L’économisme politique.

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L’objectif des économistes n’est pas seulement de comprendre comment les échanges entre les hommes aboutissent à définir la valeur des différents biens ; il est surtout d’en tirer les conséquences pour organiser au mieux ces échanges et, plus largement, l’ensemble des rapports entre les acteurs de la vie collective. L’économie devient alors véritablement ‘’ politique ‘’.

L’économiste, fort des résultats mis en évidence par sa discipline, se présente comme un conseilleur des décideurs ; il est regardé comme un ‘’ expert ‘’ à qui l’on demande comment faire face à telle difficulté, de même que l’on consulte l’ingénieur avant de décider du tracé d’une route ou de la structure d’un pont.

Cette comparaison cependant est fort trompeuse.

L’ingénieur manipule des données fournies par l’observation de la nature ; elles décrivent une réalité indépendante des opinions de celui qui mesure. Les ‘’ lois de la nature ‘’ sont les mêmes pour tous. L’objet étudié, le monde réel, est distinct du sujet de la connaissance, l’observateur.

L’économiste, au contraire, étudie des sociétés humaines, notamment celle dont il fait partie. La distinction entre objet et sujet n’est plus tranchée. Les caractéristiques qu’il s’efforce de mesurer ont des définitions arbitraires ; les interactions qu’il étudie peuvent être fort différentes d’une société à l’autre. Avant d’entreprendre sa recherche, il a constitué sa personnalité en adhérant à telle religion, en méditant sur telle doctrine, en participant à telle action collective. Il n’est pas un extraterrestre débarquant sans opinion préconçue ; quels que soient ses efforts d’objectivité, ses réflexions se déroulent devant une toile de fond d’idées reçues. 

L’objectivité en économie est d’autant plus difficile à atteindre que la nature des activités d’analysées est double : elles concernent des personnes dont le sort individuel doit être pris en compte ; elles impliquent une collectivité au sein de laquelle chacun est dépendant de tous les autres. Selon que l’accent est mis sur l’un ou l’autre de ces aspects, les théories développées pourront être présentées comme ‘’ libérales ‘’ ou comme ‘’ collectivistes ‘’. Ces termes, malheureusement, sont devenus en eux-mêmes des armes, parfois des insultes. Ils désignent des camps antagonistes ; alors que la réflexion, pour progresser, doit tenir compte de cette double nature de l’objet étudié, à la façon dont les physiciens des particules considèrent celles-ci à la fois comme des ondes et comme des grains de matière.  

Toute théorie économique est nécessairement ‘’ libérale ‘’ puisqu’elle doit prendre en compte la capacité de choix de l’agent élémentaire de toute activité qu’est l’individu. Même dans la plus extrême des dictatures, cette capacité ne peut être réduite à zéro, sauf à réduire les citoyens à l’état de machines totalement décervelées. Si limitée soit-elle, cette liberté suffit à enrayer la belle machine mise en place par ceux qui veulent faire le bonheur du peuple contre la volonté du peuple. Cette liberté se manifeste en particulier par des initiatives personnelles sans lesquelles aucune novation ne peut apparaître.

Toute théorie économique est nécessairement ‘’ collectiviste ‘’, puisqu’elle doit tenir compte des interactions entre l’ensemble des agents participant à l’activité, producteurs, consommateurs, investisseurs. Ce n’est que grâce à cette prise en compte que la liberté individuelle peut prendre véritablement du sens. Être libre, ce n’est pas avoir la capacité de faire n’importe quoi ; la liberté de l’individu seul sur une île n’a pas de contenu. Être libre, c’est accepter des contraintes discutées en commun et auxquelles chacun se soumet au nom d’un objectif supérieur ; la liberté de la parole est l’aboutissement des contraintes du langage. De même, c’est en acceptant les contraintes de la pesanteur et de la fragilité des matériaux que l’architecte accède à la liberté de construire des nefs de cathédrale. 

Ce que l’on est en droit d’attendre de l’économiste n’est pas de choisir entre le libéralisme et le collectivisme, mais de réfléchir, indépendamment des modes ou des slogans devenant par leur répétition l’équivalent de vérités révélées, au poids qu’il faut attribuer à ces deux aspects d’une même réalité. 

Selon les circonstances, les économistes doivent réagir comme si les forces à l’œuvre dans une collectivité étaient essentiellement individuelles ou essentiellement collectives. Au XIXe siècle, les grands changements sociaux sont venus d’initiatives de personnages qui ont su créer des empires industriels ou commerciaux : les Rockefeller ou les Carnegie ont marqué leur époque et fait naître le ‘’ mythe ‘’ des entrepreneurs à qui il est préférables de faire confiance même lorsqu’ils recherchent leur propre profit, car ‘’ ce qui est bon pour la General Motors est bon pour les États-Unis ‘’. Il est donc tout naturel que l’opinion publique ait été alors réceptive aux théoriciens de l’économie voyant le moteur du progrès dans le libre champ offert aux individus.

Cette opinion a été confortée par l’avancée conceptuelle décisive apportée alors par la théorie de Darwin, proposant un nouveau regard sur l’ensemble du monde vivant, y compris l’humanité. À la vision traditionnelle d’espèces immuables créées séparément par Dieu, se renouvelant semblables à elles-mêmes génération après génération, se substituait le constat d’une évolution situant l’ensemble des vivants sur un arbre généalogique unique, issu d’une origine commune. Le progrès de l’humanité au cours de son histoire apparaissait semblable à celui des espèces, au cours de leur évolution. Il fallait donc calquer l’organisation des sociétés sur les modèles que nous propose la nature. Ainsi a pu se développer un véritable ‘’ économisme darwinien ‘’.   

L’économisme darwinien.

L’objectif de Darwin était d’expliquer l’évolution des espèces. Le point de départ de son raisonnement est le constat que, grâce à la procréation sexuée, les êtres appartenant à une même espèce sont très divers lors de leur naissance. Certains sont dotés de caractéristiques plus favorables, compte tenu des conditions imposées par le milieu ; ils résistent aux agressions de la nature ou des prédateurs et atteignent l’âge de procréer à leur tour. À l’inverse, ceux qui sont dotés de caractéristiques défavorables sont éliminés avant d’avoir pu participer à la génération suivante. Peu à peu, l’espèce se transforme sous l’effet de cette ‘’ sélection naturelle ‘’. Seules les caractéristiques favorables se maintiennent durablement. Non seulement l’espèce se transforme, mais s’améliore. Pour obtenir cette amélioration, qui adapte de mieux en mieux les individus à leur milieu, la nature dû éliminer les moins aptes. Cette élimination des défavorisés est le prix à payer pour que la collectivité s’adapte ; or cette adaptation est la condition de sa survie.

Très rapidement ce raisonnement, développé par un biologiste pour expliquer les faits observés dans la nature, a été transposé pour orienter les comportements des individus dans une société humaine. Cette société doit évoluer ; il est nécessaire pour sa survie qu’elle élimine ceux qui diminuent la ‘’ valeur adaptative collective ’’. Tout ce qui s’oppose à cette élimination doit donc être combattu ; tel est le cas des législations qui s’efforcent à venir en aide à tous les miséreux. La compassion est contraire aux ‘’ lois de la nature ‘’. Cette vision de la fatalité des forces à l’œuvre imprègne en profondeur les réflexes de notre société si fière de ses succès techniques et qui fait appel à des critères économiques pour distinguer la réussite de l’échec.

Transposés dans le domaine de l’économie, de tels raisonnements ont justifié le recours systématique à la compétition, seul comportement capable de ‘’ maximiser le rendement social ‘’. La recherche d’une ‘’ structure sociale optimale ‘’ n’a reçu de formulation rigoureuse qu’à la fin du XIXe siècle avec Pareto ; depuis, de nombreux économistes en ont fait l’objet central de leurs réflexions. L’aboutissement de celles-ci est souvent présenté sous la forme d’un théorème, c’est-à-dire d’une affirmation qui résulte nécessairement des hypothèses de départ, le ‘’ théorème du rendement social ‘’. L’essentiel de ce théorème est que, dans des conditions techniques, démographiques, psychologiques données, le ‘’ rendement social est maximal ‘’ si le ‘’ système de prix ‘’ est celui qui résulterait d’une ‘’ concurrence parfaite entre les entreprises ‘’ et d’un ‘’ libre choix des individus ‘’.  Par ‘’ rendement social maximal ‘’ on entend le rendement d’une organisation telle que, pour accroître la satisfaction d’un acteur économique, producteur ou consommateur, il faut nécessairement diminuer celle d’un autre acteur. Par ‘’ concurrence parfaite ‘’, on entend une organisation des échanges impliquant un nombre élevé de consommateurs, un nombre élevé de producteurs et une information rigoureuse et complète de tous sur l’ensemble de l’offre et de la demande.

Quelle que soit la forme sous laquelle il est présenté, ce théorème est au cœur du message que le public a reçu des économistes. Il est perçu comme la ‘’ démonstration scientifique ‘’ que la structure ‘’ sociale dite libérale ‘’ est la seule compatible avec une gestion satisfaisante. Toute mesure ‘’ collectiviste ‘’ ou ‘’ étatique ‘’ représente un écart à cette organisation et doit par conséquent être proscrite. Il ne s’agit en réalité que d’un modèle dont nous avons vu combien certaines de ses hypothèses pouvaient être éloignées de la réalité. Comme tous les modèles, il ne prétend pas décrire les conditions réelles de la production et des échanges ; il constitue simplement une ‘’ référence ‘’ par rapport à quoi situer une société existante. Mais ce caractère de référence abstraite est le plus souvent oublié. C’est essentiellement dans la ‘’ croyance en la valeur absolue ‘’ de ce ‘’ théorème de maximisation du rendement social ‘’ que se manifeste dans nos sociétés occidentales l’intégrisme économique.  Or, la portion de l’humanité participant à cet intégrisme, possède les moyens d’imposer son point de vue. Elle dispose de la force et, surtout, elle règne sur la plupart des moyens d’information. Elle peut donc faire admettre comme une ‘’ réalité objective ‘’ ce qui n’est que la conséquence d’hypothèses arbitraires.

Sans porter sur ces théories un jugement moral, Albert Jacquard souligne qu’elles ne sont même pas en accord avec les théories actuelles de l’évolution. Sans renier Darwin, les biologistes ont proposé de multiples voies pour expliquer l’évolution. La sélection naturelle n’est qu’un processus parmi d’autres. La compétition entre les individus au sein d’une espèce, ou entre les espèces au sein d’un même biotope, est loin d’avoir le rôle décisif que lui attribuaient les premiers théoriciens. Les interactions entre les multiples caractéristiques à prendre en compte sont trop subtiles pour se prêter à des explications aussi simplistes que la victoire du meilleur. Cette compétition existe, certes, mais il est facile de trouver des exemples inverses de coopération, de partage, de commensalisme, d’entraide réciproque et même d’altruisme. La génétique est venue enrichir la réflexion des biologistes qui ont aujourd’hui un regard nouveau sur l’évolution et sur les processus dont elle est la manifestation. Pour eux, la ‘’ valeur biologique d’une collectivité ‘’ dépend plus de sa ‘’ diversité ‘’ que de la présence d’individus plus performants.  

Or au concept de ‘’ compétition ‘’ développé par les biologistes, les économistes ont proposé comme équivalent celui de ‘’ concurrence ‘’. Ils ont fait de cette concurrence à la fois le ‘’ moteur et le guide ‘’ des transformations de la société ; elle est pour eux la source de tout progrès. Moteur, ce n’est guère contestable ; tout conflit entraîne des transformations. Guide, c’est beaucoup moins sûr. La concurrence ne serait un guide que si le théorème de maximisation du rendement social était conforme à la réalité. Or les hypothèses sur lesquelles il repose sont fragiles. En fait, la concurrence ne peut qu’être aveugle ; elle a des conséquences, elle ne peut avoir d’objectifs. L’économie concurrentielle est semblable à un véhicule doté d’un moteur, mais non d’un conducteur. Plus le moteur est puissant, plus ce véhicule est dangereux.

Alors que les informations concernant de nouvelles découvertes sont rapidement connues de tous, les remises en cause des paradigmes, c’est-à-dire de l’articulation des concepts centraux d’une discipline, se diffusent beaucoup plus lentement. Les économistes continuent à transposer dans leur domaine la notion de compétition comme si elle était restée immuable depuis l’époque de Darwin. Cet immobilisme est dû en partie au fait que l’économie se heurte à des difficultés pratiques lorsqu’elle cherche à affermir ses bases au moyen de la méthode à laquelle recourent toutes les sciences, l’expérimentation. S’il est facile de mettre quelques milliers de drosophiles dans une cage à mouches et d’attendre que vingt générations se soient succédé, il l’est moins de mettre sur une île quelques milliers d’êtres humains, de leur imposer tel ou tel système de production et d’échange et de constater le résultat après quelques décennies. Les économistes en sont réduits à observer les expériences spontanées réalisées par quelques collectivités. Ces expériences sont rares ; il est d’autant plus déplorable de les empêcher de se dérouler lorsque des peuples volontaires se présentent.

Ce refus de l’expérimentation vient de se produire en Amérique latine, plus précisément à Cuba. Ce n’est qu’en 1899 que Cuba conquiert son indépendance après une longue lutte contre les troupes d’occupation espagnole. Mais cette indépendance douloureuse obtenue reste une fiction. Les États-Unis contrôlent de très près les évènements qui se déroulent dans ce pays voisin. Ils imposent des présidents corrompus qui veillent à la défense des intérêts de grandes sociétés américaines : celles-ci gèrent directement les principales richesses du pays (sucre, tabac, nickel).  Le dernier dictateur imposé en 1940, par les Américains, Fulgencio Batista, améliore le ‘’ rendement ‘’ économique de l’île en attirant des capitaux américains et en développant le tourisme ; mais ce rendement ne profite qu’aux investisseurs étrangers et à quelques politiciens, en premier lieu à Batista lui-même, qui accumule une fortune fabuleuse. En 1959, Fidel Castro remplace Batista et promet de redonner sa dignité au peuple cubain. Un programme d’alphabétisation, d’amélioration de la santé, d’humanisation des conditions de travail est mis en œuvre. Les résultats sont rapidement spectaculaires. En 1988, le taux de mortalité infantile est inférieur à 25 %, le plus faible de tous les États d’Amérique latine. Le système éducatif comme le système sanitaire sont accessibles à tous gratuitement. Au départ, Les États-Unis ont réservé un accueil plutôt favorable à Castro ; il était clair que la situation antérieure, si favorable qu’elle ait été pour les entreprises américaines, ne pouvait durer contre la volonté de tout un peuple. Les choses se gâtent cependant très vite. Pour financer son programme d’amélioration du sort des cubains, Castro confisque les biens des entreprises américaines. La réaction ne se fait pas attendre :  La CIA fomente une tentative d’invasion qui échoue lamentablement ; les États-Unis instaurent le blocus économique de l’île. Poussé par la nécessité plus que par choix idéologique, il s’aligne progressivement sur les positions soviétiques et accepte même d’installer des missiles balistiques qui menacent le territoire des États-Unis. Cette faute majeure entraîne un durcissement de la position américaine ; la CIA finance les mouvements anticastristes ; pour empêcher une contre-révolution, Castro accentue le caractère dictatorial de son régime. La classique perte des libertés se déroule. Aujourd’hui, l’empire soviétique s’étant effondré, Cuba n’a plus aucun soutien ; l’île n’est qu’une place forte assiégée arrivée à bout de ressources ; affamés, ceux de ses habitants qui le peuvent la désertent.

Lorsqu’un scientifique propose une théorie nouvelle remettant en cause les conceptions antérieures, la réaction de ses pairs est de lui proposer des expériences permettant de constater que cette théorie est conforme ou non à la réalité. Les moyens lui sont proposés pour que cette expérience soit menée dans les meilleures conditions de fiabilité. Pour un économiste libéral, l’idée d’organiser l’économie d’un pays sur la base d’un collectivisme généralisé est une absurdité ; ‘’ Ça ne peut pas marcher ‘’. Ce n’est pas là, pour lui, un choix politique, mais l’aboutissement d’un raisonnement scientifique. Pour vérifier la validité de ce raisonnement, la meilleure méthode est de faire une expérience. En toute bonne foi, cet économiste libéral aurait dû accueillir avec une intense satisfaction la possibilité d’une nouvelle expérimentation, à une échelle telle que les conditions puissent en être maîtrisées. Un peuple de dix millions d’habitants propose, au début des années 60, de collectiviser l’économie, de retirer du secteur marchand des pans entiers de l’activité, de faire le bonheur du peuple en oubliant le théorème de la maximisation du rendement social. Bien sûr, se dit l’économiste libéral, cela va conduire à la catastrophe ; nous avons donc là un moyen de démontrer clairement que ces théories iconoclastes sont incompatibles avec les mécanismes qui s’imposent aux hommes. Faisons l’expérience pour faire éclater la justesse de notre doctrine et ramener à la raison ceux qui seraient tentés par ces idées. Cuba aurait pu être un laboratoire où, sous les yeux du monde, une expérience économique en grandeur réelle aurait été conduite. Hélas, ce laboratoire a été transformé, à la suite d’erreurs initiales de Castro puis par les réactions souvent excessives des États-Unis, en une ville assiégée. Le Blocus a été systématiquement renforcé, y compris dans ses aspects les plus inhumains : les hôpitaux cubains n’ont plus de médicaments, les écoliers plus de cahiers. Cuba, qui ne bénéficie guère, à part le soleil, de ressources naturelles, manque de tout.  La récolte de la canne à sucre avait été mécanisée ; faute de pétrole cette récolte ne peut plus se faire qu’avec un rendement très faible.

Pour la plupart des commentateurs, les évènements actuels sont la preuve d’un échec de la politique de Castro ; il a choisi le collectivisme, il aboutit inéluctablement à la catastrophe. L’état actuel de l’île est le résultat du blocus imposé par l’Amérique au moins autant que d’erreurs de gestion. L’expérimentation qui aurait pu être tentée a été délibérément faussée. Il n’est pas excessif, face à ces événements, de faire l’hypothèse d’un manque de confiance des Américains en la valeur de leur propre doctrine. S’ils avaient eu une foi vraiment solide en la vertu du libéralisme, ils auraient attendu sans crainte le résultat du collectivisme. Ils n’ont pas osé. Leur attitude donne raison à ceux qui doutent, qui voient en l’économie dite libérale le masque de la ‘’ loi du plus fort ‘’ , qui dénoncent cet intégrisme et qui proposent d’autres voies.

Le refus de toute argumentation ou de toute expérience risquant de montrer que l’on est dans l’erreur n’est-il le signe de l’intégrisme ?

Retour à la barbarie.

Une société est ‘’ barbare ‘’ lorsqu’elle admet que certains de ses membres sont ‘’ de trop ‘’. La personne de chacun est le résultat des échanges qu’il a avec les autres. Si nous admettons cette évidence, nous devons en conclure que tous sont utiles à tous. Contrairement à l’exclamation de Sartre, l’enfer, ce n’est pas ‘’ les autres’’, c’est de ne pas exister pour les autres. Exclure, c’est condamner à l’enfer terrestre dans lequel nos sociétés se débarrassent de ceux qu’elles sont incapables d’incorporer.

Le seul critère de réussite d’une collectivité devrait être sa capacité à ne pas exclure, à faire sentir à chacun qu’il est le bienvenu, car tous ont besoin de lui. À cette aune-là, le palmarès des nations est bien différent de celui proposé par les économistes. Ce n’est plus le PNB par tête qui compte, mais le nombre de jeunes acculés au suicide par le dégoût que la société leur a inculqué d’elle ou, pis, d’eux-mêmes ; mais le nombre de jeunes sortant du système scolaire persuadés qu’ils ne valent rien ; mais le nombre de désespérés qui n’ont même pas accès à la parole pour exprimer leur mal de vivre et n’ont d’autre recours que de devenir des casseurs. Tous ces aboutissements, tous ces gâchis, n’ont rien de fatal ; ils sont la conséquence de la volonté, explicite ou sournoise, des hommes. 

Mesuré par ces critères, l’échec des sociétés conduites par l’économisme est patent. Leurs succès techniques sont payés d’un coût humain exorbitant qui sape les fondations de leurs structures traditionnelles. Les citoyens américains peuvent être fiers d’avoir envoyé quelques explorateurs sur la Lune ; mais, dans les grandes villes, ils ne peuvent plus rentrer chez eux le soir sans trembler de peur. Les Français peuvent s’enorgueillir de disposer de sous-marins nucléaires capables d’anéantir des cités entières sur un continent lointain, mais des milliers de familles attendent plusieurs dizaines d’années avant d’obtenir un appartement décent.

Pour leur faire prendre leur mal en patience, les hommes politiques évoquent la ‘’ crise ‘’. Le mot ‘’ crise ‘’ désigne un épisode qui a un commencement et une fin, à l’image d’une crise de larmes : lorsqu’elle sera terminée, tout reviendra comme avant. Les problèmes rencontrés sont présentés comme des fatalités que chacun doit accepter et subir. Aujourd’hui, l’évidence est criante : les soubresauts que nous constatons ne constituent nullement une crise. Il se trouve que cela se produit en une fin de siècle, et même de millénaire, mais ce n’est qu’une coïncidence due à notre façon de compter les années. L’important est de constater que nous vivons une mutation que nous avons provoquée, une mutation d’une importance au moins égale à celle qu’ont provoquée nos ancêtres du néolithique lorsque, il y a quelque dix mille ans, ils se sont sédentarisés. Ce qui arrive à l’humanité est la conséquence des pensées et des actes des hommes. À eux d’en analyser les causes et d’en trouver les remèdes.

À vrai dire, nous devrions nous réjouir de vivre une telle phase de renouvellement de nos moyens et de nos objectifs. L’occasion est magnifique d’orienter la course de l’humanité dans une direction nouvelle. Si nous persévérons dans la voie de l’économisme, le retour est assuré à la barbarie décrite par Aldoux Huxley dans Le meilleur des mondes ou par George Orwell dans 1984. À cette humanité-là, il nous faut savoir dire non. Pour cela, il nous faut rompre avec nos habitudes de pensées les plus profondément ancrées. Est-ce possible ? 

Quelle direction prendra l’humanité ?

L’erreur fondamentale de l’économie est de ‘’ réduire les activités humaines ‘’ à la production et à la consommation des biens capables de satisfaire les besoins de notre organisme et de lui procurer du plaisir ; jamais il n’est tenu compte des autres besoins, ceux dont dépend le bonheur : ‘’ On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance ‘’, disait les murs du Quartier latin en 1968.

À vrai dire, cette erreur est moins celle des économistes que de celle de la société qui les écoute, comme autrefois elle écoutait les prêtres, celle aussi des hommes politiques qui utilisent leurs travaux et leurs affirmations comme masques de leurs stratégies personnelles.

Les économistes s’intéressent au comportement d’acheteurs et de vendeurs demandant et offrant des biens échangeables sur un ‘’ marché idéal ‘’. Leurs analyses peuvent apporter des éléments précieux, mais à condition de ne pas confondre le ‘’ modèle proposé ‘’ avec la réalité.

L’âge d’or de l’économie a été la période de mise en place de la société industrielle. Pour la quasi-totalité de la population, paysans et ouvriers, l’obsession permanente était la satisfaction des besoins vitaux, manger, se vêtir, se loger. Le champ des réflexions des économistes couvrait alors l’essentiel des activités et des interrogations des hommes. Les ‘’ biens ‘’ dont ceux-ci avaient besoin étaient produits par leur travail à partir d’un capital. La répartition de ces biens était réalisée en rémunérant ce travail (le salaire) et ce capital (le revenu des propriétés). Les luttes entre classes sociales avaient pour objectif la modification ou le maintien des équilibres entre les divers acteurs, équilibres résultant d’un jeu entre de nombreux travailleurs et de nombreux possédants. L’accès aux richesses produites était accordé aux uns par leur salaire, aux autres par le revenu de leurs propriétés ou de leur portefeuille. Pour accroître le volume des biens produits, il fallait plus de travail, donc distribuer plus de salaires, donc permettre un accès plus large à ces biens ; l’équilibre entre demande et offre se réalisait spontanément.

Les progrès techniques et l’évolution sociale viennent de bouleverser de fond en comble la répartition des besoins des hommes et la nature des moyens nécessaires pour les satisfaire. Tous les équilibres sont rompus.

Pour mettre en évidence l’importance de ces bouleversements, il est de bonne méthode de répartir la population en trois catégories : ceux qui produisent des biens ‘’ matériels ‘’ ; ceux qui produisent des biens ‘’ immatériels ‘’ ; ceux qui ne produisent rien. Ce classement en trois catégories reste opérationnel aujourd’hui, mais les réalités qu’il permet de décrire ont totalement changé au cours des deux siècles qui viennent de s’écouler.

La première catégorie avait, tout au long du XIXe conservé son importance globale mais changé de contenu. Le développement de l’industrie a accru l’effectif des ouvriers tandis que les premiers progrès techniques ont permis de diminuer celui des agriculteurs. Le XXe siècle, au contraire, a provoqué un changement radical. La productivité, aussi bien dans les usines que dans les champs, a fait des progrès fulgurants. Au départ, il s’agissait de mieux organiser le travail ; l’opinion générale était que, après une phase d’amélioration rapide, un plateau serait bientôt atteint. En fait, l’électronique a apporté un nouvel élan ; nous constatons que la production sera obtenue avec si peu de travail que celui-ci sera marginal. Les ouvriers seront remplacés par des machines commandées grâce à des programmes leur permettant d’exécuter des tâches autrefois confiées aux professionnels les plus adroits. Cette quasi-disparition des hommes chargés de produire des biens matériels a été à la fois la conséquence et la cause du développement du secteur des biens immatériels.

Pour réaliser un pont, il est plus important de disposer d’un logiciel d’ordinateur performant que de terrassiers maniant avec vigueur des marteaux-piqueurs. Le savoir-faire s’efface devant le savoir. L’accroissement de ce savoir et de sa diffusion font appel à un nombre croissant d’hommes chargés de cette production immatérielle. Ils sont des producteurs ; sont-ils encore des travailleurs ? C’est en fait la définition du mot ‘’ travail ‘’ qui se transforme : il ne s’agit plus d’une malédiction divine nous obligeant à consacrer notre vie à assurer notre survie, mais la réalisation d’une réalisation collective permettant de satisfaire des besoins autres que ceux de notre organisme.

Ce transfert de l’activité des biens matériels vers les biens immatériels constitue une véritable révolution. Nous devrions nous en réjouir mais, prisonniers de nos habitudes de penser, nous reculons devant les transformations qui se produisent ou qui se profilent pour un avenir si proche et tendons à maintenir l’état antérieur. Cette timidité, ce refus de ce qui a été un espoir au moment où il est à portée de main, aboutit au paradoxe qu’est le sort des personnes appartenant à la troisième catégorie, ceux qui ne produisent rien. Aujourd’hui, cette catégorie est représentée par les chômeurs et leurs familles. Ces chômeurs ne sont pas satisfaits d’être entretenus par la société sans rien lui apporter. Loin de revendiquer leur condition, ils la subissent douloureusement. Recevant des ressources inférieures, le plus souvent, au minimum permettant une vie décente, ils restreignent leur consommation ; ils contribuent ainsi à un ralentissement de l’activité, provoquant un accroissement du chômage. Un processus autoentretenu de décomposition de la société est mis en place. Seule parade proposée par le pouvoir : des incantations sur les vertus de la ‘’ sortie de la crise ‘’, toujours annoncée et jamais constatée.

Face à ces changements, nous devrions manifester non des regrets mais des espoirs. Jamais ne s’est produit une révolution plus riche de promesses. Nous pourrions vivre cette période comme une des phases les plus glorieuses de l’aventure humaine ; elle est le fruit de notre capacité à regarder le monde et nous-mêmes autrement qu’aucune autre espèce.

Par la science, l’art, la morale, nous avons fait de l’humanité le cadre d’une construction des hommes les uns par les autres. Longtemps cette construction a été entravée par les contraintes du monde concret. Il fallait d’abord subvenir aux besoins immédiats de nos organismes. La soumission à ce qui semblait une fatalité a reculé. Nous sommes maintenant enfin en charge de notre avenir. Mais nous n’osons pas le regarder en face.

Le paradoxe d’une société qui refuse ce qu’elle a toujours espéré, disposer des biens matériels sans avoir à y consacrer l’essentiel de son activité, a sans doute de multiples explications ; ‘’ l’erreur économiste ‘’ n’est pas la moindre. Elle consiste à n’attribuer de valeur qu’à une catégorie de biens, ceux que l’on peut inclure dans un processus d’échange du type ‘’ marché ‘’. Ce processus peut fort bien être mis en place pour les biens matériels caractérisés par des grandeurs mesurables. Il en est de même pour certains biens immatériels comme un programme d’ordinateur ou une émission de télévision ; mais pour la majorité de ces biens il est impossible, ou même indigne, de chercher à mesurer leur valeur au moyen d’un ‘’ marchandage ‘’. Que vaut le sourire retrouvé d’un enfant condamné par son patrimoine génétique et sauvé par les médecins ? Que vaut la satisfaction de l’adolescent qui élargit son regard sur le monde et sur lui-même ?

La production de ces biens a, pour l’économiste, un ‘’ coût ‘’, mais elle ne génère pas de ‘’ valeur ‘’. Pour échapper à cette incohérence, il est nécessaire de classer les produits de l’activité humaine en fonction non plus de l’intérêt immédiat du producteur qui désire en tirer un profit, mais du rôle qu’ils jouent dans la société et de la façon dont cette société décide qu’ils seront attribués. Deux catégories apparaissent alors : les biens qui sont attribués à chacun en fonction de son mérite, mesuré par ses possibilités financières (désignés ici comme les biens M) ; les biens attribués à chacun en fonction de ses besoins (désignés ici comme les biens B).

C’est dans le domaine sanitaire que le ‘’ concept de bien B ‘’ est d’abord apparu dans nos sociétés. En 1942, Winston Churchill a mis en chantier un ensemble législatif (le rapport Beveridge) qui devait permettre à tout citoyen ayant besoin de soins d’y avoir accès indépendamment de sa possibilité d’en rembourser le coût. En France, le Conseil national de la Résistance a prévu qu’à la Libération un système de Sécurité sociale jouerait un rôle identique. Dans la réalité, les choses ne sont pas encore aussi parfaites que les initiateurs le rêvaient, mais l’idée est maintenant admise que lier le droit aux soins à la capacité de les payer correspondrait à un retour à la barbarie. Les activités du système éducatif sécrètent, elles aussi, des biens B. L’école ne doit pas servir à la société les hommes et les femmes dont elle a besoin, mais à permettre à chacun d’avoir accès aux moyens lui permettant de construire son intelligence. Trop longtemps ce système éducatif a été considéré comme assurant le remplacement de chaque génération, à l’identique, par la suivante ; on y apprenait les comportements peu à peu mis au point au cours des âges. Cet apprentissage devient de moins en moins nécessaire ; un changement complet des objectifs s’impose car aujourd’hui, il s’agit d’une disparition des postes de travail. L’école de demain ne servira plus à approvisionner les généraux en chair à canon ou les chefs d’entreprise en chair à profit ; elle aidera des hommes à se construire eux-mêmes au contact des autres. Cette tâche-là est sans limites et ne peut être justifiée par aucun raisonnement évoquant sa rentabilité. De même peut-on admettre que l’accès à une justice impartiale est un droit de tout citoyen, indépendamment de ses ressources. De même l’accès de toute famille à un logement décent, de même …

Bien sûr éduquer, soigner, rendre la justice, sont des activités impliquant des tâches remplies par des hommes ; les machines peuvent les y aider, mais l’essentiel est fourni par des personnes qui y consacrent le meilleur d’elles-mêmes. Contrairement à la production des biens matériels, celle des biens immatériels nécessitera une intervention humaine. Elle ouvre un champ illimité à l’activité des hommes : l’existence d’un chômage est donc le signe d’une erreur collective : des besoins ne sont pas couverts alors que des hommes sont disponibles. Ces hommes, il faut leur donner accès à tous les biens, y compris aux biens M qui ont un prix ; il faut donc leur attribuer un salaire. Celui-ci ne peut être généré par la valeur de ce qu’ils produisent, puisque les biens B sont gratuits. Les activités produisant les B doivent donc être financées par les activités de type M.

Autrement dit, le prix payé pour un bien M doit permettre de couvrir le coût de production des biens B. Cela nécessite une structure collective (sinon collectiviste) capable de réaliser ce transfert. En achetant une voiture ou une baguette de pain, le client doit être conscient qu’il participe à la mise en place de services collectifs qui, par leur nature même, échappent à l’implacable ‘’ loi du marché ‘’.  Plus une société s’éloigne de la barbarie, plus elle fait place aux satisfactions non directement liées aux besoins de l’organisme, plus la part des biens B s’accroît. Le critère de progression vers une société plus respectueuse des hommes pourrait être l’importance de ‘’ l’écart entre le coût réel des biens M et le prix ‘’ que la société est amenée à les faire payer.

Cet écart existe déjà dans les mécanismes économiques en vigueur mais, par un paradoxe significatif, il est présenté comme une tare, une malfaçon qu’il convient de faire disparaître. Cet écart, dit-on, résulte des prélèvements obligatoires que les gouvernements successifs promettent de réduire au plus tôt sans jamais y parvenir. Fort heureusement, car l’évolution des techniques réduit constamment le coût des biens M tandis que le progrès social élargit le domaine des biens B ; le taux des prélèvements opérés sur les premiers au profit des seconds ne peut que croître. La différence entre le prix de vente d’un bien et son coût de production et de commercialisation est significative d’une avancée de la collectivité vers un plus grand respect des besoins essentiels des individus, dans la mesure, où cet écart enrichit cette collectivité et non quelque entreprise particulière. Un changement de terminologie serait sans doute utile pour ‘’ marquer le rôle positif de ces prélèvements ‘’ ; ils pourraient avantageusement devenir des ‘’ participations à la civilisation ‘’. Ainsi serait mieux mise en lumière la nécessité d’un rôle toujours plus important de la collectivité en charge des intérêts de tous. L’évolution de notre capacité à transformer notre milieu, l’intensification des interactions entre personnes, entre entreprises, entre nations, amènent nécessairement à ‘’ plus d’État ‘’. Les épisodes inverses provoqués par les gouvernements de Reagan ou de Thatcher ne sont que les soubresauts ultimes d’une société fondée sur les illusions du XIXe siècle et dont le moteur est la compétition, donc l’égoïsme. Du moins pouvons-nous l’espérer.

Le danger évident d’un accès aux biens B sans contrepartie financière est un gaspillage de ces biens. Il est clair qu’accorder le droit à un objet ou à un service en fonction de son besoin nécessite un contrôle de la réalité de ce besoin. En matière de soins, par exemple, cela suppose que le corps médical dans son ensemble exerce une responsabilité à cet égard. Son devoir ne se limite pas à soigner, il s’étend à une gestion raisonnable de la part des ressources collectives affectées à ce domaine. De même, le corps enseignant est en charge de la gestion du secteur de l’éducation. Il est moins absurde de confier le soin de gérer au mieux les ressources disponibles aux hommes de l’art que de s’en remettre au ‘’ jeu aveugle de l’argent ’’. Ce jeu ne garantit d’ailleurs guère l’absence de gâchis. Il suffit d’évoquer la consommation accrue de ‘’ gadgets ‘’, c’est-à-dire d’objets sans aucune utilité achetés sous la pression d’une publicité déchaînée.   

Comme tous les intégrismes, l’économisme repose sur l’acceptation d’une fatalité, sur la soumission à une volonté extérieure à laquelle il faudrait s’abandonner. Pour les religieux, il s’agit d’une vérité révélée à un homme choisi par Dieu, pour les banquiers d’une mécanique implacable dont il faut respecter le déroulement. Dans tous les cas, c’est la possibilité de choix des individus ou des collectivités qui est récusée. Certes, nous ne pouvons pas faire n’importe quoi ; le monde réel qui nous entoure impose des contraintes ; mais notre nature d’homme nous donne souvent la possibilité d’imaginer des artifices qui contournent ces contraintes. Nous n’avons pas d’ailes, mais nous nous sommes donné le moyen de voler plus haut et plus vite que tous les oiseaux.

La dignité de l’Homme consiste à prendre en main son devenir, à choisir. Aujourd’hui, plus sans doute jamais au cours de notre histoire, nous sommes face à une bifurcation : d’un côté la voie facile de la domination de quelques-uns sur la multitude des démunis – une société fondamentalement esclavagiste, efficace, ordonnée, mais où la presque totalité des hommes vivront sans espoir – ; de l’autre, le chemin escarpé, périlleux, d’une recherche de l’égalité entre tous les membres de l’espèce, la construction jamais achevée d’une société où tous les hommes se sentiront chez eux partout sur la Terre des Hommes.

La barbarie ou la démocratie, il faut en décider aujourd’hui.

Démocratie, Autocratie, Oligarchie, Techno-féodalisme ; quel système politique choisirons nous comme modèle de civilisation pour l’avenir de l’humanité ?


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