L’amour conscience et guérison dans le couple : l’action juste dans le couple

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De la théorie à la pratique, du savoir au savoir faire, il existe un océan qui les sépare. Le savoir-faire repose sur certaines habiletés à maîtriser et il n’est pas toujours aisé de mettre en œuvre le comportement satisfaisant. Comment nous outiller pour traverser toutes les étapes du couple évolutif ? Quelles sont les attitudes à adopter pour faire du couple un lieu d’évolution ? Benoît Rancourt nous propose certaines habiletés à développer pour faire du couple un lieu où la conscience s’épanouit.

La responsabilité et la culpabilité.

Le couple repose sur l’engagement à vivre à deux. Nous aspirons à rendre notre partenaire heureux et nous attendons plus ou moins consciemment à ce qu’il contribue à notre bonheur. Toutefois, vouloir faire le bonheur de l’autre reste une mission très périlleuse. De même, remettre son bonheur personnel entre les mains d’une autre personne conduit souvent à la frustration et au ressentiment quand elle échoue dans sa mission. Pour ces personnes qui en ont assez des missions impossibles, il existe ce que Rancourt appelle le club des “ sans-faute ”. La philosophie du club des “ sans-faute ” repose sur la responsabilité de chacun à assumer ce qui lui arrive et se formule ainsi : Je suis responsable de tout ce qui m’arrive, de mon bonheur, comme de mon malheur et ce n’est ni de ma faute ni de la tienne si je suis malheureux, mais c’est ma responsabilité de penser à ce que je peux faire, ou à ce que nous pouvons faire ensemble pour améliorer la situation  ”. Que signifie “ être responsable ” de mon bonheur, comme de mon malheur ? Simplement, que je n’accorde à personne, ni à aucun événement, le pouvoir d’être la cause de mon malheur. Si je ne me reconnais pas responsable de mon malheur, mon premier réflexe consiste à attribuer cette responsabilité à une cause extérieure : l’autre, le gouvernement, la vie, etc. Ce point de vue n’est-il pas celui qui engendre la véritable cause de mon malheur : ce sentiment de victime impuissante qui ne peut que se plaindre de son sort injuste ? Que signifie “ être responsable ” de mon bonheur, comme de mon malheur ? Simplement de cesser de blâmer autrui pour mon malheur, sans oublier de cesser de me blâmer moi-même.

Le “ sans-faute ” veut dire que c’est ni de ta faute ni de ma faute si je suis malheureux, mais c’est ma responsabilité de transformer mon mal-être en mieux-être. C’est opter pour la position existentielle qui offre le plus de pouvoir de changement. La position du sans-faute représente la voie du pouvoir sur son bien-être. Si je suis responsable de mon malheur, je suis tout aussi responsable de mon bonheur et cette responsabilité n’appartient qu’à moi. Il peut sembler paradoxale que la notion de responsabilité cohabite avec celle du sans-faute ! N’est-ce pas logique ? C’est très logique, mais inutile ! Que fait la justice ? Elle cherche des coupables et  punit des coupables. Elle punit le meurtrier, le voleur, le violeur, le fraudeur, en causant leur malheur, mais est-ce qu’elle rend le bonheur aux victimes ? Elle cherche qui a raison et qui a tort, punit certainement celui qui a tort et parfois indemnise celui qui a raison. Mais, pendant tout ce temps, c’est la justice qui détient tout le pouvoir de punir ou d’indemniser. Le club des “ sans-faute ” n’est pas un lieu où l’on recherche des coupables, c’est un lieu d’êtres responsables. Un lieu où l’on apprend à agir, à décider, à créer, à investir son énergie pour son bien-être. Faire partie du club des “sans-faute ” signifie ne laisser à personne le pouvoir d’engendrer mon malheur. Ma responsabilité consisteà traverser une situation douloureuse avec le moins de mal-être possible. Et cela est seulement possible quand je reconnais la responsabilité, c’est-à-dire le pouvoir de transformer ce qui arrive pour mon mieux-être. La responsabilité, c’est le pouvoir d’être et de faire. Toute l’énergie doit être dirigée vers ce pouvoir de transformation et de guérison. La responsabilité de sa vie n’a rien à voir avec la volonté de trouver quelqu’un ou quelque chose à blâmer ; de trouver le coupable pour se venger. La vengeance n’est pas la meilleure source de bien-être. Même si c’est vraiment la faute de l’autre si je souffre aujourd’hui, cela ne change rien, je suis toujours responsable de mon bien-être comme de mon mal-être. Malgré tout ce que j’ai pu vivre de traumatisant, malgré tout le tort qu’ont pu me causer les autres, malgré tout le poids de mon passé, je possède toujours le pouvoir de me libérer, de me transformer, si j’en prends la décision. Adhérer au club des sans-faute est la voie royale qui conduit au pouvoir de transformation. C’est la première étape qui rend possible le “ couple évolutif ”. Pour certains couples le simple fait d’adhérer au club des sans-faute produit un changement très rapide, surtout quand leur principal sujet de conversation consiste à déterminer qui a commencé le premier, ou qui doit avoir raison. Cesser de blâmer l’autre constamment change considérablement la dynamique de la relation.

Avec de la bonne volonté, il est relativement aisé de cesser de blâmer l’autre. Il est souvent plus difficile de cesser de se blâmer soi-même lorsqu’on souffre de “ culpabilite ” qui nous amène à confondre culpabilité et pseudo-culpabilité. Bien des souffrances inutiles découlent de la confusion entre ces deux types de culpabilité. Il est sain de se sentir coupable si j’ai fait du tort à autrui. Dans ce cas, ma culpabilité m’amènera à vouloir réparer si c’est possible, à m’excuser sinon et surtout à éviter de recommencer. La culpabilité mal placée autrement dit la pseudo-culpabilité (la culpabilite), de son côté ne sert à rien et pire elle peut rendre malade. Mes enfants ne réussissent pas à l’école, je suis coupable. Mon conjoint me trompe, je suis coupable. J’ai perdu mon emploi, je suis coupable. En somme, je me sens toujours fautif. La pseudo-culpabilité s’apprend dans l’enfance. C’est même une arme de choix pour les parents qui cherchent à contrôler l’enfant. Le sentiment de culpabilité devient le gardien de tous les interdits prescrits par l’autorité parentale. Je dérange papa-maman, je leur fais de la peine, je désobéis, je me sens coupable. Et voilà qu’à vingt ans, je rentre dans ma vie adulte condamné à vivre pour les autres, centré exclusivement sur leurs besoins, leurs attentes, leur bien-être, si souvent culpabilisé par leur malheur, comme si j’en étais la cause. Culpabiliser autrui comme se culpabiliser soi-même est tout à fait inutile. Un coupable n’a dans la vie qu’un choix, celui d’expier et quelle est l’utilité de cette expiation pour soi ou les autres ? Il est beaucoup plus utile de pardonner, de se pardonner et d’agir plus judicieusement maintenant plus riche de son expérience. Il est donc important de savoir discriminer culpabilité et pseudo-culpabilité. Et ce n’est pas difficile. Il s’agit de se poser la question suivante : Est-ce que mes attitudes ou mon comportement manque de respect ou entravent la liberté d’autrui ? Si la réponse est oui, alors il est sain de ressentir une culpabilité qui freine mes tendances égoïstes. Si la réponse est négative et que je me sens quand même coupable, je souffre de pseudo-culpabilité. Je me sens coupable lorsque je dis non à un service demandé bien que je ne sois pas disponible. Ma culpabilité m’empêche justement de dire non à l’autre. Je n’ose refuser parce que je vais me sentir égoïste, donc coupable. C’est une équation que l’on rencontre fréquemment dans la pseudo-culpabilité. Je suis coupable d’être égoïste. Et être égoïste se résume trop souvent par “ ne pas faire passer l’autre d’abord ”. Ce qui revient à dire que s’occuper de soi est égoïste. Je me sens coupable de parler de mon mal-être à mon conjoint, je ne veux pas l’ennuyer, le déranger. Est-ce que je lui manque de respect ou entrave sa liberté en m’ouvrant à lui ? Non. C’est donc ma pseudo-culpabilité qui m’emprisonne dans mon silence et ajoute à ma souffrance. Tant que mon conjoint ne me signifie pas qu’il ne veut rien entendre de mon vécu, c’est moi-même qui m’emprisonne derrière les barreaux de ma pseudo-culpabilité qui m’amène à penser à sa place : “ c’est certain que je vais le déranger  ”. La pseudo-culpabilité est une “ maladie de l’interdit ”. Et contre l’interdit, seul existe le remède de la permission. Dès que je reconnais la souffrance liée à ma pseudo-culpabilité qui entrave la satisfaction de mes besoins, je peux m’accorder la permission d’agir malgré le sentiment de pseudo-culpabilité qui m’envahit. En m’accordant le droit d’agir malgré mon sentiment de culpabilité, je lui enlève son pouvoir inhibiteur, son pouvoir d’interdiction. Les barreaux de ma prison intérieure s’élargissent, s’amincissent. Arrive un jour où je quitte cette prison pour vivre “‌ avec autrui ” au lieu de vivre “‌ sous lui ”, en passant toujours en second. J’apprends à vivre une relation égalitaire, en considérant mes besoins comme aussi importants que ceux des autres. Et sur cette base égalitaire, un terrain de négociations peut conduire à une satisfaction plus grande, parce que je suis plus libre d’exprimer mes besoins. Le but de la liberté ne consiste pas à anesthésier sa culpabilité. Le but consiste à se traiter sur le même pied que tous ses semblables. L’adhésion au club des sans-faute permet d’aborder la relation du couple sur un mode égalitaire, dans un contexte de responsabilisation, sans qu’il y ait de perdants ou de coupables. L’attitude juste concernant la culpabilité se résume ainsi : ce n’est ni de ma faute, ni de ta faute, ni de notre faute s’il y a insatisfaction. Que pouvons-nous faire chacun individuellement ou ensemble pour améliorer la situation ?

Si le thème de la responsabilité et de la culpabilité sont importants, c’est parce que l’adhésion au club des sans-faute facilite la pratique des autres outils de croissance qui suivent. La plupart des conflits ne se résolvent jamais dans un contexte culpabilisant pour soi ou pour l’autre. L’ego se referme automatiquement et la communication devient impossible. Le couple qui adhère à la philosophie spirituelle, qui enseigne que l’on s’attire tout ce qui nous arrive dans un but d’apprentissage et d’évolution, cesse de s’empêtrer dans une culpabilité victimisante et mobilise tout son pouvoir de changement. Même si cette idéologie était le plus beau mensonge que les sages aient inventé, il n’en demeure pas moins qu’elle offre un climat de communication beaucoup plus créateur.

La communication.

Rancourt définit la communication dans le couple comme l’action de mettre en commun une information. Tous les couples connaissent des blocages de communication. Soit une fermeture trop marquée caractérise l’un ou l’autre des partenaires et l’information ne s’échange pas. Soit l’information circule, mais elle est déformée par une mauvaise interprétation. “ Ce que je pense, ce que je dis et ce qui est compris est souvent semblable à un raisin vert, à un raisin bleu et à une orange ”. Ce que je dis et ce qui est compris est loin d’être toujours la même chose, surtout dans un contexte fortement chargé émotionnellement. La communication se passe entre un émetteur et un récepteur, les deux polarités du processus de partage de l’information et les obstacles à la transmission juste des données sont nombreux, tantôt à cause de l’émetteur, tantôt à cause du récepteur, ou les deux. Celui qui parle s’exprime-t-il clairement, celui qui écoute est-il vraiment présent, au temps présent, ou déforme-t-il mes paroles à causes de ses blessures émotionnelles ?

L’action juste en ce qui concerne la communication consiste à créer l’ouverture optimale tant du côté de l’émetteur que du récepteur, en se rappelant que parfois, ce qui est facile pour l’un relève du miracle pour l’autre. Ainsi, l’extraverti très verbal, marié à un introverti ne peut s’attendre à ce que ce dernier verbalise longuement son vécu. Les besoins de verbaliser peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre. Mais ces besoins de verbalisation différents se complètent bien lorsqu’une écoute attentive s’offre à ce désir d’expression. Le plaisir de parler et le plaisir d’écouter font alors bon ménage. Les problèmes émergent quand nous sommes face à quelqu’un qui n’a jamais rien à dire et qui n’est que rarement disponible à écouter. Le couple devient alors un système fermé qui se dégrade progressivement. L’ouverture optimale se concrétise avec l’habilité à concilier les différences fondamentales de chacun en reconnaissant ses limites personnelles et en connaissant celles de l’autre, chacun acceptant de travailler à se dépasser dans ses difficultés d’écoute et d’expression.

Même si le couple bénéficie d’une complémentarité entre l’expression et l’écoute, il se heurtera probablement à cette différence qu’ont les hommes et les femmes de régler leurs conflits. La femme est généralement plus centrée sur l’être, tandis que l’homme accorde plus d’importance au faire. Alors que la femme ressent le besoin de s’exprimer avec tout son être émotionnel, le besoin masculin consiste à trouver une solution au conflit. Résultat : madame ne se sent jamais comprise, monsieur, quant à lui, se sent harcelé et dépassé dans ses capacités d’écoute, craignant que la conversation ne finisse jamais. Il ne s’agit aucunement de mauvaise volonté, chacun vivant simplement dans un univers différent. Le point de vue de l’homme pouvant se résumer par : “ Même si nous en parlons pendant trois jours, il faudra bien faire quelque chose (en sous-entendu : pourquoi ne pas le faire tout de suite ?) ”. La position de la femme peut ressembler plutôt à : “ Je ne veux pas que tu fasses quelque chose pour moi, je veux juste que tu m’écoutes ”. Reconnaître cette différence de besoins peut faciliter la communication. Madame cesse de se sentir si souvent incomprise parce que monsieur accorde un temps d’écoute empathique, avant d’apporter une solution (concernant le faire) si nécessaire ! Les couples connaissent aussi parfois le piège du double message contradictoire : “ Parle-moi de ce que tu vis, mais ne me dis que ce que je veux entendre ”. Le conjoint qui accepte de s’ouvrir et de partager son vécu, mais qui découvre l’existence de sujets tabous, conclut rapidement qu’il vaut mieux se taire : “ Si ce que je te dis te dérange, je préfère garder le silence ”. Une relation de couple qui n’offre pas l’occasion aux deux partenaires d’être pleinement authentiques défavorise le processus d’évolution. Vivre constamment dans la peur de déplaire ou d’être rejeté ne permet pas l’établissement d’une intimité réelle. Pour le couple évolutif, une relation d’intimité qui ne permet pas à chacun d’être lui-même ne vaut pas la peine d’être vécue. Puis-je m’ouvrir à toi comme si tu étais mon (ma) meilleur(e) ami(e) ? Puis-je m’offrir à toi comme ton (ta) meilleur (e) ami (e) ? Il est peu fréquent que le conjoint soit considéré comme l’ami-confident avec lequel je prends le risque d’être totalement moi-même. L’ouverture optimale est favorisée quand chacun décide de faire de son amoureux son meilleur ami. L’attitude juste au plan de la communication peut prendre la forme suivante : ce que j’ai à te dire mérite ton écoute, comme ce que tu as à me dire mérite mon écoute et tout ce que nous avons du mal à dire gagne à se dire. Malgré la bonne intention de chacun de s’ouvrir à l’autre, les heurts sont inévitables, d’où l’importance de développer une attitude juste par rapport à la frustration.

La frustration.

Le couple repose sur la promesse de bonheur, mais il implique la certitude de frustration. Inévitablement, l’évolution de la relation passe par l’acceptation des deux pôles de la frustration : être frustré et être frustrant. Comme le couple est un lieu de répétition des conflits de l’enfance, chaque partenaire sera à nouveau confronté à la frustration. Les réactions possibles face à la frustration s’étendront entre deux extrêmes : l’attitude de fermeture et de minimisation de ses besoins, ou l’attitude agressive comme moyen d’obtenir satisfaction. Dans ces deux extrêmes, l’interaction repose sur un mode de relation dominant/dominé et ne fait que reproduire le contexte familial. Par nature, l’enfant refuse la frustration de ses besoins. De même, l’enfant blessé en nous, accepte difficilement que le conjoint ne réponde pas à ses attentes. Le couple devient en quelque sorte une reprise de l’apprentissage du principe de la réalité dans l’enfance. Le principe de plaisir doit aussi céder la place au principe de la réalité du couple : le plaisir et le déplaisir vont de pair. Sans cette acceptation, la lutte de pouvoir se prolonge indéfiniment. Certains conjoints considèrent que la frustration n’a pas lieu d’être dans le couple. Leurs réactions consistent alors à se dissocier de la relation. De leur point de vue, s’il y a frustration, c’est qu’il n’y a plus d’amour, alors qu’en réalité, c’est la difficulté d’accepter le fait d’être frustré et frustrant qui dénote une incapacité d’aimer. L’attitude juste au plan de la frustration se défini ainsi : je serai frustré et frustrant inévitablement. Accordons-nous mutuellement ce droit sans aucun blâme, en acceptant la responsabilité de notre frustration et en reconnaissant qu’il est impensable que nos besoins correspondent toujours. Le sentiment de frustration découle directement de l’insatisfaction d’un besoin. En comprenant mieux la responsabilité face à nos besoins, il devient plus facile de gérer la frustration.

Les besoins.

Nous entrons en couple pour satisfaire nos besoins. Quelle illusion que de croire qu’ils seront comblés par l’autre ! La plupart des besoins ne peuvent être satisfaits que par les propres efforts de l’individu. Autrement dit, la satisfaction de nos besoins ne provient jamais de l’extérieur. Vous avez faim, très faim même. Vous commandez votre pizza préférée et, en moins de trente minutes, elle se retrouve là sur votre table, prête à vous combler… Vous avez besoin d’elle pour vous sustenter, mais elle ne vous sustentera pas d’elle-même. C’est vous qui allez assouvir votre faim, grâce à elle. Si vous attendez qu’elle le fasse, vous risquez de subir un long jeûne, très long même. Quand on entre en couple, on espère parfois entrer dans la cour aux miracles ; notre “ conjoint-pizza ” fera tout pour nous, avant même que nous ayons le temps d’ouvrir la bouche ! Nous devenons alors dépendants de son divin pouvoir de nous combler totalement, car, bien sûr, s’il nous aime, il sait exactement ce dont nous avons besoin et il saura apporter ce qui manque à notre bonheur. Contrairement à l’enfant, nous ne sommes pas entièrement dépendants de l’environnement pour la satisfaction de nos besoins. Nous détenons le pouvoir de paroles, qui nous évite de rester passivement en attente parce que nous pouvons demander clairement ce que nous voulons. Advenant le refus, nous avons la plupart du temps, la possibilité de satisfaire nos besoins autrement qu’en restant à la merci de la volonté d’autrui. L’enfant peut difficilement assumer ses besoins. Tantôt, il est dans l’impossibilité de clarifier son besoin, tantôt il doit attendre l’intervention des adultes. L’adulte a intérêt à attendre surtout de lui-même en sachant qu’il assume pleinement la responsabilité de ses besoins, de leur satisfaction comme de leur frustration.Si tu m’aimais vraiment, tu saurais ce dont j’ai besoin ” est une croyance qui relève de l’infantilisme et conduit tout droit à la frustration. Transformer nos attentes en demandes claires évite non seulement la frustration, mais aussi la secrète rancune contre le conjoint qui ne devine pas ces besoins que nous ignorons souvent nous-mêmes. L’attitude juste concernant les besoins se résume ainsi : je suis libre de tout te demander, en te laissant libre de ta réponse. Cette attitude implique la maturité d’assumer mon besoin en l’exprimant et la maturité d’accepter le refus éventuel. Puis-je me tendre vers toi pour satisfaire mes besoins, grâce à toi, au lieu d’attendre que tu les devines et me frustres malgré toi ? Puis-je prendre le risque de ma demande, avant de crouler sous le poids de mon manque ? Demander exige que je dépasse ma peur du refus. Pour accepter un refus éventuel, sans hostilité, je dois considérer l’autre comme ayant droit à ses propres besoins, souvent différents des miens. Puis-je lui accorder sa liberté d’être différent ?

La liberté.

La liberté existe-t-elle ? Nous avons vu que nos blessures d’enfance limitent notre liberté de choix. D’abord, liberté limitée face au choix de notre partenaire, sélectionné en fonction de ses possibilités de recréer un scénario familial connu et liberté limitée face à nos propres comportements, certaines réactions émotionnelles n’étant que des conditionnements de l’enfance. La liberté, qui repose fondamentalement sur la conscience, est fortement réduite à l’aube du couple. La liberté intérieure est fortement contaminée par des processus inconscients qui freinent nécessairement la liberté accordée à l’autre. La liberté implique le passage de l’inconscience à la conscience qui rend possible des choix différents des réactions émotionnelles associées aux premières expériences de vie. L’étendue de notre liberté s’accroît dans la mesure où nous devenons capables d’agir de façon cohérente avec notre volonté. Dans le cas du couple, la volonté de vivre l’intimité et l’harmonie, en développant sa capacité d’amour, représente une aspiration partagée par beaucoup de conjoints. Mais agir librement en accord avec cette intention ne va pas de soi.

Dans le couple, ma liberté intérieure s’accroît dans la mesure où je libère l’autre. En lui accordant le droit d’être différent de moi, je me libère de mes propres blessures d’amour inconscientes. Par quel processus ? Après l’étape romantique du couple, à l’étape de lutte pour le pouvoir, l’autre devient l’ennemi que nous essayons de réprimer dans ses différences. Nous l’aimons au départ parce qu’il nous ressemblait, puis nous le haïssons parce qu’il se montre maintenant différent. Or, nous réprimons chez l’autre ce qui a été réprimé en nous, dans notre enfance. Réprimer l’autre, c’est continuer de se réprimer et de refouler les aspects de notre personnalité qui ont intérêt à s’extérioriser. Accepter l’autre dans ses différences, c’est accepter ce qui a été refoulé en nous et qui peut maintenant s’extérioriser en nous permettant de devenir un être plus équilibré, c’est-à-dire plus complet. Comprendre que notre partenaire représente le miroir du côté sombre de notre personnalité devient un préalable pour travailler adéquatement à notre guérison. Si jadis j’ai eu une mère contrôlante, j’aurais tendance à “ interpréter ” le besoin d’affirmation de mon conjoint comme du contrôle. C’est alors la lutte pour le contrôle. La blessure intérieure pousse à contrôler l’autre de peur d’être contrôlé. Sans être pleinement conscient, je risque d’être envers mon conjoint aussi contrôlant que maman l’a été envers moi. J’ai ce même trait de contrôleur en moi, refoulé, parce que jadis, je n’ai jamais pu m’affirmer et faire valoir mes idées. J’ai intériorisé ce modèle maternel que j’actualise vingt ans plus tard avec mon conjoint. Je suis inconsciemment contrôlant par peur d’être contrôlé et j’interprète les attitudes de l’autre comme contrôlantes à mon égard, alors qu’il n’est que miroir de mon ombre. Bien sûr, l’autre ne représente pas toujours le miroir sur lequel se projette mon ombre. Toutefois, il y a de fortes chances qu’il le soit en présences d’émotions intenses. Pour vérifier, rien de plus instructif que le jeu du  miroir. Le jeu du miroir consiste à faire comme si l’autre n’est que le miroir sur lequel se reflète ma vie intérieure, la face cachée, secrète, souvent inconsciente de moi-même. L’autre ne fait que me révéler ce qui quelque part, se cache en moi. En regardant “ l’autre-miroir ”, très attentivement, je découvre en moi ce qui se prête à amélioration, non plus sur le corps-apparence, mais sur l’être-essence. Comment jouer au jeu du miroir ? Se poser la question : “ qu’est-ce que l’autre peut me faire voir en moi par ses attitudes et ses comportements ” ? Par “ autres ”, il faut entendre tout ce qui n’est pas moi : des personnes, mais aussi des événements, des situations, ce qui arrive… Quel est le règlement du jeu du miroir ? L’autre n’est que le miroir et, même s’il est un miroir déformant, il n’est jamais blâmable pour ce que j’y vois. Malgré toute la poussière qui recouvre l’autre-miroir, en cherchant bien, je découvre ma propre poussière intérieure à nettoyer. Quelle est la philosophie du jeu du miroir ? Nous sommes UN. Le monde extérieur (l’autre) et mon monde intérieur ne sont que deux aspects d’une même réalité. L’extérieur n’est que le reflet de l’intérieur. Ainsi, mon conjoint m’insulte pour une peccadille. Il m’est possible de l’injurier à mon tour. Ou encore, je peux jouer au jeu du miroir. Cet incident peut-il refléter un aspect plus ou  moins reconnu en moi ? Je me suis blessé, en courant dans un escalier, pour prendre le métro. Qu’est-ce que cet accident peut bien vouloir me faire voir dans ma vie intérieure ? Chaque fois que mon conjoint manifeste un comportement qui me déplaît, ou qui réveille ma critique, pourquoi ne pas jouer au jeu du miroir ? Pourquoi me dérange-t-il tant ? Se peut-il que je veuille réprimer en lui ce qui est interdit en moi ? C’est à travers l’acceptation des différences de mon partenaire, si contrariant soit-il, que j’apprends à être de moins en moins distant de lui et, de moins en moins distant de moi-même, en me retrouvant dans la totalité de mon être. Apprendre à vivre avec les différences de l’autre ne doit pas signifier vivre dans une soumission destructrice ou autodestructrice. Il convient de bien distinguer l’acceptation d’une différence qui améliore l’intimité, d’une différence qui ne génère que la destruction. L’attitude juste concernant la liberté peut prendre la forme suivante : c’est en t’accordant le droit d’être différent de moi que je me libère de mes anciennes blessures émotionnelles. En te voyant comme le miroir sur lequel se projette ce qui a été réprimé en moi, je comprends qu’en te réprimant, c’est encore moi que je réprime comme papa-maman jadis. Si je te laisse libre d’être différent, je deviens libre. La liberté est étroitement reliée au sentiment de sécurité intérieure. Quoiqu’il arrive, j’arriverai à faire face. Mon bien-être devient de moins en moins dépendant des circonstances extérieures, puisque je me fais suffisamment confiance pour assumer n’importe quelle perte.

La sécurité.

Souvent, les zones d’insécurité dans le couple concernent particulièrement la peur : peur du rejet, de l’abandon, de perdre l’autre. Nous voyons le lien avec la peur originelle : celle de ne plus être aimé par papa-maman et de se sentir, par conséquent, abandonné et sans valeur. C’est d’ailleurs le sentiment que nous sommes susceptibles d’éprouver après une rupture amoureuse. Pour que chacun puisse évoluer dans le couple, un contexte sécurisant est nécessaire. L’engagement et l’investissement de chacun doivent être suffisamment forts pour que le couple résiste aux conflits souvent intenses qui surgissent. Si éventuellement le couple doit se dissoudre, il convient que cela se passe après une décision et non sous le coup d’une réaction émotionnelle. Cet engagement à ne faire exploser la relation à la moindre impasse représente la sécurité minimale qui facilite l’expression de chaque partenaire. Cet engagement repose sur la confiance mutuelle que chacun ne prendra pas la décision unilatérale (souvent réactionnelle) de mettre fin à la relation, sous le coup d’une émotion. Bien sûr, une certaine stabilité du couple ne règle pas tous les problèmes d’insécurité. Inconsciemment, nous pouvons nous attendre à ce que notre conjoint nous apporte la sécurité qui nous a fait défaut. Mais la sécurité ne provient surtout pas de l’extérieur, elle se conquiert de l’intérieur et l’autre n’est pas le principal agent responsable de cette transformation. Faire confiance, c’est a priori considérer que l’autre ne nous veut pas de mal, qu’il n’a aucune intention belliqueuse, et ce, sans aucune garantie. Cette confiance est parfois difficile à accorder, surtout quand nous sommes porteurs de blessures d’enfance liées à la trahison (maman a aimé plus ma sœur) et que notre vie d’adulte nous a plongé dans le même type de blessures. L’autre peut-il me mentir, m’être infidèle, me manipuler ?, deviennent l’inquiétude qui compose le cœur de l’insécurité. Contrôler l’autre ou tenter de le surveiller peut devenir une stratégie pour tenter de se sécuriser. La tentative de se sécuriser par l’extérieur, en contraignant l’autre, aboutit rarement à une satisfaction. C’est en assumant son insécurité, en la reconnaissant et en l’exprimant qu’elle se transforme peu à peu en sécurité. Et le partenaire qui sait entendre cette insécurité, sans se sentir attaqué contribue grandement au dépassement de cette blessure. La confiance intérieure se développe, dans la mesure où notre insécurité est reconnue et assumée au lieu d’être escamotée par les accusations portées contre l’autre et par les tentatives de le contraindre pour qu’il nous sécurise. L’attitude juste concernant la sécurité peut se formuler ainsi : je reconnais et assume mes zones d’insécurité, sans te blâmer ni t’accuser et je cherche plutôt à les exprimer au lieu de te contrôler pour que tu me sécurises.

Le conflit.

Personne n’aime les conflits. Et, pourtant, les conflits sont au cœur de l’interaction humaine, tout simplement parce que nous sommes différents : différences de besoins, de valeurs, de caractères, etc. Comment concilier ces différences ? L’art de résoudre les conflits exige une saine gestion des différences. Souvent, les conflits surgissent à partir d’une banalité. Une phrase de trop, un seul mot de trop même et voilà l’escalade. Les conflits peuvent servir de moyen de distanciation, surtout quand on observe qu’ils surgissent après une période d’harmonie et d’intimité. Le conflit vient alors nous protéger d’une trop grande intimité qui, comme nous l’avons vu, fait peur à cause de la blessure émotionnelle qui y est rattachée. La perspective d’intimité nous motive au plus haut point, alors que les périodes conflictuelles nous font horreur. Nous sommes prêts à tout pour les éviter, parfois en achetant la paix. Mais la paix extérieure engendre souvent une guerre intérieure qui, tôt ou tard, risque de faire exploser le conflit qu’on cherche tant à éviter. Se motiver à résoudre le conflit n’est pas une petite affaire, à moins d’en avoir une vision juste. Très souvent, un conflit interpersonnel n’est que l’expression d’un conflit intra-personnel. Réussir à dépasser le conflit interpersonnel, pour retrouver l’unité avec l’autre, devient une façon privilégiée de retrouver l’unité avec soi-même, en faisant la lumière sur nos blessures intérieures. Ce qui nous dérange chez l’autre ne dérange que ce qui est dérangé en soi. L’autre nous blesse si intensément, parce que nous sommes porteurs d’une vieille blessure émotionnelle, souvent inconsciente. Le couple devient le lieu où sont projetés nos propres conflits inconscients. Ce qui était inconscient monte à la conscience, afin d’être résolu, à la condition toutefois de dépasser l’étape de la lutte pour le pouvoir. À cette phase, en effet, les conflits sont toujours vécus sous le mode de la compétition. Les conflits remontent à la surface, mais la lutte de pouvoir ne fait que recréer le même contexte parental axé sur le jeu de domination. La résolution de conflit peut s’effectuer plus efficacement sur le mode de la coopération. Lorsque chacun entrevoit que le conflit résolu conduit à la guérison de ses propres blessures émotives et que c’est d’abord soi-même qui en sort enrichi, la motivation à s’investir dans ce projet grandit. L’attitude juste concernant le conflit peut s’exprimer ainsi : le conflit que je vis avec toi est le reflet de mon conflit intérieur. En travaillant à trouver une solution, je guéris mes propres blessures et évite ainsi que ce conflit ne se répète indéfiniment.

L’engagement.

L’engagement fait référence ici à l’engagement perpétuel et personnel et non à l’engagement contractuel. Ce n’est pas parce que deux êtres vivent ensemble depuis quarante ans qu’ils sont véritablement engagés dans un couple évolutif. Suis-je prêt à m’engager à faire l’effort personnel pour restaurer l’harmonie dans le couple ? S’engager dans un couple évolutif signifie s’engager perpétuellement à agir pour favoriser le dépassement des difficultés rencontrées au lieu d’attendre que ce soit l’autre qui fasse les premiers efforts. Alors que, dans la codépendance, chacun voit facilement les erreurs de l’autre, l’engagement personnel à favoriser l’évolution conduit à la coresponsabilité, qui invite chacun à s’interroger sur sa complicité, souvent inconsciente, dans l’émergence d’un conflit. Comment ai-je pu contribuer à la situation que je déplore ? Non plus voir comment tu as pu initier le conflit mais comment j’ai pu être complice de ce que je te reproche. Dans la coresponsabilité, chacun s’engage à être pleinement responsable du conflit et de sa résolution, sans se soucier du “‌ qui a commencé ” (club des sans-faute). Au lieu de chercher à attribuer les torts à l’autre, chacun découvre qu’il est si facile de devenir soi-même complice du conflit. Comment pourrais-je être complice de ce que je reproche à l’autre ? Cette question amène souvent à une conscience accrue du rôle actif que l’on joue dans le processus conflictuel. L’autre est parfois le principal générateur du conflit à cause des blessures de son enfance, mais sans complicité de ma part, le scénario conflictuel ne pourrait se jouer. Comme nous l’avons vu, l’enfant blessé du conjoint nous amènera souvent malgré nous à devenir le mauvais parent qu’il a connu jadis, pour revivre la même blessure, dans l’espoir de la guérir. En observant comment je me laisse piéger, j’évite de devenir ce mauvais parent et j’offre le parent nourricier guérisseur qui dissoudra progressivement le conflit. L’engagement à la coresponsabilité suppose une motivation suffisante pour prendre l’initiative d’agir afin de restaurer l’harmonie. L’attitude juste par rapport à l’engagement peut se formuler ainsi : je suis pleinement responsable d’agir pour maintenir ou restaurer l’harmonie. Je m’engage donc à agir pour améliorer la situation, en évitant d’être complice de ce que je reproche à mon conjoint. Je me change, au lieu d’attendre que l’autre change et je découvre ainsi mon véritable pouvoir de transformation.

Le pouvoir.

La lutte de pouvoir existe uniquement parce que nous croyons que ce pouvoir est susceptible d’être exercé sur l’autre afin qu’il devienne conforme à nos attentes. Les tentatives d’exercer son pouvoir sur l’autre conduisent généralement au sentiment d’impuissance et à la rancune, car l’autre sera réfractaire à tout changement imposé. “ Pouvoir se transformer ” s’avère la voie plus riche en satisfaction. Le seul véritable pouvoir que je possède consiste à me transformer en agissant de façon juste pour la satisfaction de mes besoins et dans le respect de ceux des autres. Étrangement, c’est la voie qui engendre le plus souvent une transformation chez autrui. Alors qu’essayer de changer l’autre se résume souvent à un vain effort, la transformation de soi, rendue possible par l’exercice de ce pouvoir sur soi, se transmet à l’autre. Le pouvoir de se transformer se communique à l’autre et le motive à se transformer. Dans le couple l’évolution de l’un concourt à l’évolution de l’autre. C’est en travaillant sur soi que ce même travail intérieur est facilité chez l’autre. L’attitude juste concernant l’exercice du pouvoir se résume ainsi : j’ai la volonté de me changer moi-même au lieu de te contraindre à changer. Je change mon intérieur (moi) avant d’espérer que l’extérieur (toi) change. L’erreur la plus fréquente consiste à vouloir changer l’extérieur sans se transformer d’abord. L’art de la transformation de soi demande la vigilance.

La vigilance.

Être emporté par l’inconscient ou se laisser porter par la conscience ; seulement la vigilance pour passer de l’un à l’autre. La vigilance permet de passer de la théorie à la pratique. C’est la capacité de déterminer laquelle ou lesquelles des sphères du couple évolutif sont négligées et la volonté de mettre en œuvre les attitudes et les comportements qui viendront à bout des obstacles entravant l’intimité et l’harmonie. Dans une impasse, chaque partenaire a intérêt à identifier ce qui, selon lui, entrave le rétablissement de l’harmonie. Le couple qui rencontre une impasse est semblable à un avion ayant besoin d’être inspecté et vérifié avant le décollage. Le pilote et le copilote vérifient chaque élément inscrit sur la liste de contrôle. C’est ainsi qu’une panne peut-être prévenue ou réparée. En cas d’impasse ou de conflit, chaque conjoint peut faire cet exercice de vigilance en notant les sphères qui nécessitent un changement d’attitude et de comportements.

Culpabilité : Suis-je membre du club des “ sans faute ” ?

Communication : Suis-je capable de m’exprimer ? Suis-je disponible à t’écouter ?

Frustration : Puis-je vivre les deux polarités de la frustration sans trop me fermer ou sans être agressant ?

Besoin : Est-ce que j’assume mes besoins en les reconnaissant et en les exprimant ?

Liberté : Suis-je assez autonome pour prendre la responsabilité de mes besoins et t’accorder le droit d’être

                différent ?

Sécurité : Puis-je reconnaître mes zones d’insécurité sans me blâmer ni te blâmer ?

Conflit : Puis-je accepter que la résolution des conflits fasse partie du processus d’évolution ?

Engagement : Suis-je motivé à fournir l’effort nécessaire pour rétablir l’harmonie ?

Pouvoir : Puis-je renoncer à vouloir te changer pour que tu sois conforme à mes attentes ?

Lire la suite : L’amour conscience et guérison dans le couple : la direction juste dans le couple.

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