que nous avons faits. Et, chaque petite ou grande vérité que nous découvrons, approfondit notre lien avec l’existence et l’enracinement dans notre vie.

 

Construire à partir de notre réalité.

Tant de gens voudraient se réaliser, mais sans prendre appui sur leur propre réalité, sans d’abord se faire face à eux-mêmes. Plus concrètement, ils refusent de mesurer leurs problèmes et d’examiner leur vie. Si nous ne sommes pas prêts à faire les efforts nécessaires pour comprendre notre existence et chercher des solutions créatrices à nos difficultés, nous ne changeons pas. Plus précisément, nous allons changer, mais pour le pire, car rien de bien positif ne peut advenir en cultivant l’impuissance plutôt que le pouvoir et la responsabilité. Pourtant, une chose est sûre : nous pouvons nous transformer, au sens de constamment nous améliorer : en résolvant nos conflits, en élargissant notre conscience, en changeant nos habitudes, en assouplissant certains traits de notre personnalité, en apprenant les rouages de la vie, en mettant de l’avant nos véritables valeurs, en développant de nouvelles compétences, en un mot, en cultivant notre potentiel et en recherchant toujours notre mieux-être.

Pour penser que le changement est possible, nous devons reconnaître le fait, que nous créons une bonne partie de notre réalité. Par exemple, que c’est nous-mêmes qui, en faisant des achats compulsifs, nous sommes enfoncés dans les dettes ; ou que certains de nos conflits interpersonnels sont dus à notre façon de communiquer. Dans nos efforts pour apprivoiser notre réalité, nous sommes régulièrement confrontés à une question de taille : qu’est-ce au juste que la réalité ? En fait, ce que nous appelons “ la réalité ” relève beaucoup plus de notre propre création que nous aimerions le croire. D’où la nécessité de toujours nous demander : “ Cette réalité-là ”, que je perçois, est-ce “ la réalité ” ou plutôt “ ma réalité ”, celle que je me suis construite à partir de ma propre subjectivité ? Par exemple, si j’affirme : “ Les gens sont méchants ”, est-ce une réalité ou ma perception ? Bien sûr, chacun d’entre nous doit pouvoir s’appuyer sur des perceptions, des valeurs, des croyances précises, autrement nous vivrions dans la confusion et l’angoisse. Mais cela ne nous soustrait pas de la tâche de toujours avoir à nous demander si notre façon de définir la réalité nous aide à nous construire une vie sensée et heureuse, ou si, au contraire, elle nous entraîne dans les conflits et la détresse. Dans la mesure où nous admettons qu’une bonne part de notre réalité repose sur des perceptions, nous faisons la preuve de notre faculté de création et donc aussi, de notre liberté. Et ce travail de création n’est jamais achevé, car tout ce que nous pensons n’est pas forcément vrai. De même, tout ce que nous voyons n’est jamais l’entière réalité. Il nous revient de nous positionner. Ce que je vois est-il réel ou est-ce une invention de ma part ? Et, si c’est une invention ou une croyance, m’aide-t-elle à être heureux et à atteindre mes aspirations ? M’aide-t-elle à aimer la vie ? Si non, par quoi pourrais-je la remplacer ? Et, si c’est une réalité qui ne relève pas de moi, comment puis-je composer avec elle ? Comment puis-je l’aborder pour la tourner à mon avantage et pouvoir exercer une influence sur le cours des choses ? Selon notre façon de répondre à ces questions, soit nous élargissons le champ de nos possibilités, soit nous les restreignons.

Chercher à donner plus de sens à notre vie, mieux comprendre notre mode de fonctionnement, analyser nos difficultés peut se comparer à la résolution d’un puzzle. La grande différence étant qu’avec le puzzle, il n’y a qu’une solution, alors qu’il existe généralement, plusieurs solutions à nos difficultés. Réfléchir en vue d’une solution est un acte systématique d’exploration qui comprend des étapes et s’échelonne dans le temps. Cela implique de passer par l’intériorisation, la mobilisation et l’action. Si nous acceptons d’entrer dans ce mouvement et que nous réussissons régulièrement à mettre à profit nos compréhensions pour solutionner nos difficultés, alors nous évoluons et petit à petit, nous construisons notre vie. Et dans la mesure où l’on ne fait pas confiance à ses capacités d’analyse, il y lieu de demander de l’aide, en particulier si nous sommes aux prises avec des problèmes pouvant avoir des répercussions sérieuses sur notre vie. Non seulement, nous pourront bénéficier du soutien d’un expert pour régler une difficulté précise, mais nous développons en même temps des habiletés nécessaires pour faire nos propres analyses lorsque surviendront d’autres difficultés.

Une autre règle fondamentale de la vie est que, malgré nos tentatives pour nous fuir, nous ne pouvons jamais nous échapper de nous-mêmes. Notre réalité nous appelle, notre nature véritable nous appelle, la toile que nous avons tissée de notre vie, nous appelle. Notre existence nous invite à l’examiner et à la comprendre. Et tant que nous ne cherchons pas à clarifier le sens de ce qui nous arrive, nous restons prisonniers de notre ignorance et de ses manifestations : la frustration, la colère, le dépit, la peur, la culpabilité, l’anxiété, la fuite. Tous ceux qui ne sont pas libres ont un point en commun : ils ne veulent pas se voir comme ayant participé à tisser leur destin. Ils ne veulent pas savoir qu’à travers leurs réactions ou leurs décisions, ils ont perpétué, parfois même amplifié, leurs souffrances. Ils passent sous silence qu’en réagissant comme ils l’ont fait, ils ont été des acteurs de premier plan dans ce qu’ils sont devenus. Pourtant, il s’agit là d’une loi naturelle incontournable : toutes nos actions ou réactions s’enchaînent et ont des conséquences les unes sur les autres. Il est essentiel de reconnaître cette loi naturelle, car plus nous sommes capables de déchiffrer le fonctionnement de ce système infini de causes et d’effets, plus nous gagnons du pouvoir sur notre vie. Le sachant, au lieu de le subir, nous pouvons nous placer au cœur de ce rouage logique et tenter d’en maîtriser le plus possible le déroulement. Mais cela demande d’être lucides et de percevoir notre réalité de façon juste et vraie. Ainsi, nous sommes invités à examiner notre vie telle qu’elle s’est constituée. En observant les faits, en faisant les liens qui s’imposent, en formulant des synthèses utiles. Comprendre entre autres ce que nous avons fait des possibilités que nous avions, comprendre aussi comment nous avons réagi à nos limites. Non pas pour y trouver des justifications, ni pour nous culpabiliser, mais pour y voir clair. Si nous voulons nous libérer et bâtir note vie sur des fondements solides, il nous faut aussi distinguer ce qui est réel de l’histoire que nous avons inventée sur nous-mêmes pour sauver la face ou éviter d’avoir mal.

Le sens de notre vie repose d’abord et avant tout sur notre ouverture aux changements, aux transitions, aux appels de la vie, à ses défis, à son mouvement incessant. Ceci amène au constat suivant : tant que nous n’assumons pas notre existence telle qu’elle est en réalité, avec ses limites et ses potentialités, nous sommes condamnés à vivre dans la frustration et la peur. C’est pourquoi la recherche du sens, c’est la recherche et l’acceptation de ce qui est notre réalité. Avec toujours en tête cette question : nos difficultés, nos limites, nos manques, nos rêves sont-ils réels ou les avons-nous fabriqués par peur des appels de la vie ? Notre tâche consiste à discerner le vrai du faux, car plus nous nous rapprochons de ce qui est vrai et réel, plus la vie prend un sens à nos yeux. À l’inverse, en nous maintenant dans l’évitement, le mensonge, la manipulation, la mauvaise foi, les faux prétextes, les rationalisations, l’illusion, nous nous éloignons du réel et créons le non-sens, restant ainsi prisonniers de nos angoisses et de notre impuissance.

Si nous assumons notre réalité, si nous acceptons de la porter et d’en prendre soin, nous avons alors accès à notre capacité créatrice. C’est elle qui permet de changer les choses, de trouver des solutions à nos problèmes, de façonner notre vie, de lui donner un sens.  Avec elle, nous avons une marge de manœuvre, une liberté pour innover. Il n’est pas nécessaire de faire de grandes choses pour améliorer notre vie. Au contraire, le sens prend naissance dans les petites choses, à commencer par l’organisation et la maîtrise de notre quotidien. Pratiquer dans la vie quotidienne, c’est se donner du pouvoir, des choix, une alternative à l’absence de solutions. Ainsi, dans chaque attitude originale, dans chaque geste créateur, nous pouvons élargir et diversifier nos possibilités d’action : une combinaison nouvelle de vêtements, préciser ses idées sur un sujet, échapper à la routine en introduisant une nouveauté… Chaque regard que nous portons sur la vie, chaque choix quotidien est une occasion d’exercer notre liberté de créer et, ce faisant, d’affirmer notre unicité. Avons-nous une vision ouverte, une soif de découvrir et d’apprendre ? L’évolution, la création de notre vie,  repose sur la certitude qu’il y a toujours des parties de soi et du monde à découvrir. En même temps, cela suppose de reconnaître le mouvement perpétuel de la vie et de composer de manière originale avec les changements qu’il induit inévitablement. Car, sans notre participation à ce mouvement, le sens se dissout. Et c’est vrai à toutes les périodes de la vie. Même la retraite doit être réalisée dans le mouvement, l’engagement, la nouveauté, pour avoir du sens.

C’est la création de soi, qui est antérieure à toutes les autres créations et qui mène à la plus grande des réussites, celle de notre vie. Une vie réussie, c’est une vie faite de projets que l’on a choisis et réalisés. Avec les projets, nous affirmons simultanément ce que nous sommes et ce que nous avons envie d’être. Ainsi, constamment, nous nous dépassons. Tant que nous avons des désirs, entretenons des rêves, réalisons des projets, nous nous approprions notre existence et lui donnons une direction bien à nous.

En conclusion, c’est en suivant notre destinée, en voulant la connaître et en nous y engageant que nous créons notre propre signification. C’est en relevant les défis que la vie nous pose que nous apprenons à élargir la conscience que nous avons de nous-mêmes et du monde et, par le fait même, de notre marge de manœuvre, de notre liberté. Autrement dit, c’est en nous engageant dans le mouvement de la vie que nous pouvons renouveler nos compréhensions, renforcer notre intérêt pour l’existence et, chemin faisant, préciser notre direction. Et comme récompense ultime, ressentir que notre vie à un sens.

 

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